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Paul Cauchon
Édition du vendredi 26 octobre 2007

Mots clés : Spectacle, Stevie Wonder, You Are The Sunshine Of My Life, Spectacle, Musique, Montréal

Stevie Wonder a décidé d'entreprendre une tournée nord-américaine, laWonder Autumn Night, après dix ans d'absence sur les routes.

Photo: Pedro Ruiz

Stevie Wonder juste pour nous. En conférence de presse au Centre Bell hier après-midi, assis derrière un clavier, il pianotait et fredonnait tout en répondant aux questions des journalistes.

Et à la fin, il a joué et chanté, au complet, You Are The Sunshine Of My Life, comme ça, à deux mètres du journaliste du Devoir. Il y a de ces jours où on fait vraiment un beau métier. C'est une anecdote qui décrit bien l'homme: généreux, cool, drôle, sans prétention, comme savent parfois l'être les plus grands.

C'est vraiment le retour d'une légende puisque Stevie Wonder a décidé à l'été d'entreprendre une tournée nord-américaine automnale, la Wonder Autumn Night, après dix ans d'absence sur les routes. Et à Montréal, son concert d'hier soir au Centre Bell était le premier... depuis 21 ans.

Wonder avait d'ailleurs annoncé cette tournée en août dernier lors d'une conférence de presse dans un parc de Los Angeles à l'heure du dîner alors que les travailleurs avaient mangé leur sandwich en l'écoutant interpréter quelques pièces!

Enfant prodige de Motown, puis superstar de la soul et du rhythm'n'blues, auteur, compositeur, multi-instrumentiste et producteur, l'homme a collectionné autant les prix que les hits. Il avait lancé un nouveau disque en 2005, mais la tournée actuelle est très liée au décès de sa mère, survenu en mai 2006, a-t-il confié hier. Un décès auquel il ne s'attendait pas alors que sa mère entrait à l'hôpital et que toute la famille devait la revoir. Il a évoqué l'esprit de cette mère bien-aimée qui lui a glissé à l'oreille qu'il devait retourner sur scène afin de «répandre l'amour». D'un ton ému, il a ajouté que «c'est votre appréciation de ma musique qui m'a permis d'offrir à ma mère une meilleure vie».

Stevie Wonder est également fort connu pour son soutien à de nombreuses oeuvres humanitaires pour lesquelles il a d'ailleurs reçu plusieurs prix. Se disant heureux de voir des artistes se mobiliser dans le débat sur les changements climatiques, pour ne citer qu'un exemple d'actualité, il fait valoir l'importance de «s'engager pour rendre le monde meilleur, pour la perpétuation et la préservation de la vie», insistant plusieurs fois sur le caractère fondamental du «partage».

Dans son cas, il s'agit de partager un don musical «reçu de Dieu», a-t-il dit. Et c'est un don qui a donné naissance à toute une collection de succès (plus de 30 numéros un au palmarès, plus de 100 millions d'albums vendus, 22 trophées Grammy et ainsi de suite) ainsi qu'à une richesse musicale qui a inspiré des centaines d'artistes.

Ces succès ont d'abord marqué le son Motown quand Berry Gordy, le patron de la compagnie Motown à Detroit, a fait signer un contrat au petit génie aveugle de 12 ans, en 1962, sous le nom de «Little Stevie Wonder», le petit génie en question frappant un grand coup dès l'année suivante avec un premier numéro un, Fingertips.

Hier, Wonder est revenu sur cette période de créativité extraordinaire alors qu'à Detroit, «on retrouvait de grands musiciens de jazz». C'est cette «combinaison du jazz, du son de La Nouvelle Orléans, du r'n'b de Detroit, de foi, de chance et de gens talentueux» qui a donné naissance à la grande société de disques de musique noire. «J'avais dix ans et j'étais comme dans un magasin de jouets à pouvoir jouer de tous ces claviers, ces batteries... Tous ceux qui avaient plus de dix ans étaient comme des parents pour moi, comme les Marvelettes ou les Supremes... Ce fut une expérience incroyable. Et il y avait une véritable bataille d'auteurs pour savoir qui écrirait la meilleure chanson pour Marvin Gaye, les Supremes, les Temptations, etc.»

«Très influencé par le jazz» lorsqu'il commence à écrire, a-t-il dit, c'est vraiment dans les années 70 qu'il devient une légende avec des oeuvres parmi les plus marquantes de la décennie.

Lui qui a connu le succès si jeune, quels conseils peut-il donner à de jeunes artistes qui ont du succès dès leur premier disque? Sûrement des conseils d'humilité... «Vous devez avoir autour de vous des gens qui vous aiment assez pour vous laisser grandir, vous laisser évoluer naturellement... Si vous aimez vraiment la musique, ne vous accrochez pas à l'argent. Plus vous évoluerez, meilleurs vous deviendrez.»

Sa tournée actuelle propose sur scène une douzaine de musiciens et de choristes, dont sa propre fille, Aisha Morris, pour laquelle il avait d'ailleurs écrit un de ses succès, Isn't She Lovely. Cette tournée est «un voyage à travers l'histoire de [s]a musique», a-t-il dit, mais avec une ouverture vers l'avenir puisqu'il prévoit offrir quelques extraits d'un nouveau projet, intitulé Gospel, inspiré, encore une fois, par sa mère.


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