Nouvelles sanctions contre l'Iran

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AFP , Reuters
Édition du vendredi 26 octobre 2007

Mots clés : Condoleezza Rice, Gardiens de la révolution, Défense, Terrorisme, Iran (pays), États-Unis (pays)

Washington cible pour la première fois les Gardiens de la révolution

Washington -- Les États-Unis ont franchi hier une nouvelle étape dans les sanctions contre l'Iran en ciblant le corps des Gardiens de la révolution et son unité d'élite, la brigade al-Qods, accusés d'encourager la prolifération nucléaire et de soutenir le terrorisme.

Au total, Washington a décrété des sanctions contre une vingtaine d'entreprises iraniennes, de grandes banques et de particuliers, ainsi que contre le ministère de la Défense, afin que l'Iran mette fin à son programme nucléaire et à ses activités «terroristes».

«Aujourd'hui, le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, et moi-même annonçons plusieurs nouvelles mesures visant à renchérir le coût pour l'Iran de son comportement irresponsable», a déclaré la secrétaire d'État Condoleezza Rice, qui s'exprimait aux côtés de son collègue.

Selon le New York Times et le Washington Post, ces sanctions permettront aux autorités américaines de faire pression aussi sur des centaines de compagnies étrangères ayant des relations d'affaires avec les militaires iraniens.

Ces mesures constituent le dernier acte de l'administration américaine pour accroître la pression sur Téhéran, qu'elle accuse de soutenir le terrorisme, de contribuer à l'insurrection en Irak et de chercher à développer l'arme nucléaire.

Mme Rice a déclaré que Washington espérait encore une solution diplomatique à la crise et a exhorté Téhéran à accepter l'offre présentée l'an dernier par les grandes puissances, consistant à ce que l'Iran renonce à ses activités nucléaires controversées en échange de mesures incitatives de la part des pays occidentaux, dont un dialogue direct avec les États-Unis.

«Nous sommes ouverts au débat sur tous les problèmes. Mais si les dirigeants de l'Iran choisissent la voie de l'affrontement, les États-Unis agiront en collaboration avec la communauté internationale pour contrer ces menaces», a-t-elle prévenu.

Parmi les banques iraniennes concernées, on peut citer la banque Melli, la plus grande du pays, la banque Mellat et la banque Saderat, selon un haut responsable américain. Cette liste noire interdit à toute institution financière soumise aux réglementations américaines -- soit une grande part du système financier mondial -- de faire des affaires avec ces entités et l'oblige à saisir tous leurs actifs.

Selon le département d'État américain, la banque Melli, première institution bancaire du pays largement implantée à l'étranger, finance notamment la force al-Qods et les Gardiens de la révolution. La banque Mellat finance l'organisation de l'énergie atomique de l'Iran et la Saderat finance les groupes radicaux palestiniens Hamas et Djihad islamique ainsi que le Hezbollah libanais, que Washington considère tous comme des mouvements terroristes.

Des individus et des agences gouvernementales sont également visés par les sanctions, notamment le ministère de la Logistique des forces armées, qui contrôle l'industrie de défense du pays.

«C'est important parce que c'est une partie de l'appareil d'État qui pourrait contribuer à la création de capacités nucléaires», a souligné le numéro trois du département d'État, Nicholas Burns.

Les États-Unis accusent depuis plusieurs mois la brigade al-Qods d'armer et d'entraîner des activistes antiaméricains en Irak. Téhéran réplique que la déstabilisation de l'Irak est le fait de Washington.

Le gouvernement américain envisageait depuis plusieurs mois de sanctionner les Gardiens de la révolution mais des querelles internes sur l'étendue et le calendrier des sanctions ont retardé leur mise en oeuvre. C'est la première fois que les États-Unis adoptent des mesures punitives à l'encontre d'un corps appartenant aux forces armées officielles d'un autre pays.

Les Gardiens de la révolution, l'arme idéologique du régime islamique au pouvoir depuis la chute du chah, en 1979, se sont progressivement transformés en une vaste et puissante armée, et beaucoup de pasdarans occupent de hautes fonctions au sein de l'appareil d'État.

«Nous prenons ces mesures maintenant car nous pensons que nous en sommes à un stade où, pour que la diplomatie réussisse, il faut qu'elle soit plus forte. Il faut accentuer la pression sur le gouvernement iranien», a déclaré un haut responsable américain qui a requis l'anonymat.

Washington, soutenu par Londres et Paris, pousse en faveur de l'adoption d'une troisième résolution de sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies, mais Moscou et Pékin, dotés du droit de veto, traînent les pieds, prônant la voie du dialogue pour régler la crise du nucléaire iranien.

Les États-Unis et leurs alliés occidentaux accusent l'Iran de chercher à fabriquer la bombe atomique sous couvert d'un programme nucléaire civil, ce que Téhéran dément.

À Londres, le Foreign Office a déclaré «soutenir les efforts de l'administration américaine pour accentuer les pressions sur le régime iranien». «Nous sommes prêts à montrer la voie pour une troisième résolution de sanctions et soutenir en même temps des sanctions plus fermes de l'Union européenne».

Téhéran a aussitôt dénoncé ces nouvelles sanctions américaines. «Les politiques des États-Unis hostiles au peuple respectable iranien et aux institutions légales de l'Iran sont contraires aux lois internationales, sont sans valeur et, comme par le passé, sont vouées à l'échec», a indiqué le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Mohammed Ali Hosseini.

Le président russe Vladimir Poutine a pour sa part souligné que les sanctions reviennent à envenimer le dossier nucléaire iranien. «Pourquoi envenimer la situation, la conduire dans une impasse, menacer de sanctions ou même d'action militaire?», s'est-il interrogé.

Des doutes

Selon des analystes, ces nouvelles sanctions pourraient se révéler inefficaces sans l'appui de partenaires aujourd'hui réticents et risquent même de renforcer l'aile dure du régime de Téhéran.

«Je suis sceptique sur leur impact, principalement parce que les États-Unis, unilatéralement, ont très peu de moyens de pression sur cet État islamique riche en pétrole, sur son économie et sur ses forces armées», estime Alex Vatanka, de la revue spécialisée Jane's.

«Il suffit de regarder ce qu'ont fait par le passé les Russes, les Chinois et dans une certaine mesure les Européens pour douter du soutien que le reste du monde va apporter aux États-Unis là-dessus», a précisé cet expert. «Pour changer le comportement de l'Iran de façon positive, il faut lui donner quelque chose. Or tout ceci, ce sont des bâtons. Je ne vois pas de carotte.»

Mais les États-Unis sont frustrés par les réticences de la Russie et de la Chine à adopter une troisième résolution contraignante du Conseil de sécurité de l'ONU pour faire plier Téhéran, et cette mesure risque même de donner les coudées franches à la Chine, qui achète beaucoup de pétrole à l'Iran, pour étendre encore davantage son influence dans la région.

«La Chine a accru ses échanges avec l'Iran au moment même où d'autres membres du Conseil de sécurité de l'ONU les réduisaient», a noté Nicholas Burns.

L'efficacité des nouvelles sanctions dépend dans une large mesure de la coopération des alliés européens comme la France et l'Allemagne mais aussi la Russie et la Chine, «qui ont des liens politiques et financiers plus étroits avec Téhéran».

Mais selon Manouchehr Dorraj, professeur de relations internationales à la Texas Christian University, ces sanctions pourraient avoir un objectif inavoué. «Si les Iraniens restent peu réceptifs, l'administration Bush pourrait utiliser cela comme prétexte pour dire que les sanctions n'ont pas réussi à convaincre le gouvernement iranien de mettre un terme à ses activités d'enrichissement de l'uranium et que l'option militaire est la seule alternative viable», a-t-il expliqué.

Pour Carag Ong, expert au Centre pour le contrôle des armements et la non-prolifération, une organisation pacifiste de Washington, ces sanctions américaines unilatérales risquent de se retourner contre leurs auteurs en renforçant la position du président Mahmoud Ahmadinejad au sein du régime iranien. «Ce qui est particulièrement troublant dans cette décision, c'est que l'administration la considère comme une partie intégrante de ses efforts diplomatiques», a ajouté Mme Ong, qualifiant ces sanctions de «punitives».


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