Retour forcé dans le placard?
Mots clés : Laurent McCutcheon, personnes âgées, Homosexualité, santé, Québec (province)
Les aînés homosexuels ne trouvent pas leur place dans le réseau de la santé

Photo: Agence Reuters
Interrogé par Le Devoir à la veille de sa présentation, Laurent McCutcheon admet qu'une part du fardeau de cette absence systémique incombe à la communauté gaie, qui devra développer son propre réseau d'entraide pour que les choses changent. Mais la société devra aussi faire sa part, prévient-il. «On aurait pu prôner le développement de réseaux parallèles destinés aux homosexuels. Mais les ressources sont limitées et l'objectif ultime de nos communautés n'est pas de vivre à l'écart. On vise l'inclusion, comme pour tout le reste.»
Dans leur mémoire, les deux organismes évaluent à un peu plus de 107 000 le nombre d'homosexuels âgés de plus de 65 ans. Un nombre appelé à croître dans les prochaines années avec l'arrivée en masse des baby-boomers dans le troisième âge. Bien sûr, ces gens auront des besoins qui seront sensiblement similaires à ceux de l'ensemble des personnes âgées. Mais ils sont appelés à «affronter des difficultés supplémentaires compte tenu de leur orientation sexuelle», lit-on dans ce mémoire intitulé Pour que vieillir soit gai.
Isolement et représailles
C'est spécialement vrai dans le réseau de la santé et des services sociaux, qui n'est visiblement pas adapté à cette clientèle, selon ces deux organismes. Idem pour les structures institutionnelles et communautaires actuelles. Au banc des accusés: la préséance «des attitudes homophobes et hétérosexistes» et «un manque de connaissances spécifiques des besoins [de la communauté gaie]» dans des réseaux de soin et d'entraide déjà en manque de ressources.
L'absence de reconnaissance des modèles gais est un autre obstacle qui amène plusieurs homosexuels à faire bande à part. «Présentement, tout le monde marche sur des oeufs sur ce point», déplore M. McCutcheon. Dans les résidences privées, les HLM et les CHSLD, on ne voit en effet qu'une seule chose sur les tables de chevet: des photos des époux, des enfants, des petits-enfants. Rien pour les couples non orthodoxes qui brillent par leur absence. «Quand un gai pourra mettre la photo de son conjoint sans craindre d'être exclu, là on pourra dire qu'on a progressé. Pour l'instant, on en est pas là.»
Mais la peur d'être isolé une fois hébergé n'est-elle pas exagérée? Pas du tout, répond M. McCutcheon, qui cite plusieurs études sur le sujet. «Ce n'est pas une peur intuitive, encore moins marginale. Plusieurs recherches ont montré que les aînés craignent de révéler leur orientation sexuelle aux employés du réseau de la santé et des services sociaux principalement par peur de représailles.» Cet état de fait ne serait pas sans conséquence puisqu'il amènerait les homosexuels à consulter le moins possible, voire à éviter le réseau public de la santé, avait d'ailleurs montré une étude québécoise menée en 2003.
Il faut dire que l'acceptation reste difficile, surtout en ce qui a trait aux amis, qui prennent naturellement le relais des descendants, absents chez plusieurs membres de cette communauté. Malgré leurs bonnes intentions, ces proches aidants ne sont généralement pas reconnus par les autorités soignantes ou communautaires, notent les deux organismes dans leur mémoire. Quand il s'agit de prendre des décisions de nature médicale, ils sont même carrément écartés, dénonce M. McCutcheon. «Ça n'a pas de bon sens! Ce sont souvent là leurs seules relations!»
D'ici à ce que les perceptions changent dans le réseau de la santé, l'isolement restera le lot quotidien d'une majorité, craint M. McCutcheon. Sur ce point, la communauté gaie devra d'ailleurs faire son examen de conscience, elle pour qui «la survalorisation de la jeunesse concourt à l'isolement des personnes âgées». La Fondation Émergence comme Gai Écoute sont d'ores et déjà prêts à faire leur part. «On veut travailler à l'application de notre mémoire et on va le prendre en charge», a promis hier M. McCutcheon. La balle est maintenant dans le camp des commissaires de cette consultation présidée par la ministre responsable des aînés, Marguerite Blais. Notons que les prochaines audiences publiques auront lieu lundi prochain, à Montréal-Nord.
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