Robert Lepage: emmener le monde à sa porte
Mots clés : Ex Machina, Robert Lepage, Théâtre, Québec (ville)
Un nouvel ouvrage célèbre les dix ans d'Ex Machina

Photo: Pedro Ruiz
C'est à Québec, donc, d'où il vient, que Robert Lepage a fondé ce théâtre du quartier Petit Champlain, où viennent d'ailleurs le visiter les prestigieux opéras pour lesquels il travaille, dont le Metropolitan Opera de New York, avec qui Ex Machina doit produire, pour 2010 ou 2012, rien de moins que la tétralogie de Richard Wagner, Der Ring des Nibelungen.
La chance d'être québécois
En entrevue, Robert Lepage ajoute qu'être québécois a été pour lui une chance. La chance de provenir d'un peuple encore en définition, comme en témoigne, dit-il, le débat actuel à propos de l'immigration et des accommodements raisonnables. La chance, par le fait même, de ne pas subir le poids d'une culture qui l'aurait empêché, par exemple, de reprendre à sa guise Shakespeare ou le théâtre kabuki japonais. «Nous sommes encore une culture en quête d'identité, en train de se définir», dit-il. Une sorte de work in progress, en somme, comme l'est d'ailleurs tout l'oeuvre de Lepage, qui est en train d'ajouter un volet à La Trilogie des dragons. Le Dragon bleu, oeuvre en devenir, réunira sur scène Lepage, Marie Michaud et une danseuse d'origine singapourienne.
«Chez Ex Machina, écrivent les auteurs Patrick Caux et Bernard Gilbert, on considère plutôt la première représentation comme l'amorce de la deuxième période d'écriture. Si toutes les périodes d'exploration et de répétition ont permis de définir le cadre et les ingrédients du récit, c'est avec le public qu'on peut vérifier ce qui fonctionne, ou pas, dans le spectacle.»
De la ville de Québec, le créateur dit que c'est par-dessus tout un lieu de théâtre, en l'absence d'une industrie cinématographique digne de ce nom. En général, dit-il, les comédiens issus de Québec ont une expérience plus approfondie de la scène, tandis que ceux de Montréal connaissent mieux, au départ, les mondes de la publicité, du cinéma ou de la télévision.
Reste que la caserne Dalhousie a précisément été conçue pour mêler les genres, et tout le travail d'Ex Machina témoigne de cette abolition des barrières entre le cinéma, la danse et le théâtre. Penser hors du cadre est une de ses devises. «C'est la recherche d'un art total», convient Lepage, lui dont les oeuvres éclatées ont souvent l'effet d'un happening. D'ailleurs, son récent Projet Andersen reprend aujourd'hui l'affiche au Théâtre du Nouveau Monde avec le comédien Yves Jacques dans le rôle d'abord assumé par Lepage.
Faire entrer le monde dans son oeuvre
En ce sens, Robert Lepage est absolument de son temps, et c'est peut-être ce qui explique son succès. Pourtant, à l'aube de ses 50 ans, il avoue être parfois dépassé par la technologie, même si tout son oeuvre en est habité. Alors qu'il conçoit le spectacle et tente de faire exploser l'espace scénique de toutes les manières possibles, c'est une armée de techniciens qui trouve les moyens de mettre en oeuvre ses idées.
Naviguant entre l'Ancien et le Nouveau Monde et entre les différentes formes d'art comme un poisson dans l'eau, Robert Lepage dit être double: à la fois international et extrêmement local. S'il est sans doute le premier dramaturge québécois à avoir fait voyager toute son équipe aux quatre coins du monde et avec un tel succès, il fait volontiers référence à Michel Tremblay qui, bien que profondément québécois, a été traduit dans une multitude de langues. «Michel Tremblay est plus universel qu'international», dit-il. Lepage, qui a d'abord été profondément influencé par la culture japonaise, laisse quant à lui, et avec une aisance de prince, le monde entier entrer dans ses oeuvres. Peut-être devrait-on d'ailleurs voir, dans le travail de celui qui aime juxtaposer l'expérience individuelle et collective, une allégorie du Québec d'aujourd'hui.
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Notre Robert national - par Pierre François Gagnon
Le jeudi 25 octobre 2007 11:00

