Ankara a le dos au mur - Coincé entre Washington et la colère populaire

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

AFP
Édition du jeudi 25 octobre 2007

Mots clés : PKK, États-Unis, diplomatie, Forces armées, Kurdistan (région), Turquie (pays)

Deux des 100 000 soldats turcs massés près de la frontière irakienne patrouillaient hier dans la province de Sirnak.

Photo: Agence Reuters

Ankara -- Le gouvernement turc se retrouve le dos au mur dans la crise déclenchée par l'attaque meurtrière des rebelles kurdes, coincé entre une opinion publique appelant à une riposte armée et Washington, son plus puissant allié, qui veut privilégier la diplomatie.

Trois mois après le succès triomphal du Parti de la justice et du développement (AKP), issu de la mouvance islamiste, aux législatives de juillet, le gouvernement du premier ministre Recep Tayyip Erdogan traverse sa plus grave crise politique.

Alors que des dizaines de milliers de Turcs ont crié vengeance mardi en enterrant les 12 soldats tués dimanche lors d'une attaque des rebelles du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), l'opposition profite de l'occasion pour alimenter le sentiment nationaliste.

«J'en appelle au gouvernement: servez-vous de l'autorisation [parlementaire pour une incursion contre le PKK en Irak] dont vous disposez et répondez aux aspirations de votre peuple», a déclaré mardi Devlet Bahçeli, chef du Parti de l'action nationaliste (extrême droite).

Selon l'agence Anatolie, de nouvelles manifestations ont eu lieu hier pour la troisième journée consécutive dans plusieurs villes du pays où la population fait flotter les drapeaux rouges de la Turquie.

«Le gouvernement est dans une position très difficile, il ne veut pas d'une intervention armée mais les nationalistes turcs exploitent le ressentiment du peuple contre le gouvernement», a souligné Beril Dedeoglu, professeure de relations internationales de l'université francophone de Galatasaray d'Istanbul. «L'opposition et l'armée ne veulent pas donner sa chance au gouvernement en attendant la fin des négociations en cours», a-t-elle ajouté.

«L'attaque de dimanche a encore réduit la marge de manoeuvre politique du gouvernement, qui se retrouve le dos au mur, obligé de durcir sa position alors qu'il ne veut pas d'une intervention qui internationaliserait la question kurde», a constaté un diplomate occidental.

Aucun sondage n'a été publié depuis l'attaque de dimanche mais, conscient du danger d'une baisse de sa popularité, le gouvernement a fait interdire la diffusion d'images «négatives» relatives à l'attaque du PKK, une décision dénoncée comme une censure par les associations de défense de la liberté de la presse.

Au lendemain de discussions à Londres pour le premier ministre turc et à Bagdad pour son ministre des Affaires étrangères, Ali Babacan, responsables civils et militaires turcs ont évoqué la riposte turque lors d'une réunion hier à Ankara.

Alors que Washington a réaffirmé mardi privilégier la voie diplomatique pour résoudre la crise, les analystes sont divisés sur la possibilité de voir Ankara passer outre aux appels à la modération de son plus puissant allié, en particulier au sein de l'OTAN.

«On ne peut pas intervenir en Irak sans l'accord des États-Unis, sur le plan technique comme politique», estime Beril Dedeoglu.

Le politologue Dogu Ergil a en revanche insisté sur le droit d'Ankara, «au regard de la loi internationale, à sauvegarder l'intégrité de son territoire et à assurer la sécurité de ses citoyens» si les États-Unis n'agissent pas contre les rebelles kurdes.

Le PKK, qui utilise le nord de l'Irak comme base arrière pour mener ses opérations en Turquie, est considéré comme une organisation terroriste par Washington comme par l'Union européenne.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com