Ankara menace l'Irak de mesures de rétorsion - Bagdad s'engage à aider la Turquie contre les Kurdes
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Le PKK est interdit de séjour en Irak

Photo: Agence Reuters
«J'ai assuré au ministre que le gouvernement irakien aiderait activement la Turquie à vaincre cette menace. Nous sommes convenus qu'il nous fallait prendre une position commune pour lutter contre le terrorisme», a déclaré le ministre irakien des Affaires étrangères, Hochiyar Zebari, après un entretien à Bagdad avec son homologue turc, Ali Babacan.
«Nous n'autoriserons aucune entité, y compris le PKK, à empoisonner nos relations bilatérales», a-t-il ajouté.
La Turquie, résolue à éliminer les rebelles séparatistes kurdes réfugiés en Irak, a affirmé lundi qu'elle voulait épuiser tous les recours diplomatiques avant de lancer une opération militaire au-delà de sa frontière, comme le parlement l'y a autorisé.
Alors que près de 100 000 soldats turcs sont rassemblés le long de la frontière irakienne, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a menacé hier l'Irak de sanctions économiques sous la forme de restrictions à l'exportation si Bagdad ne coopère pas pour éliminer les bases rebelles kurdes implantées dans le nord de l'Irak, a indiqué l'agence Anatolie depuis Londres.
L'Irak «doit coopérer pour combattre le terrorisme», a déclaré M. Erdogan à l'adresse d'un parterre d'hommes d'affaires britanniques rassemblés dans un hôtel londonien. Il a affirmé que le pays voisin «abuse de la bonne volonté de la Turquie».
Selon le chef du gouvernement turc, Ankara pourrait sanctionner l'Irak en réduisant les exportations de produits de première nécessité vers le pays voisin. Il a cité l'énergie électrique, l'eau, les produits alimentaires, l'électroménager et le matériel électronique.
«Actuellement, nous attendons, mais l'Irak doit savoir que nous sommes en mesure d'utiliser quand nous voulons le mandat [du parlement d'Ankara] qui autorise une opération transfrontalière», a dit Erdogan lors d'une conférence de presse conjointe tenue avec son homologue britannique, Gordon Brown.
Erdogan subit la pression de l'opinion publique et de l'état-major turcs, excédés par la mort d'une quarantaine de soldats aux mains du Parti des travailleurs du Kurdistan au cours du mois écoulé.
Dans une série d'accrochages survenus en fin de semaine, une douzaine de soldats turcs ont encore été tués par le PKK. Les images des obsèques des militaires ont été largement diffusées et des manifestations antikurdes ont eu lieu dans plusieurs villes du pays.
Le président américain, George Bush, a exprimé sa «profonde préoccupation» au sujet des attaques lancées par le PKK et il a déclaré que le président turc, Abdullah Gül, et les États-Unis continueraient d'exhorter le gouvernement irakien à intervenir contre les rebelles, a déclaré la Maison-Blanche.
Les États-Unis et l'Irak s'efforcent de convaincre la Turquie de renoncer à une opération militaire au Kurdistan, province irakienne dotée d'une grande autonomie. La région est par ailleurs l'une des rares de l'Irak à être restées relativement stables depuis l'invasion américaine de 2003.
Dans un communiqué transmis dans la soirée de lundi au bureau de Reuters à Bagdad, le PKK se dit prêt à «tendre la main» et à «dialoguer». «Mais si la Turquie continue à se montrer hostile à l'égard du peuple kurde, nous nous défendrons et nous défendrons notre peuple», ajoute-t-il.
La Turquie estime à 3000 le nombre de combattants du PKK en Irak. Selon Ankara, l'armée américaine en Irak pourrait, si elle le voulait, capturer les dirigeants du mouvement et couper ses voies d'approvisionnement.
Pour Washington, il convient toutefois de ne pas déstabiliser la région et de ne pas nuire au gouvernement local en donnant l'impression qu'il soutient les Turcs contre ses concitoyens kurdes.
En plus des 100 000 soldats massés à la frontière irakienne, Ankara a envoyé des chars, des chasseurs F-16 et des hélicoptères d'assaut.
Un journaliste de Reuters a rapporté avoir vu des camions transportant des pièces d'artillerie et d'autres armements en direction de la frontière et il a entendu des tirs d'artillerie nourris dans les montagnes de la province de Sirnak.

