Concerts classiques - Le plaisir de la décantation
Mots clés : Hommage à Glenn Gould, concert classique, Musique, Culture, Québec (province), Montréal
En apparence décousu, ce programme hommage à Glenn Gould était composé d'oeuvres signifiantes dans le parcours de pianiste mais aussi d'apprenti-chef du musicien. Siegfried-Idyll est le seul témoignage de l'activité de chef d'orchestre de Gould, développée peu avant sa mort. Cette réorientation de Gould, qui fait l'objet du mythe de l'inachevé, se serait sans doute heurtée de front, pragmatiquement et économiquement, à sa volonté de ne pas se produire en public.
HOMMAGE À GLENN GOULD
Beethoven: Ouverture Coriolan, Concerto pour piano n° 2. Bach: Concerto pour clavier BWV 1052.
Mendelssohn: Les Hébrides, ouverture. Wagner: Siegfried-Idyll. Wonny Song (piano, Bach), Nicholas Angelich (piano, Beethoven), Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, dir. Yannick Nézet-Séguin. Salle Wilfrid-Pelletier lundi 22 octobre 2007.
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On apprend bien des choses dans les programmes de concerts ces temps-ci. Après la lumineuse révélation que les oeuvres de Claude Vivier étaient inspirées par sa propre mort précoce, une publicité ayant pour objet un livre à paraître nous informe que «La carrière de Yannick Nézet-Séguin emprunte le cheminement inverse de celui de Glenn Gould. Le jeune chef d'orchestre rêve de devenir, un jour, pianiste de concert.» Tiens donc! Comme si son emploi du temps lui permettait une telle mutation, comme si pianiste de concert ça prenait une heure d'exercice par-ci, par-là. Mais peut-être il y a du vrai là dedans: à voir le chef se retourner pour scruter ce que faisait Nicholas Angelich, on avait l'impression qu'il prenait des leçons!
Le concert d'hier soir est allé en s'améliorant, profitant d'une double décantation: celle d'un programme qui menait lentement vers Wagner (ce qui n'est pas une excuse pour jouer le Concerto BWV 1052 de Bach comme si le sort de Tristan et Isolde en dépendait...) et celle d'une maturation résultant de plusieurs représentations préalables données la semaine dernière. Il était évident que la finition orchestrale bénéficiait hier d'un niveau que l'on entend rarement au Métropolitain. En témoigne un trait fort délicat des cordes avant l'appel de Siegfried aux cors et flûte, trait affronté avec panache et grande précision.
Je ne sais quelle part de l'esprit de Gould planait sur une ouverture Coriolan correcte, sans grande remise en question des habitudes, sur des Hébrides aux contrastes surjoués (cf. le grand thème lyrique des violoncelles, bien trop lent), mais efficaces et, surtout, sur un concerto de Bach abordé comme une ballade automnale, par petites touches, façon peintre du dimanche. Je préfère Wonny Song dans d'autres répertoires.
Nicholas Angelich, en tendre géant, fut le héros de la soirée. Que de classe, que de lumière et -- enfin -- que de naturel! Sa force tranquille nous a réconciliés avec cet artiste qui avait étrangement manqué son récital chez Pro Musica. Nézet-Séguin a dirigé la version orchestrale de Siegfried-Idyll, à laquelle Gould préférait la version de chambre. Il n'a jamais tenté d'imiter la version singulièrement étale de Gould, mais a sculpté la partition avec goût, sensibilité et sagesse.
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