Compressions à l'Immigration: la francisation pâtira, déplore l'opposition
Mots clés : gouvernement, francisation, Compressions, Immigration, Parti politique, Québec (province)
L'occasion était trop belle. Après avoir été accusés de vouloir créer «deux classes de citoyens» avec leur projet de loi sur l'identité québécoise, les péquistes ont renvoyé l'expression aux libéraux hier pour dénoncer les compressions importantes au ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, notamment en intégration et en francisation. La ministre concernée, Yolande James, évoque plutôt de simples réductions dans le personnel administratif qui n'influeront en rien sur les services offerts aux nouveaux arrivants.
Selon le député de Sainte-Marie-Saint-Jacques, la récente commission parlementaire sur la planification de l'immigration au Québec pour 2008-2010 avait déjà permis de constater que les efforts du gouvernement pour l'accueil sont en baisse. D'après les données fournies par M. Lemay, depuis l'arrivée au pouvoir des libéraux, en 2003, le budget du ministère est ainsi passé de 129 millions de dollars à 111 millions en 2007-08. Le montant moyen investi par immigrant par le gouvernement est passé de 3428 $ à 2472 $.
«Le gouvernement consacre 1000 $ de moins par immigrant qu'il ne le faisait il y a cinq ans. Le comble, c'est qu'il ne peut pas évoquer un manque de ressources financières, car l'enveloppe fédérale croît avec le nombre d'immigrants reçus», a-t-il soutenu. Toujours selon lui, les transferts fédéraux accordés au Québec pour l'intégration des immigrants devraient atteindre 224 millions en 2007-2008, soit le double du budget total du ministère.
Le PQ réclame donc que la totalité de ces transferts soit consacrée à l'intégration des immigrants et demande à la ministre responsable, Yolande James, de faire valoir ses besoins avec plus de vigueur auprès du Conseil des ministres. Présentement, une large part de ces sommes n'est jamais utilisée pour l'intégration des immigrants et est donc retournée au Fonds consolidé du revenu du Québec.
Or, selon M. Lemay, c'est désormais la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, qui dicte les règles du jeu en matière d'immigration. «Le haut du pavé est tenu par la ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor», a lancé le député souverainiste.
À l'Action démocratique du Québec (ADQ), on se dit également inquiet des compressions libérales. «C'est un signal très inquiétant qu'on lance aux immigrants», a jugé la critique de l'opposition officielle en matière d'immigration et de communautés culturelles, Catherine Morissette, au cours d'un entretien téléphonique.
«Si la ministre dit qu'il y aura autant d'heures de services offertes, ça veut dire qu'il y a automatiquement une réduction des services, parce qu'on attend 2000 nouveaux arrivants de plus cette année qu'en 2006, a-t-elle ajouté. Il ne devrait pas y avoir une coupure, ni une stabilisation, mais une augmentation des services. Pourtant, les employés du ministère vont avoir moins de temps, parce qu'ils vont devoir le diviser entre plus de dossiers à traiter.» On risque donc de se retrouver embourbés dans des retards en ce qui a trait à la francisation, à l'intégration sociale des immigrants et à la reconnaissance des diplômes.
Selon l'ADQ, il faudrait mieux utiliser les transferts fédéraux, mais aussi les fonds provenant du gouvernement québécois. «Je ne tiens pas à ce que tout l'argent aille au ministère de l'Immigration, mais qu'on sache où est envoyé l'argent, de quels montants on parle et comment sont utilisées ces sommes», a expliqué Mme Morissette.
Compressions importantes
Comme le soulignait hier Le Devoir, le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles a réduit son personnel alors qu'il a promis d'accueillir 10 000 immigrants de plus par année. Ce ministère voit donc son équipe de fonctionnaires réduite de 11 %, soit l'équivalent de 114 postes à temps complet.
En fait, on a mis à pied 32 employés occasionnels. Vingt et une des 32 mises à pied concernent des contrats écourtés; les onze autres sont des contrats non renouvelés. Aucun poste permanent n'a été touché. Qui plus est, en raison du plan de réduction de la taille de l'État, décrété en 2004 par le gouvernement libéral, 51 postes vacants n'ont pas été pourvus cette année, 22 départs à la retraite ont laissé autant de chaises vides et 9 employées en congé de maternité n'ont pas été remplacées.
Pour Martin Lemay, il est clair que ces réductions d'effectifs imposeront une «surcharge de travail» difficile à gérer pour les employés toujours en poste. Surtout dans le contexte où Mme James assurait hier qu'aucun service offert aux nouveaux arrivants ne serait touché, et ce, même si Québec veut faire passer le nombre d'immigrants accueillis chaque année de 45 000 à 55 000.
Services intacts
La ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James, a quant à elle insisté pour dire que ces compressions substantielles n'auront aucun impact sur les «services à la clientèle». «On a touché tout ce qui a trait à l'administration. Ce qui est important, c'est que la francisation et l'intégration des immigrants soient au rendez-vous et c'est ce dont on s'est assuré», a-t-elle répété.
Uniquement cette année, a ajouté la ministre, «18 000 personnes ont été francisées». Elle en conclut que gouvernement libéral a «accéléré l'apprentissage de la langue française», en plus d'«adapter la façon dont on francise nos immigrants conformément à leurs besoins». «Il n'y a pas eu de coupures d'argent dans le ministère, a poursuivi Mme James. Au contraire, le budget du ministère a été bonifié au cours des deux dernières années.»
Néanmoins, «tous les ministères doivent contribuer à la réduction de la taille de l'État», a-t-elle rappelé, concédant que 32 postes «ont été touchés». Ce sont des employés s'acquittant de tâches administratives qui ont été frappés par les compressions imposées par le Conseil du trésor, a indiqué Mme James. Pour ce qui est des 51 postes vacants non pourvus, elle a justifié qu'il s'agissait de postes «sur papier».
Elle s'est par la suite voulue rassurante, soutenant que toute hausse du nombre d'immigrants serait accompagnée, dans l'avenir, des «moyens matériels et financiers» nécessaires pour les accueillir.
Syndicats mécontents
Le Syndicat de la fonction publique du Québec a dénoncé avec vigueur les compressions d'effectifs que subit actuellement le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, demandant au gouvernement de «rappeler le personnel occasionnel récemment mis à pied et de pourvoir les postes vacants».
Pour le président de la Centrale des syndicats du Québec, Réjean Parent, ces mesures budgétaires «ont pour effet de réduire les chances de succès dans l'apprentissage de la langue pour nombre de nouveaux arrivants». «D'ailleurs, plusieurs intervenants ont réclamé plus de services pour l'intégration et la francisation des immigrants lors de leur passage à la commission parlementaire sur les niveaux d'immigration et à la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables.»
Vos réactions
La francisation, par qui? - par Martine Castonguay
Le mardi 23 octobre 2007 17:00
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Le mardi 23 octobre 2007 15:00
Y a-t-il un plan d'ensemble ? - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le mardi 23 octobre 2007 09:00
La francisation de qui? - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le mardi 23 octobre 2007 09:00
Logique électorale Libérale très très provinciale - par Gilles Bousquet
Le mardi 23 octobre 2007 07:00

