La pression monte à la frontière irako-turque - Les rebelles kurdes sont prêts à un cessez-le-feu à certaines conditions
Mots clés : kurdes, Parti des travailleurs du Kurdistan, cessez-le-feu, Violence, Turquie (pays), Irak (pays)

Photo: Agence Reuters
La Turquie a brandi la menace d'une incursion dans la région frontalière du Kurdistan d'Irak pour en éliminer les bases du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui utilise le nord de l'Irak pour attaquer les forces turques. La dernière attaque a coûté la vie dimanche à 12 soldats.
«Nous sommes prêts à observer un cessez-le-feu si l'armée turque arrête d'attaquer nos positions, abandonne ses projets d'incursion et s'engage à la paix», indique dans une déclaration sur son site Internet le PKK, en guerre contre le pouvoir central en Turquie depuis 1984. «Si la Turquie arrête de nous attaquer, le combat s'arrêtera, et nous entamerons un processus de paix. Nous sommes prêts au dialogue et nous sommes disposés à prendre part à un processus politique, si la Turquie nous en laisse la chance», poursuit le groupe.
Depuis le feu vert donne le 17 octobre par le Parlement turc pour une intervention, si nécessaire, de l'armée contre le PKK en Irak, le gouvernement du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan est soumis à des pressions croissantes pour lancer une opération au Kurdistan irakien. Ces pressions se sont davantage accentuées après l'attaque de dimanche dans le sud de la Turquie, frontalier de l'Irak. Outre les 12 soldats tués, huit militaires ont été faits prisonniers.
Des milliers de personnes sont descendues dans les rues en Turquie pour exhorter le gouvernement à agir contre le PKK.
M. Erdogan, dont le gouvernement est accusé de faiblesse par l'opinion publique, a laissé entendre qu'une réplique militaire immédiate n'était pas à l'ordre du jour après une réunion de crise des dirigeants turcs dimanche soir.
Il a expliqué que Mme Rice avait demandé à Ankara d'observer une pause de quelques jours avant une éventuelle riposte, indiquant qu'il espérait une intervention de Washington contre
le PKK.
Les États-Unis, qui déploient en Irak plus de 150 000 soldats mais pas au Kurdistan, craignent qu'une incursion turque ne déstabilise cette région contrôlée par leur alliés kurdes irakiens, notamment après la mise en garde du kurde irakien Massoud Barzani contre toute invasion turque.
Dans un entretien publié par le Times, M. Erdogan a accusé les États-Unis d'immobilisme face au PKK. «Dans le nord de l'Irak, nous sentons que l'organisation terroriste et l'administration locale [le gouvernement kurde] s'abritent derrière l'Amérique», a-t-il dit.
Au Koweït où il se trouve en visite, le ministre turc des Affaires étrangères Ali Babacan a assuré que son pays chercherait à résoudre par le dialogue le problème des séparatistes kurdes avant d'envoyer des troupes en Irak. «Nous continuerons à déployer les efforts diplomatiques et politiques, avec bonne volonté, afin de résoudre la crise posée par une organisation terroriste», a-t-il déclaré.
«Mais si, au bout du compte, nous ne parvenons pas à un résultat, il existe d'autres moyens que nous serons peut-être contraints d'utiliser», a-t-il poursuivi, en référence aux préparatifs de l'armée turque en vue de mener une incursion dans le nord de l'Irak.
À Bagdad, les ministres clés du cabinet irakien de Nouri al-Maliki qui tente de trouver une solution diplomatique, se sont exprimés devant le Parlement. Le ministre de la Défense Abdel Kader al-Obeidi a indiqué que l'armée irakienne ne se déploierait pas au Kurdistan qui est sous le contrôle des combattants relevant du gouvernement régional kurde irakien. Son collègue à la sécurité nationale Shirwin al-Waili a assuré que son gouvernement prenait des mesures pour «couper l'approvisionnement destinés aux rebelles».
Une délégation irakienne doit se rendre en Turquie prochainement pour poursuivre le dialogue.

