Sages Polonais

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Serge Truffaut
Édition du mardi 23 octobre 2007

Mots clés : autoritarisme, Donald Tusk, jumeaux Kaczynski, Élection, Pologne (pays)

Enfin! Les Polonais viennent de fermer la parenthèse sur deux ans de pouvoir exercé par les jumeaux Kaczynski, les Le Pen locaux. Signe du ras-le-bol qu'éprouvaient les résidants de ce pays à l'endroit de la politique défendue par ce duo, ils ont fréquenté les bureaux en si grand nombre qu'ils ont établi un record de participation. Évidemment conscient du rejet que suscitaient l'autoritarisme et l'europhobie fanatique des Kaczynski et de leurs alliés extrémistes, le vainqueur de ces législatives, Donald Tusk, avait articulé son plan de campagne en conséquence. Au final, il a remporté suffisamment de sièges pour gouverner sans trop d'encombres. Plus exactement, la récolte de dimanche est riche au point qu'elle va lui faciliter la tâche inhérente à la formation d'une coalition.

Autre matière à satisfaction, les alliés xénophobes, ultracatholiques, revanchards, et on en passe, de Samoobrona et de la Ligue des familles polonaises ont disparu de la carte. En effet, ces militants maniaques de la délation, de la peine de mort, de l'antisémitisme et de la chasse aux homosexuels ont été renvoyés dans leurs foyers où l'étroitesse d'esprit se confond avec la chape de plomb. Espérons que de ce revers le très influent clergé polonais tirera les leçons qui s'imposent. Qu'il gommera quelque peu la bienveillance qu'il affiche à l'égard, par exemple, des fous de Dieu qui exercent leur négation de l'autre aux radios... catholiques.

Cela étant, la victoire de Tusk a suscité une vague de soulagement allant de Berlin à Bruxelles en passant par Strasbourg. En effet, la quasi-totalité des membres de l'Union européenne, et l'Allemagne plus que tout autre, s'est réjouie de l'élection d'un partisan de l'Europe. Sur ce front, le changement de politique va être aussi tranché que le jour et la nuit. Autant les jumeaux multipliaient les embûches, allant jusqu'à revenir sur la parole donnée, autant Tusk entend se rapprocher de Bruxelles.

Ainsi, contrairement à ses prédécesseurs, le prochain chef de gouvernement devrait adhérer à la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne qui révulsait les Kaczynski, comme d'ailleurs les Britanniques. On s'attend même à ce que Tusk fasse de la signature de cette Charte le symbole du retour de la Pologne dans le giron européen. Par contre, pour ce qui est de l'installation du bouclier antimissile américain dans les environs de Varsovie, il ne devrait pas y avoir de modification. Mais en ce qui concerne les troupes polonaises en Irak, le contraste est inscrit à l'agenda de Tusk. En un mot, elles vont être rapatriées.

Sur le plan intérieur, le nouveau premier ministre veut s'employer à mettre un terme à un phénomène lourd de conséquences pour l'avenir du pays. De quoi s'agit-il? L'émigration massive des jeunes en direction du Royaume-Uni et de l'Irlande. Et ce, parce qu'ils jugeaient étouffante la Pologne des Kaczynski.


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