Argentine - Le souvenir d'Evita dope la campagne de Cristina Fernandez de Kirchner

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Reuters
Édition du lundi 22 octobre 2007

Mots clés : élection scolaire, Cristina Fernandez de Kirchner, Eva Peron, Femme, Affaires étrangères, Argentine (Pays)

La candidate Cristina Fernandez de Kirchner, épouse de l'actuel chef d'État argentin Nestor Kirchner, qu'on aperçoit à ses côtés.

Photo: Agence France-Presse

Buenos Aires -- La légendaire «première dame» d'Argentine Eva Peron a beau être disparue depuis plus d'un demi-siècle, son fantôme plane sur la campagne pour l'élection présidentielle du 28 octobre, pour le plus grand profit de la candidate péroniste d'aujourd'hui.

Les Argentins restent nombreux à admirer Evita, épouse de l'ancien président Juan Peron, la créditant d'avoir favorisé le vote des femmes, obtenu des avantages sociaux pour les mineurs et fait ouvrir des hôpitaux ou des orphelinats.

La ferveur qui demeure pour la dame du temps jadis a, l'air de rien, sensiblement aidé dans sa campagne l'épouse de l'actuel chef de l'État, Cristina Fernandez de Kirchner, que les sondages donnent élue dès le premier tour.

Péroniste de longue date, elle puise l'essentiel de ses soutiens dans les quartiers ouvriers et pauvres où le culte d'Evita reste vif, même si rares sont les personnes de moins de 65 ans qui peuvent se souvenir d'elle.

Âgée de 54 ans, Fernandez de Kirchner est née un an après la mort d'Evita et a mené une vie fort différente, même si ses partisans, eux, voient bien des similitudes dans leurs destinées.

«Elle me rappelle beaucoup Evita. Son énergie, sa force de conviction, sa manière d'utiliser les mots. Elle est si intelligente. Je l'admire», expliquait Norma, une femme de 72 ans, à un meeting de campagne dans le fief péroniste de Matanza, dans les environs de Buenos Aires. «Lorsque j'étais petite, j'étais de la génération Evita; aujourd'hui, je suis de la génération Cristina», ajoute Norma.

Fernandez prend soin de ne pas multiplier les allusions à Evita, dont les accents nationalistes et les appels aux ouvriers la coupaient des classes moyennes qu'elle s'efforce de rallier à sa cause.

«Evita a causé beaucoup de torts en transformant le péronisme en une forme de fanatisme. Son intolérance envers tout ce qui n'était pas péroniste reste sa marque de fabrique, une mauvaise marque de fabrique», estime pour sa part l'historien Felix Luna.

Dans ses vidéos de campagne, Fernandez utilise habilement quelques images d'Evita. D'elle, elle veut garder non pas tant la marraine d'hôpitaux et d'orphelinats que la militante qui combattait pour la justice sociale.

«L'Evita de ma jeunesse se tenait le poing levé, au micro, flamboyante, annonçant les batailles que devait mener le peuple, qui devaient être livrées pour le peuple», rappelait Fernandez de Kirchner dans un hommage à Eva Peron, à l'occasion du 55e anniversaire de sa mort, en juillet dernier.

Blonde, un chignon, le poing en l'air

Evita serait très fière de voir que la première présidente élue de l'Argentine sera une péroniste, déclare Cristina Alvarez, petite-nièce d'Evita, présidente de l'Institut Evita et député péroniste.

«Les comparaisons sont inévitables quand, dans votre histoire, vous avez une personnalité aussi importante qu'Eva, et tout particulièrement parce que toutes deux sont péronistes. Mais elles sont aussi très différentes. Cristina est une intellectuelle, avec un passé universitaire [...]. Eva avait de l'intuition et un grand coeur», analyse Alvarez.

Pour la politologue Graciela Romer, Evita a toujours pris soin de rester en retrait par rapport à Juan Peron, en refusant, notamment, comme le lui demandaient les syndicats, d'occuper de hautes fonctions publiques.

Fernandez de Kirchner, elle, est de longue date la partenaire politique de son époux, le président Nestor Kirchner. Celui-ci demeure populaire et aurait presque certainement été réélu s'il avait brigué un nouveau mandat, mais il a préféré laisser la place à sa femme.

Evita, elle, n'avait pas fait d'études. Elle avait été actrice, avait travaillé à la radio, et elle est morte jeune, à 33 ans, victime d'un cancer. Son décès prématuré, alors qu'elle était au sommet de sa popularité, a contribué à faire d'elle une figure mythique en Argentine.


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