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Ce sont les bons étudiants qui font les bonnes écoles et non l'inverse.

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Louis Lapointe
Envoyé Le samedi 20 octobre 2007 11:00



Bonjour M.Baillargeon,

Ce ne sont pas les bonnes écoles qui font les bons étudiants, ce sont plutôt les bons étudiants qui font les bonnes écoles. Je peux en témoigner autant dans ma vie privée que professionnel étant père de quatre enfants qui ont tous été à l'école publique et parce que J'ai eu une position d'observateur privilégié pendant 7 ans à titre de directeur de l'École du Barreau du Québec.

J'ai donc pu comparer, au fil d'arrivée, filles et garçons de toutes les universités, de toutes les écoles et de tous les collèges, qu'ils soient privés ou publics. Le portrait du meilleur étudiant en droit ne correspond absolument pas à celui qui est présenté dans votre article de ce matin.

Contrairement aux idées reçues, le parangon du meilleur étudiant n'est pas nécessairement une fille issue d'une famille riche ayant étudié toute sa vie dans un collège privé et terminé ses études collégiales à Jean-de-Brébeuf avant d'être admise en droit à l'Université McGill. Le meilleur étudiant peut également avoir eu un parcours totalement différent. Il peut tout aussi bien être un garçon de Rosemont, avoir étudié dans une école publique, être un finissant du Collège Maisonneuve et de l'UQAM. Il peut également provenir de Rouyn-Noranda, où il a étudié jusqu'à la fin de l'ordre collégial, avant d'avoir complété ses études à la faculté de droit de l'université de Sherbrooke.

Le meilleur indicateur de la réussite scolaire d'un étudiant, ce n'est pas son université, son collège ou son école secondaire qu'elle soit publique ou privée, ce sont toujours les résultats antérieurs, sauf dans le cas de 15% des étudiants qui ne répond à aucun critère, ceux qu'on appelle les éclectiques. Aucun résultat antérieur, aucun collège ou université ne peuvent prédire leurs résultats futurs. Ce sont des étoiles qui jaillissent dans le ciel de votre école comme des cadeaux inespérés dont la grande réussite est mue avant tout par la passion et une très grande curiosité intellectuelle. Aucun test d'admission ne peut prédire leur réussite inopinée, pourtant c'est là que se trouvent les plus créatifs de tous nos étudiants.

Pour cette raison, j'ai toujours été contre le contingentement sur la base des résultats antérieurs, je me suis toujours méfié de ces cotes «Z» et «R» qui uniformisent tout et qui ne peuvent nous renseigner sur ces jeunes qui ne répondent pas au paradigme dominant, mais qui grâce à leur créativité et leur curiosité auront la capacité de faire évoluer leur discipline future.

Dire que les meilleurs étudiants proviennent des meilleures écoles privées est donc un mythe entretenu par les riches familles et les collèges privés parce que les meilleures écoles privées permettent aux mieux nantis et à leurs vassaux des classes inférieures de former des réseaux qu'ils entretiendront toute leur vie durant et qui leur permettront de gravir plus rapidement et facilement chacun des échelons de leur carrière.

Un important éditeur juridique, provenant tout comme moi du réseau public et par surcroît venant d'une région éloignée, m'a confié, un jour, que même s'il côtoyait les plus grands de notre profession, plusieurs étant ses meilleurs amis, jamais lui ou moi ne pourrions pénétrer ou accéder à ces réseaux bâtis de longue date. Ces gens-là forment des «clubs» et se protègent en se favorisant mutuellement, peu importe leur compétence. La force de ces réseaux réside dans leur étanchéité. Si on doit aider quelqu'un, invariablement on favorise d'abord un membre de notre club.

Voilà à quoi servent les écoles privées et pourquoi tant de gens veulent y envoyer leurs enfants. Plus elles seront prestigieuses, plus elles attireront de riches rejetons et plus les réseaux qui s'y formeront seront influents. Les finissants de ces écoles, qui accéderont un jour ou l'autre au prestige du pouvoir, sauront en leur for intérieur que leur ascension est plus le fruit des contacts qu'ils ont formés au collège que de leur talent et, en conséquence, ne seront que plus généreux envers leur alma mater, sans qui leur succès personnel n'aurait pu être aussi important.

Louis Lapointe
Brossard

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