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Les mauvais mots!
Le contrôle des mots est aussi une sorte de contrôle de la pensée. Comment exprimer mieux sa colère ou son désarroi pour un québécois que le bon vieux TABARNAK! ? Un mot banni, celui-là, non pas seulement par le pape de l'Assemblée nationale, mais par l'escouade des bonnes moeurs de la société. Un blasphème! Jadis un blasphème, parce que pour blasphémer dieu, on doit tout de même en être conscient et voyez-vous, aujourd'hui, bien des jeunes ne savent même pas ce que c'est, un tabernacle. Blasphème ou pas, il demeure un mauvais mot et, malgré tout, dans notre société, même chez les immigrants et même chez les immigrants assez récents, ce mot fait son chemin et son utilisation est largement répandue. Chaque culture a ses mauvais mots. Je crois qu'il ne faut pas s'en priver. Il ne faut pas non plus s'y limiter. Rien de plus terrible pour la pensée qu'un vocabulaire limité.
Censurer les mots, c'est censuré des parcelles d'idées, des parcelles d'émotions. C'est aussi enlever la couleur au langage. Je suis contre toute censure. Seule, l'autocensure est valable. Cette réserve se construit peu à peu, à force de discussions, de débats. Le respect n'est nullement une résultante de la limite des mots. Une réaction sur cet article en témoigne. Avec des mots "permis", on peut atteindre un irrespect de haut niveau.
J'ai souvent remarqué que ceux qui sont réfractaires aux mauvais mots, cachent souvent des pensées ou des préjugées terriblement plus chafouins.
Chez nous, mes enfants ont appris, dès leur très jeune âge, toute la panoplie du vocabulaire, du beau mot aux plus vilains. Bizarrement, même avec des presqu'encouragements, le vilain mot n'est pas d'usage, comme si son emploi enfreignait un certain savoir-vivre développé selon une échelle de valeurs bien construite.
Les gens ont tendance à croire l'inverse, comme si on apprenait la politesse et le respect en restreignant les mots. À mon avis, c'est tout le contraire, seul la liberté et l'émotion du coeur, la sienne et celle que l'on perçoit des autres, peut élaborer un système de valeurs qui nous permet de vivre et s'exprimer en société, de façon polie et respectable envers autrui.
Un "TABARNAK" bien senti et bien placé, est généralement bien compris, tout comme GIROUETTE. Par contre, "OURANG-OUTANG", bien que ce soit un mot tout à fait permis et de belles moeurs, peut devenir, dans certaines circonstances, d'une vulgarité incroyable et d'un irrespect ubuesque de la dignité humaine.
Sans être professeur, on peut facilement faire remarquer l'indicible inconvenance de tel propos. Heureusement, celui qui reçoit le pire affront lorsque de tels discours sont tenus, est immanquablement celui qui les émet. Il est encore heureux pour eux, que l'imbécillité et la honte ne tuent pas!
Vive la liberté des mots, la politesse des pensées et le respect des idées et des autres.
Serge Charbonneau
Québec
