Bhutto réplique aux islamistes
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Islamabad -- Dans une tentative de récupération à son avantage de l'attentat à l'explosif dont elle avait été la cible la veille, l'ancienne première ministre Benazir Bhutto a lancé hier un vibrant appel à l'unité des Pakistanais contre le militantisme religieux radical qui menace selon elle de détruire le pays. Se réclamant elle-même d'un islam pacifique, elle a affirmé que les auteurs de cet attentat ne sont pas de vrais musulmans mais plutôt des éléments perturbateurs n'ayant pour seul objectif que de torpiller la démocratie.
Mme Bhutto a déclaré que l'attentat ne l'empêchera pas de mener son Parti du peuple pakistanais (PPP) aux législatives de janvier prochain.
Les autorités ont affirmé hier qu'il y avait bel et bien eu deux explosions, un peu après minuit jeudi, alors que la caravane de Mme Bhutto circulait depuis 10h dans les rues de Karachi. La première déflagration a été causée par une grenade qui aurait eu pour fonction de disperser le cordon de sécurité autour de la bhuttomobile. La seconde explosion est attribuée à un homme qui se serait attaché entre 15 et 20 kilos d'explosifs autour de la taille. En faisant sauter sa charge près du véhicule transportant Mme Bhutto, il aurait aussi fait exploser deux voitures de police à proximité, ce qui expliquerait que des témoins en aient conclu à l'implication de la police dans l'attentat.
Les autorités disent avoir retrouvé la tête du kamikaze et prélever des échantillons d'ADN afin de l'identifier. Personne n'a encore revendiqué l'attentat. La police soupçonne le chef de guerre Baitullah Mehsud, qui a déjà menacé Mme Bhutto. Le président-général Pervez Moucharraf a ordonné à ses hommes de lui faire rapport sur les circonstances de l'attentat dans les 48 heures.
Pour sa part, Benazir Bhutto a soutenu que les lampadaires de la rue où circulait son convoi étaient éteints, ce qui aurait facilité l'attaque. Elle est passée à un cheveu d'accuser le gouvernement de les avoir délibérément fait éteindre. Elle réclame des explications à propos de cette noirceur suspecte.
Dans une entrevue à Paris Match, elle a soutenu que les services secrets pakistanais avaient commandité l'attentat. Au Pakistan, les services secrets sont soupçonnés chaque fois que quelque chose de louche se produit. «Ce sont les dignitaires de l'ancien régime du général Zia qui sont aujourd'hui derrière l'extrémisme et le fanatisme. Nous devons purger nos services secrets de ces éléments», a-t-elle déclaré.
Le général Zia ul-Haq avait déposé le père de Mme Bhutto. Sous sa férule (1977-88), il a procédé à l'islamisation du pays, amorçant entre autres le financement public des madrassas, ou écoles religieuses.
Par ailleurs, Mme Bhutto a dit qu'avant l'attaque, elle avait fait parvenir au président-général Moucharraf une lettre dans laquelle elle nommait trois personnes susceptibles d'attenter à sa vie. «Je n'accuse pas le gouvernement, j'accuse des personnes, des individus qui abusent de leur pouvoir.» Elle n'a pas révélé l'identité de ces personnes. Au cours de la journée, le président avait mis en garde Mme Bhutto contre la tentation de porter des accusations publiques. Ils ont eu un entretien téléphonique quelques heures après les deux explosions.
Benazir Bhutto, qui s'est résolument lancée en guerre contre les militants religieux qui font la loi dans le nord-ouest du pays (en particulier dans le Waziristan, à la frontière de l'Afghanistan), estime que ces «militants armés veulent détruire le Pakistan». «Ce grand pays qui est le nôtre n'est pas une terre de terroristes, il n'est pas une terre de militants. [...] C'est une terre de femmes et de minorités, une terre d'intellectuels et d'artistes.»
«Il s'agit d'une attaque contre la démocratie», a affirmé la leader du PPP. Il s'agit selon elle d'une attaque contre tous les chefs de partis politiques prônant la démocratie et non pas seulement contre le sien, une façon de faire comprendre à ceux qui voudraient prendre part au jeu démocratique qu'ils ne seront pas en sécurité. Elle a lancé cet avertissement: «Nous ne nous laisserons pas intimider par cette minorité.» Elle a ensuite a conclu sa déclaration: «Le militantisme radical n'est pas une menace contre un parti politique, ce n'est pas une menace contre un individu, c'est une menace contre l'unité et l'intégrité du Pakistan, c'est une menace pour l'image de l'islam, qui est un message de paix que je chéris.»
Réveil brutal
Les Pakistanais ont eu la surprise de leur vie hier matin en prenant connaissance des bulletins de nouvelles et des journaux. L'attentat s'étant produit peu après minuit, plusieurs d'entre eux étaient allés au lit jeudi soir avec la certitude que leur ancienne dirigeante avait effectué un paisible retour d'exil. Karachi, capitale économique du pays, se terrait derrière des portes closes hier.
En matinée, les divers acteurs de la scène politique se sont attelés à blâmer leurs adversaires pour cette attaque. Taj Haider, un responsable du PPP, a indiqué que cet attentat signe «l'échec des services de renseignement». Le mari de Mme Bhutto, Asif Ali Zardari, a quant à lui parlé de la «faillite de l'État». «Ils n'ont aucun contrôle sur la situation. Il y a des éléments au sein du gouvernement qui veulent exploiter la situation.» De son côté, le MMA, un regroupement de partis politiques religieux intégristes s'étant fait élire en masse dans les régions indisciplinées du Nord-Ouest pakistanais, a indiqué qu'il fallait voir dans cet attentat l'expression d'un ras-le-bol de la mainmise américaine sur la scène politique pakistanaise, mainmise incarnée par Benazir Bhutto. Enfin, des analystes se demandaient en ondes si le PPP n'avait pas été imprudent d'organiser un rallye aussi long (dont le coût total est estimé à la rondelette somme de cinq millions de dollars).
Les citoyens n'en revenaient tout simplement pas eux non plus. Riffi, par exemple, une prospère femme d'affaires d'Islamabad, hochait la tête. «Ce n'est pas bon pour les affaires, ce n'est pas bon pour le pays.» Normal: sa librairie et un de ses deux restaurants d'inspiration européenne, Table Talk, sont situés dans le quartier Kohsar, fréquenté par les étrangers mais déserté chaque fois que la situation sécuritaire du pays se corse, les ambassades étrangères donnant consigne à leurs ressortissants de quitter les lieux.
Les Bhutto sont des amis de la famille de Riffi depuis longtemps. Son oncle se trouvait d'ailleurs à bord de la bhuttomobile jeudi soir au moment de l'attentat. «Je lui ai parlé, a-t-elle raconté. Il m'a dit que c'est une simple question de chance si Mme Bhutto n'a pas été touchée.»
Cette chance, Benazir Bhutto dit la devoir à des pieds enflés. Après être restée aussi longtemps sur le toit de son autobus, elle aurait ressenti le besoin de changer de chaussures. Elle serait alors rentrée à l'intérieur du véhicule et en aurait profité pour réviser, avec son entourage, le discours qu'elle s'apprêtait à livrer. Les explosions sont survenues à ce moment.
Tahira (pseudonyme), une militante pour les droits des femmes, était découragée. «Je déteste Benazir Bhutto, mais je suis triste de voir ce qui arrive.» Comme beaucoup d'autres Pakistanais, Tahira sent qu'on tente d'usurper le processus démocratique à deux mois des prochaines élections générales. D'ailleurs, un vox-pop effectué à Karachi par la chaîne pakistanaise de nouvelles en continu Dawn News permettait de conclure que ce sentiment était partagé par de nombreux citoyens.
«C'est mauvais pour le processus démocratique. Nous voulons simplement des élections démocratiques sans interférence, mais certaines personnes n'en veulent pas. Nous avançons toujours de quelques pas et, ensuite, nous reculons de quelques pas. C'est désespérant», a conclu Riffi avant de retourner dans ses cuisines.
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Et la corruption généralisée - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le samedi 20 octobre 2007 09:00

