Âgé de 26 ans et déjà à son deuxième condominium

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Claude Chiasson
Édition du samedi 20 et du dimanche 21 octobre 2007

Mots clés : REER, retraite, condominium, Économie, Habitation, Québec (province)

«Ma retraite n'étant pas dans un avenir rapproché, je me demande si je ne mets pas "trop" d'argent dans mes REER»

C'est toujours avec beaucoup de plaisir et d'intérêt que je lis vos chroniques dans Le Devoir. Je me permets de vous soumettre ma situation et quelques questions.

J'ai 26 ans, je suis célibataire, sans enfant et je ne prévois pas en avoir dans un avenir rapproché. Je travaille pour une petite société privée qui me verse un salaire annuel de base de 43 000 $ et un boni de 2300 $ par an à verser dans mes REER.

J'ai un condo au centre-ville de Montréal que j'ai payé 166 000 $ en avril dernier et qui ne nécessitera pas d'investissement important à moyen terme. J'ai une hypothèque fermée pour cinq ans de 124 000 $ à un taux de 5,1 %. La mise de fonds provenait des profits de la vente de mon condo précédent et je n'ai pas de RAP à rembourser.

Incluant les paiements hypothécaires, les assurances, les frais de condo et les taxes, les dépenses pour me loger sont d'environ 1200 $ par mois. Je ne possède pas de voiture, j'utilise plutôt Communauto pour me déplacer lorsque j'en ai besoin et je marche pour me rendre à mon travail. Mon budget est relativement équilibré, quoique je garde (mauvaise habitude!) un solde de plus ou moins 1500 $ sur ma carte de crédit, à laquelle j'ai souscrit pour une option de taux réduit. Je n'ai pas d'autres dettes et je n'ai pas beaucoup de marge de manoeuvre pour épargner davantage. Je n'ai pas vraiment de fonds d'urgence; si je devais avoir besoin de liquidités, je me replierais sur ma carte de crédit, ce qui ne me cause pas vraiment de stress.

À l'exception de mon condo, mes épargnes sont essentiellement concentrées dans mes REER. Mon employeur a une entente avec Manuvie. Je place 200 $ par quinzaine dans mes REER, ce qui inclut le boni de mon employeur. Ce montant de 200 $ est divisé de la façon suivante: 100 $ par quinzaine dans un compte de placement La Maritime (Manuvie) dans le fonds Fidelity Europe (le solde de ce compte est de 5655 $) et 100 $ par quinzaine dans un compte Le Capitalisateur de La Maritime (Manuvie): 40 % Portefeuille Croissance Simplicité Manuvie (solde 2633 $), 30 % fonds équilibré international CI (solde 3181 $) et 30 % dans un fonds Fidelity répartition d'actifs canadiens La Maritime (solde: 3965 $). J'ai aussi d'autres REER avec Desjardins: 3000 $ répartis entre les fonds Environnement, Éthique et Obligation canadienne.

Ma retraite n'étant pas dans un avenir rapproché, je me demande si je ne mets pas «trop» d'argent dans mes REER. Je m'explique: serait-il plus avantageux de ne placer que 100 $ par quinzaine dans mes REER et de placer l'autre tranche de 100 $ dans des placements hors REER? Je pourrais, entre autres, utiliser ces fonds à l'échéance de mon terme hypothécaire pour effectuer un versement en capital.

Je sais aussi que vous suggérez d'investir dans des actions de grandes compagnies solides qui versent de bons dividendes, mais je me sens peu à l'aise avec ce genre de placement; mes connaissances sont plutôt limitées et je dispose de peu de temps à y consacrer. De surcroît, je trouve que beaucoup de ces compagnies ont des pratiques éthiques et environnementales peu innovatrices et souvent même discutables. Avez-vous d'autres suggestions de placement à proposer, compte tenu du temps que j'ai devant moi?

Si je continue à placer le maximum de mes économies dans mes REER, serait-il sage, éventuellement, de retirer une partie de ces fonds, en payant les impôts requis évidemment, pour l'investir dans un petit immeuble à revenus (acquis à juste prix) ou dans une autre occasion qui pourrait éventuellement se présenter?

Finalement, je crois être dans une bonne direction vers une certaine autonomie financière. Y a-t-il quelque chose qui semble clocher dans ma situation?

Je vous remercie à l'avance de vos bons conseils.

Non, rien ne cloche dans votre situation. Bien au contraire. Vous illustrez très bien la voie à prendre pour atteindre une certaine indépendance financière dès la jeune quarantaine. Vous adhérez à un plan d'épargne systématique, ce qui est primordial. J'insiste sur le qualificatif «systématique», qui signifie une épargne constante, annuelle, jusqu'à votre retraite. Rien ne sert de fournir un effort à l'épargne pendant cinq ans pour ensuite briser la série en achetant une BMW.

Effet de levier

Posséder tôt dans votre vie une propriété vous aura aussi permis de goûter rapidement à l'effet de levier. Vous avez ainsi bénéficié de la montée rapide des prix des résidences principales de tout acabit amorcée en 1998 et qui se poursuit depuis. Résultat: grâce à l'achat de votre premier condo, vous avez accumulé rapidement un capital de 42 000 $, capital qui vous a servi à acquérir votre deuxième condominium.

Vous épargnez également sur vos transports, ce qui est excellent. Le fait d'élire domicile près de tous les services (en plus d'être à distance de marche de votre lieu de travail) vous permet d'opter pour un service partagé d'automobile plutôt que d'en acheter une. Ici, l'économie est substantielle lorsqu'on sait qu'une voiture neuve coûte bon an, mal an à son propriétaire près de 9000 $ par année (en incluant la dépréciation). Il s'agit ici pour la plupart des gens d'une dépense non déductible. Pour couvrir une telle dépense de 9000 $, il faut gagner un revenu brut de 15 000 $.

Votre épargne, vous la canalisez entièrement dans les REER, ce qui est encore excellent. Vous doutez de cette astuce en vous demandant s'il ne serait pas préférable d'investir la moitié seulement de votre épargne dans le REER et le reste dans des placements hors REER. Vous avez tort. En canalisant toute votre épargne dans le REER, vous accélérez votre enrichissement en faisant travailler pour vous les impôts qu'autrement vous auriez dû verser au fisc. Ces impôts reportés travailleront pour vous longtemps, très longtemps, même après que vous aurez converti vos REER en FERR (chose que vous n'aurez pas à faire avant l'âge de 71 ans).

Il est vrai que la mensualité hypothécaire (près de 730 $) pèse lourd dans votre budget. Le condominium a cependant cet avantage, vu son prix moins élevé que d'autres types de propriété, d'être à la portée des bourses des jeunes personnes étant au début de leur vie active et de leur cycle d'épargne. Un autre avantage: le gain accumulé n'est pas imposable dans la mesure où il sert de résidence principale (vous devez habiter ledit condo au moins un an pour pouvoir le désigner comme résidence principale aux yeux du fisc). En contrepartie, le condo ne génère pas de revenus de location. La mensualité hypothécaire, vous devez donc la supporter entièrement à même votre salaire. Dans le cas d'un triplex, quadruplex, quintuplex, près de 70 % de la mensualité hypothécaire est couverte par les revenus de location.

Cela dit, opter pour un condo fait sens pour de jeunes travailleurs. Surtout qu'à 26 ans, vous pouvez profiter de votre facilité de déménager pour effectuer quelques transactions d'achats et de ventes si les conditions du marché le permettent et si vous avez une certaine habileté à dénicher des condos à bon prix. Cette stratégie peut s'avérer très lucrative puisque les gains réalisés sont nets d'impôt (voilà une belle façon de bâtir votre actif hors REER: notez que, pour ce faire, le condo doit être désigné comme votre résidence principale).

À propos des belles façons de bâtir votre actif hors REER, appliquer les reports d'impôt (que vous verrez à épargner systématiquement) résultant de vos cotisations au REER au remboursement partiel du solde de votre hypothèque en fait partie.

La roue de la fortune

Somme toute, la roue de votre fortune a bel et bien commencé à tourner. Maintenant, pour la faire tourner plus rapidement, voici quelques points à considérer. Débarrassez-vous du solde de vos cartes de crédit. C'est là une mauvaise habitude et un signe d'une certaine indiscipline sur le plan budgétaire (surtout que vous êtes seul et que vous gagnez un bon salaire). Ce faisant, je crois que vous pourriez accroître d'un cran votre effort à l'épargne, qui pourrait correspondre à 15 % de votre salaire global (il comprend le boni de votre employeur).

Enfin, vu votre jeune âge, votre épargne devrait être entièrement investie dans les actions. Vous pouvez le faire par le truchement de fonds d'investissement. Pour ma part, je conseille vivement de le faire en accumulant vous-même à l'intérieur d'un REER autogéré les actions de grandes compagnies canadiennes et de quelques grandes compagnies américaines dominant leur marché, affichant une excellente rentabilité et montrant un long historique de versements de dividendes élevés et croissants. Les actions de huit entreprises vous permettant de participer à quatre, préférablement cinq, secteurs clés de notre économie suffiront pour la vie.

En prenant soin d'accumuler graduellement ces actions sur faiblesse des cours, vous bénéficierez à long terme de rendements qui ont de fortes chances d'éclipser ceux que vous procureront la plupart des fonds communs d'investissement (qui, soit dit en passant, vous pousse à trop diversifier, au point de couvrir la planète avec votre petit pécule).

cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca


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