Musique classique - Dumping sur le baril de musique

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Christophe Huss
Édition du samedi 20 et du dimanche 21 octobre 2007

Mots clés : prix, Mozart, musique, Culture, Disque, Pays-Bas (Hollande) (pays)

Quelle qualité musicale peut-on attendre d'un CD à un dollar ?

Depuis l'année Mozart, et le succès commercial fulgurant, en France, d'un coffret de disques rassemblant l'intégrale de ses oeuvres, la mode éditoriale est au «baril de musique», chute vertigineuse des prix à la clé. Quelle qualité musicale peut-on attendre d'un CD à un dollar?

C'est l'étiquette néerlandaise Brilliant Classics qui a fait trembler le marché et causé le tsunami musical qui submerge les bacs des disquaires. C'est à présent devenu une mode, suivie par les majors du disque, qui se mettent également à vendre de la musique en barils.

C'est que, l'année dernière, Abeille Musique, le distributeur français de Brilliant, a vendu plus de 100 000 coffrets Mozart de 170 CD à 100 euros (140 $) le coffret: 17 millions de disques classiques! Depuis, le label a récidivé avec Bach, Chopin et Beethoven, et tout se décline en intégrales. L'édition de «tout Callas» par EMI et de «tout Gould» par Sony s'est avérée incontournable pour les éditeurs de ces artistes que le monde commémore cet automne.

Une étiquette avisée

L'édition intégrale n'a pas été inventée par Brilliant Classics. Ce que l'étiquette des Pays-Bas a créé, c'est «l'intégrale pour tous». Auparavant, les éditions intégrales étaient conçues forcément par les plus grandes compagnies (qui avaient les moyens de tout enregistrer) et commercialisées comme des produits de luxe pour mélomanes fortunés. En disque compact, Philips avait ainsi publié en 1991 l'intégrale des oeuvres de Mozart, Deutsche Grammophon avait de la même manière célébré Beethoven et Brahms.

Brilliant a débuté dans le métier il y a dix ans, par l'acquisition de licences sur des enregistrements de divers éditeurs. Son premier grand coup sur le plan artistique fut de mettre la main sur une intégrale des symphonies de Chostakovitch que le chef et ami du compositeur Rudolf Barshaï avait enregistrées à Cologne dans les années 90 et que personne ne voulait publier. Très bonne idée, car cette intégrale est, avec celles de Bernard Haitink et Guennadi Rojdestvenski, la meilleure sur le marché.

Brilliant n'en est pas resté là. Les responsables de cette étiquette ont décidé de faire enregistrer par des artistes inconnus les oeuvres inaccessibles en licence qui leur permettaient de réaliser des intégrales. C'est ainsi que Dorothee Wohlgemuth, Christine Wehler, Georg Poplutz et Jens Hamann se sont réunis en février 2007 pour chanter les mélodies populaires de Beethoven en vue de compléter l'édition intégrale de 85 CD qui vient

de paraître. Dans les mélodies galloises, autres oeuvres mineures de Beethoven, leurs homologues se nomment Antonia Bourvé, Rebekka Stöhr ou Manfred Bittner...

Devant cet assaut, des éditeurs tels que Universal ou EMI publient eux aussi, à partir d'enregistrements déjà rentabilisés, leurs «barils de musique», pas forcément des intégrales, mais de grandes anthologies à très bas prix. Un coffret Vivaldi de 40 CD vient de paraître chez Decca.

Valeur artistique

La méthode Brilliant est de réunir des disques enchâssés dans des pochettes en carton dans des coffrets compacts. La documentation n'est pas imprimée, mais livrée dans un cédérom.

Que valent ces coffrets? La valeur est tributaire de la qualité des licences obtenues par Brilliant et de celle des nouveaux enregistrements. Dans le cas de Beethoven, il n'y a pas trop de soucis à se faire: les symphonies sont celles de la première intégrale de Kurt Masur, les sonates et concertos pour piano sont ceux enregistrés par Friedrich Gulda à Vienne pour Amadeo et Decca, les quatuors ont été gravés par le Quatuor Guarneri pour Philips, les sonates pour violon et piano, par Arthur Grumiaux et Clara Haskil et les trios sont ceux du Trio Borodine, avec Yuli Turovsky! Que demande le peuple, et que lui importe alors que Dorothee Wohlgemuth soit une bonne soprano et Jens Hamann, un baryton moyen?

Car toute l'astuce est de se dire qu'à ce prix, peu importe les quelques inévitables déchets: on en a largement pour son argent, puisque le coffret de 85 CD est vendu sans doute moins cher que la seule intégrale des quatuors des Guarneri lors de sa première parution!

Le coffret Beethoven est tout aussi recommandé que l'édition Chostakovitch de 27 CD parue chez Brilliant, d'un niveau élevé et très constant. L'anthologie Vivaldi de Decca est très hétérogène, avec, notamment, une majorité d'enregistrements passablement défraîchis d'I Musici (pas les Montréalais, les Italiens!) et de Vittorio Negri. Le verdict eût été différent si l'éditeur avait puisé dans les enregistrements de concertos par Neville Marriner. Par contre, Universal Canada vient de rassembler dans un coffret très bon marché l'intégrale des symphonies de Mahler par Riccardo Chailly: c'est un premier choix... très brillant!

Collaborateur du Devoir

***

Coffrets recommandés

Beethoven, 85 CD, Brilliant Classics

Chostakovitch, 27 CD, Brilliant Classics

Mahler, 12 CD, Decca


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