Les frères à cheval

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André Lavoie
Édition du samedi 20 et du dimanche 21 octobre 2007

Mots clés : Micha Wald, Voleurs de chevaux, Culture, Cinéma, Canada (Pays), Belarus (Pays)

Les pulsions animales ne sont pas que le propre des bêtes dans le premier long métrage du cinéaste belge Micha Wald, Voleurs de chevaux. Les jeunes hommes qui s'affrontent dans ce drame historique aux allures de conte moral, aux contours temporels flous et aux émotions à fleur de peau, le font souvent de manière impitoyable, sachant trop bien que chaque coup, chaque plaie ou chaque chute peut signifier une fin atroce.

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Voleurs de chevaux
Réalisation et scénario: Micha Wald. Avec Adrien Jolivet, Grégoire Colin, François-René Dupont, Grégoire Leprince-Ringuet. Image: Jean-Paul De Zaeytijd. Montage: Susana Rossberg. Musique: Stephan Micus, Johann Johannsson. Belgique-France-Canada, 2007, 85 min.
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Il en va ainsi dans ce monde, «quelque part à l'est en 1856», un univers dominé par les cosaques, que l'on assimile aussi bien à des monstres qu'à des porcs. En trois chapitres distincts (Lui, Eux, La Traque), Micha Wald décrit l'affrontement de deux tandems de frères soudés par l'instinct de survie, l'infortune, mais aussi par une tendresse sincère et profonde.

Les cosaques, cette communauté de guerriers à la solde des tsars de Russie, constituent le seul refuge possible contre la misère pour Jakub (Adrien Jolivet) et son jeune frère Vladimir (Grégoire Leprince-Ringuet). Après un entraînement spartiate, à la limite de l'inhumain et de l'infâme, ils se croient enfin libres. Or le vol de leurs chevaux et le meurtre de Vladimir par le redoutable Roman (Grégoire Colin) et le fragile Elias (François-René Dupont) vont pousser Jakub à retrouver ses instincts de tueur acquis chez les cosaques. Ces deux voleurs du même sang aux techniques éprouvées et vivant en nomades devront ainsi affronter la colère d'un frère inconsolable.

Dépouillé d'artifices historiques, s'attardant à la plasticité des corps et surtout au danger des moindres blessures -- les craquements d'os et les coups de sabres résonnent tels des éclats d'obus --, Voleurs de chevaux présente la souffrance physique comme le seul chemin possible vers la survie. Dans ce monde glacial, boueux, où les ennemis sont aussi sournois que sans pitié, ces quatre jeunes hommes se résument parfois à de vieilles âmes dans des corps d'Adonis. Mais il leur faut bien plus qu'une force physique démesurée pour dominer ces paysages bucoliques en apparence, dévastateurs au moindre instant de faiblesse ou d'étourderie.

La structure quelque peu mathématique du film atténue parfois son souffle épique, chaque chapitre affichant une égale longueur et des points de concordance entre les personnages qui trahissent la main un peu lourde d'un scénariste en devenir, soucieux de symboles à teneur psychologique. Voleurs de chevaux s'impose tout de même par la force des ambitions de son auteur, esquissant un portrait d'époque qui évoque tout autant le dénuement du Moyen Âge que la violence exacerbée de certains jeux vidéo d'aujourd'hui.

C'est sans doute ce qui fait de ce film, riche en idées et pauvre en ornements, une belle curiosité, aussi émouvante que sanguinolente. Deux choses supposément incompatibles venant d'un cinéaste dont le pays tente aussi de réconcilier l'impossible...

Collaborateur du Devoir


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