Vos réactions
Le Pakistan décortiqué !
Information, désinformation, opinion et même, propagande subtile se côtoient.
Il faut tenter de saisir juste les événements, juste les faits.
On peut dire qu'il y avait beaucoup de partisans de Mme Bhutto qui l'ont accueilli. Pour plusieurs, l'émotion et l'espoir nourrissaient la chaleur de leur accueil. Je crois que ce fait peut difficilement être contesté. Il est aussi incontestable que Benazir Bhutto a des ennemis. Elle n'a pas dû s'exiler pendant huit années pour rien. Elle en dérange plusieurs.
Aussi, avez-vous remarqué, elle est une femme!
Un détail, me direz-vous! Une femme, après tout plus de la moitié de la planète en est occupée ! Oui, mais, combien de femmes sont en politique dans les pays musulmans? Combien sont au pouvoir? On peut même se demander combien sont au volant d'une automobile? Combien se promène seule? Combien de femmes à la mosquée ?
C'est un autre fait incontestable, la femme, dans les pays musulmans, n'a définitivement pas le gros bout du bâton. Peut-on contester ce fait? Soyons honnêtes !
Juste pour cet état de choses, Mme Bhutto mérite toute notre admiration. Elle fait preuve d'un courage notable. Elle aurait pu continuer à vivre tranquille, bien confortable, le restant de ses jours, sans mettre sa vie en danger, sans devoir lutter 24 heures par jour, sept jours par semaine, l'année durant, avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête et un tueur à gages pouvant la poignarder dans le dos à tout moment. C'est un fait. Il faut du courage et des convictions. Être une femme politique au Pakistan, n'est définitivement pas un jeu. Benazir Bhutto mérite le plus grand respect.
Un fait incontournable et indéniable: on a attenté à sa vie. Un acte sanglant, elle s'en est sortie indemne, mais plus d'une centaine de ses pauvres partisans ont payé leur support d'un lourd tribut! Un terrorisme calculé. Deux véhicules piégés. Une puissance pouvant tuer des centaines de personnes, on dit qu'on voulait la tuer, elle! Des tireurs embusqués auraient peut-être été plus efficaces. Elle n'était sans doute pas protégée derrière ses vitres pare-balles, à 100% du temps? Les organisateurs de cet attentat, savaient pertinemment, qu'avec une telle puissance, ils tueraient des centaines de personnes. Pourquoi donc? En plus de l'élimination possible de Mme Bhutto, on visait aussi le spectacle sanglant de cette tuerie. Quel était l'objectif principal? Tuer Benazir Bhutto ou montrer au monde entier le danger incroyable de ces terroristes omniprésents? Chose sûre et indéniable, un des objectifs a clairement été atteint.
À qui donc sert le plus cet attentat sanglant? En criminalité, pour trouver l'assassin, on doit commencer par chercher à qui profite le crime.
La conclusion facile, évidente, simpliste, est d'accuser Al Qaeda, Ben Laden ou les islamistes anonymes. Ils sont bien utiles, pour l'occupation, pour la guerre au terrorisme (sic), pour la dictature, ceux-là!
C'est comme l'utilité de leurs vidéos, certifiés CIA. Ça leur sert beaucoup ces messages...
Un fait plus difficile à mettre en lumière, est le rôle du Pakistan dans la région. Le rôle de l'ISI, son association avec la CIA, on pourrait plutôt dire: son contrôle par la CIA. Pour les États-Unis, le contrôle du Pakistan et de leur service SECRET, est d'une importance primordiale. Il est très dangereux d'enquêter sur cet aspect. Les journalistes risquent leur vie, un accident est si vite arrivé. On peut discuter, analyser longuement les mouvements politiques de surface, mais les réels objectifs sont planifiés et atteints par des manoeuvres de politique souterraine.
Il faut s'efforcer de voir la réalité au travers des lignes de l'actualité ponctuelle. Il ne faut pas être dupe des discours et endormi par les mots. Au Pakistan on parle de démocratie pour masquer et prolonger la dictature. Tandis qu'au Venezuela, on parle de dictature pour masquer la démocratie et la renverser afin d'instaurer une dictature profitable aux puissants.
On nous dit que Pervez Musharraf a pris le pouvoir par un coup d'État sans effusion de sang. On n'oublie pas de souligner le "sans effusion de sang" pour nous dire que ce dictateur est un bon gars dans le fond. Tandis que pour Chavez, c'est un dictateur, on oublie de mentionner qu'il a été élu à forte majorité à quatre reprises.
Ça aussi c'est un fait indéniable. Il y a l'information, la désinformation et la subtile manipulation de l'opinion. Pensez-y. L'évidence est souvent un leurre.
Dans les jours qui suivront, Benazir Bhutto oscillera entre la corrompue et la fervente défenderesse de la démocratie et de la justice, tout dépendant de qui en parlera. Tous l'utiliseront, certains l'encenseront, d'autres la dénigreront pendant que l'injustice et la manipulation continueront.
Serge Charbonneau
Québec
