Saine séance d'affirmation collective!

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Michel Bélair
Édition du vendredi 19 octobre 2007

Mots clés : États généraux du théâtre québécois, Théâtre, Québec (province)

Plus de 400 praticiens participent aux États généraux du théâtre québécois

Un grand carnet de propositions sera soumis à l'assemblée générale de demain.

Photo: Pedro Ruiz

Contrairement à ce qu'on a pu faire croire ailleurs, tout le monde était là hier matin pour la première journée des seconds États généraux du théâtre. Plus de 400 participants se sont en effet massés hier dans la grande salle de la Maison Théâtre, rue Ontario Est, à Montréal, afin de participer à la première tranche de cette rencontre de trois jours. Dès 9h30, comédiens, metteurs en scène, auteurs, concepteurs, directeurs de compagnie et de festival, diffuseurs, administrateurs, fonctionnaires des différents conseils des arts et observateurs de tout type, de Montréal comme de partout ailleurs au Québec, tous, tous ces gens de tous les milieux et de tous les métiers de la scène se sont livrés à une saine séance d'affirmation collective. «Nous nous réunissons d'abord pour affirmer notre art», nous avait annoncé Martin Faucher, président du Conseil québécois du théâtre (CQT), qui a organisé cet événement. Et c'est précisément ce qui s'est passé.

Une fois réglées les procédures d'usage dans ce genre d'assemblée, c'est Françoise Guénette qui a eu pour tâche d'animer la plupart des tables rondes au programme de la journée. Le sujet était vaste et visait avant tout à faire le tour d'une question à la fois très simple... et au moins triple: pourquoi faire du théâtre aujourd'hui, comment et pour qui? La question est d'autant plus intéressante qu'elle résulte des préoccupations communes de tout le «beau milieu», qui a participé collectivement, à travers toute une série de rencontres et de discussions échelonnées sur une période de plus de 18 mois, à la définition même de cette manifestation.

L'assemblée s'est d'abord fait proposer un sujet abordé par deux tables de participants: le théâtre est-il une force vive de la société québécoise? Dans le premier volet, trois directeurs de compagnie -- Jasmine Dubé (Bouches décousues), Claude Poissant (PàP) et Olivier Kemeid (Espace libre) --, un scénographe, Jean Hazel, et Lise Vaillancourt, du CEAD, sont venus dire chacun leur passion du théâtre. Il y a eu là des envolées qu'on voudrait reproduire intégralement... Même chose pour le deuxième volet, où s'est affirmée la même contamination de base par le théâtre. Dans les deux cas toutefois, on a aussi vu pointer des affirmations plus critiques décrivant chaque fois, preuves à l'appui, les conditions ridicules dans lesquelles la plupart des gens de théâtre sont appelés à travailler. «Nous vivons dans une société où on peut tout dire, probablement parce que personne n'écoute», a résumé Alain Kemeid...

Comme pour illustrer concrètement la chose, Vincent Bilodeau, président de l'Académie québécoise du théâtre (AQT), est venu raconter, après une première pause, les déboires de l'organisme qu'il dirige. L'AQT traverse une crise grave: exsangue, elle n'est plus dotée que d'un budget ridicule qui ne lui permet plus vraiment de promouvoir -- c'est son rôle officiel -- le théâtre qu'on fait ici. Elle a même dû mettre fin à la Soirée des Masques à la SRC, remplacée l'été dernier par le simulacre de bon ton que l'on sait. Il faut revoir son rôle. Dans la salle, on a beaucoup discuté à ce sujet et suggéré plusieurs approches nouvelles, de sorte qu'après les États généraux, Vincent Bilodeau mettra sur pied un comité de réflexion sur l'avenir de l'AQT auquel tous sont invités à participer. On en reparlera.

On a ensuite continué à naviguer dans le concret. La table suivante regroupait des représentant de syndicats (Raymond Legault, de l'UdA) et d'associations professionnelles (Raymond Marius Boucher, de l'APASQ, et Raymond Villeneuve, de l'AQAD) ainsi qu'un «travailleur culturel salarié», comme s'est présenté Jean-Pierre Bédard, du Périscope. Ils sont venus dire leur volonté de travailler ensemble, eux qui représentent les intérêts d'individus mobilisés dans des projets communs. Beaucoup de discussions dans la salle, encore une fois, les plus intéressantes interventions soulignant l'avantage de voir tout ce beau monde réuni autour de la même table du CQT, ce qui n'est plus le cas, on le sait. C'est aussi un sujet dont on reparlera sans doute.

Tout comme on reparlera dans le plus infime détail de tout ce qui s'est dit par la suite aux deux dernières tables rondes, qui ont mis en relief de façon brillante autant la diversité des approches qui caractérise le milieu que les initiatives de partage et de mises en commun les plus intéressantes, comme la coproduction ou encore Carte Premières. Toute la journée d'aujourd'hui, en effet, les 450 théâtreux inscrits aux ateliers découperont tout cela en petits morceaux, entre eux, avant de tout recoller ensemble en un grand carnet de propositions qui seront soumises à l'assemblée générale de demain, à laquelle les médias pourront cette fois-ci assister. C'est de là qu'on vous reparlera, lundi.


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