Procès Norbourg - Vincent Lacroix s'est fait dire de plaider coupable

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François Desjardins
Édition du jeudi 18 octobre 2007

Mots clés : Vincent Lacroix, Norbourg, Justice, Québec (province)

Deux des quatre avocats brièvement rencontrés par Vincent Lacroix au cours de l'été lui ont tout simplement recommandé de plaider coupable, a déclaré hier l'ancien président de Norbourg en marge de son procès pénal en Cour du Québec.

M. Lacroix, qui fera entendre ses propres témoins dès lundi -- deux personnes de l'AMF --, se défend seul depuis le début et a de nouveau affirmé à la presse hier qu'il n'est présentement conseillé par aucun avocat. Mis en faillite par la Cour supérieure en 2006 et disant ne pas vraiment avoir les moyens de s'en payer un, il a tout de même effectué des recherches au cours des derniers mois.

«J'ai essayé au cours de l'été... Les gens regardaient la documentation et me disaient: "On ne peut même pas t'aider", compte tenu des moyens monétaires que j'avais», a-t-il dit à la sortie de la salle où se tient son procès pour le rôle présumé qu'il a joué dans le scandale Norbourg. En effet, la quantité de documents mis en preuve au procès est stupéfiante.

Prié par une journaliste de dire si certains de ces avocats lui ont suggéré de se mettre à table pour en finir, M. Lacroix a répondu par l'affirmative. «Il y en a deux qui m'ont dit ça, et j'ai dit: "Non, oubliez ça"», a-t-il dit. Selon l'ancien président de Norbourg, qui fait face à 51 chefs d'accusation pour diverses transgressions à la Loi sur les valeurs mobilières du Québec, ces deux avocats lui ont dit: «Regarde, à ta place, déclare coupable.»

L'AMF allègue que M. Lacroix a orchestré un détournement de 130 millions à même l'épargne de 9200 clients de Norbourg. Il ne restait plus que 75 millions dans les coffres. La preuve avancée par l'AMF place M. Lacroix au coeur d'une opération à la fois grossière et sophistiquée où Norbourg effectuait des retraits illégitimes auprès du gardien de valeurs, Northern Trust, puis maquillait les livres pour camoufler ses gestes auprès des autorités.

Pour chaque chef d'accusation, l'AMF réclame la peine maximale, soit une peine de cinq ans moins un jour et une amende de cinq millions de dollars. Puisque la GRC enquête elle aussi, il n'est pas impossible que des accusations de fraude s'ajoutent un jour au fardeau qui pèse sur M. Lacroix. Au Canada, les cas de fraude grave peuvent entraîner 14 ans de prison.

M. Lacroix, dont le procès se déroule devant juge seul, soit le juge Claude Leblond, plaide non coupable.

Fin de la preuve

Après 18 témoins en plus de 40 jours, l'AMF a fini hier d'établir sa preuve, le dernier témoignage étant celui de Guylaine Leclerc, de la firme Leclerc juricomptables. Mme Leclerc est celle qui a coordonné l'enquête contre Norbourg à partir des perquisitions faites le 25 août 2005 aux bureaux de la compagnie et chez M. Lacroix sur la Rive-Sud.

Mme Leclerc est venue présenter les détails d'un rapport d'une vingtaine de pages qu'elle a rédigé au cours des derniers mois pour démontrer la fausseté d'une des thèses centrales de M. Lacroix. Cette thèse est celle voulant qu'une partie des déboires de Norbourg est attribuable à un «trou de 20 millions» découlant d'une transaction malheureuse impliquant la Caisse de dépôt et placement en 2003.

M. Lacroix a brièvement contre-interrogé Mme Leclerc hier après-midi, lui posant des questions plutôt pointues qui l'ont presque amenée à sortir une calculatrice. Il a également demandé à Mme Leclerc si elle avait été mise au courant de «la faiblesse du département de comptabilité chez Norbourg». Non, a-t-elle dit. Le juge a cependant mis un terme à cette série de questions car M. Lacroix cherchait à obtenir de Mme Leclerc le contenu d'une discussion qu'elle a eue avec l'ancien vice-président aux finances de Norbourg.

Témoins de Lacroix

La fin des témoignages mis en avant par l'AMF signifie que la parole est désormais à M. Lacroix. Hier, ce dernier a confirmé que son ancien bras droit, Éric Asselin, a reçu une convocation à comparaître. M. Asselin, l'ancien vice-président aux finances chez Norbourg, a joué un rôle de délateur, ce qui lui permet aujourd'hui de bénéficier d'une immunité auprès de l'AMF et de la Gendarmerie royale du Canada.

Au total, M. Lacroix croit avoir besoin de 15 jours pour présenter sa défense, cinq d'entre eux étant probablement réservés à M. Asselin. Celui-ci pourrait figurer parmi les témoins les plus hostiles, a laissé entendre M. Lacroix. Ils le sont presque tous, mais certains le seront plus que d'autres.

M. Lacroix a avancé quelques autres noms. Il y a entre autres Michel Fragasso, ancien vice-président de Norbourg et ancien président du conseil de l'Institut des fonds d'investissement du Canada. Il y a aussi l'ancien avocat de Norbourg, Alain Dussault, de même que quelqu'un de Northern Trust et une personne de la Caisse de dépôt, Denis Auclair.

Les premiers témoins de M. Lacroix, a-t-il indiqué, devraient être Vincent Mascolo, un enquêteur de l'AMF qui a travaillé sur le cas Norbourg à quelques reprises, et Jean Laurin, un haut gradé de l'AMF.

M. Lacroix a également affirmé qu'il comptait lui-même témoigner, ce qu'il compte faire en procédant par une déclaration devant le juge Claude Leblond.


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