Rentrée parlementaire à Québec - Dumont, tête de Turc de Charest

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Antoine Robitaille
Édition du mercredi 17 octobre 2007

Mots clés : Jean Charest, Mario Dumont, Pauline Marois, Gouvernement, Parti politique, Québec (province)

Le premier ministre est forcé de retirer les mots «girouette nationale»

Le premier ministre Jean Charest a accueilli hier à l'Assemblée nationale la nouvelle chef du Parti québécois, Pauline Marois, élue lors de l'élection partielle du 24 septembre dans Charlevoix.

Photo: Agence Reuters

Québec -- Dominée par l'économie et la rentrée de Pauline Marois, la première période de questions de l'automne à l'Assemblée nationale s'est terminée hier sur une querelle au sujet de l'invective «girouette nationale», lancée par Jean Charest à Mario Dumont.

Le président de l'Assemblée, Michel Bissonnet, a dû demander à une dizaine de reprises au premier ministre de retirer ses propos. Ce dernier, visiblement surpris de ne pouvoir utiliser le vocable «girouette» en chambre, a d'abord accepté, à la blague, de retirer l'épithète «nationale». Il a ensuite demandé au président: «Est-ce que vous êtes en train de déclarer que, selon le livre, le mot "girouette" n'est plus permis à l'Assemblée nationale du Québec? -- Il va l'être maintenant», a tranché sèchement le président, expliquant qu'il s'agissait de propos «antiparlementaires» et «blessants» qu'il fallait ajouter sur-le-champ au lexique des termes prescrits. Dans ses déclarations publiques faites récemment, M. Charest n'a eu de cesse de dépeindre le chef de l'opposition comme un personnage qui changeait constamment d'idée et de camp. «C'est une girouette. Il y a autant de Mario Dumont qu'il y a de jours dans l'année», avait lancé Jean Charest la semaine dernière au sujet des propos que le chef adéquiste a tenus au sujet de la Caisse de dépôt et placements du Québec, qui devait intervenir selon lui pour éviter la fuite des sièges sociaux du Québec. Hier, M. Charest a rappelé qu'en 2003 M. Dumont s'était dit «convaincu que [...] les interventions gouvernementales» étaient «responsables des piètres résultats» de la Caisse de dépôt. Au moment où il a utilisé le mot «girouette», il était dans une lancée sur la position adéquiste à propos des infrastructures : «Dans Saint-Maurice, le député de Saint-Maurice veut une route de 300 millions de dollars. Quand on leur demande où ils vont prendre l'argent, ils disent: "Euh, ben, ben, euh, ben, ben..." [...]. M. Dumont va inventer ça, la girouette nationale du Québec va nous inventer l'argent», a-t-il déclaré, vindicatif.

Notons que l'utilisation du mot «girouette» pour désigner des gens qui changent d'idées est très ancienne en politique. En 1815, en France, au terme d'une succession de régimes -- République, Directoire, Empire --, un auteur, Alexis Emery, publia un Dictionnaire des girouettes, où l'on présentait les pires volte-face des personnages politiques de l'époque. Talleyrand était l'un des plus éminents d'entre eux.

Autres insultes

En chambre, hier, les libéraux, le leader Jean-Marc Fournier au premier chef, ont protesté contre la décision du président, d'autant plus que le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, venait d'être successivement traité, par son critique péquiste François Legault, de «Roger Bontemps du gouvernement libéral» («Personne qui vit sans aucune espèce de souci», dixit Littré) et de «mascotte». Sans que le président Bissonnet intervienne. Parlant de la position de M. Bachand sur l'économie du Québec, M. Legault a déclaré : «On est en train de perdre la partie, c'est quatre buts de plus pour l'autre équipe, il reste deux minutes, puis lui, il dit: "Youpi!".» Selon M. Legault, le Québec est arrivé avant-dernier dans les 10 provinces en matière de croissance économique l'an dernier et pourrait terminer 10e cette année. M. Legault avait aussi déclaré que le chef de l'ADQ «souffre d'un déficit d'attention quand il s'agit des questions économiques. Il ne nous en parle pas pendant plusieurs mois, puis là il arrive avec un virage à 180 degrés sur la Caisse de dépôt.»

En première question, hier, Mario Dumont a ratissé large avec une question sur «l'érosion de l'autonomie économique des Québécois», notamment en raison de la crise manufacturière, de la baisse des exportations et de la récente perte de sièges sociaux importants (Bell et Alcan). L'adéquiste Gilles Taillon a pour sa part demandé en vain à la ministre des Finances, «tuteur de la Caisse de dépôt», s'il était vrai, comme on l'a rapporté dans certains médias, que la Caisse de dépôt avait jusqu'à 20 milliards en prêts hypothécaires à risques aux États-Unis, ce qui serait supérieur aux investissements dans les entreprises d'ici (16 milliards).

Aux perspectives sombres évoquées par les groupes d'opposition, M. Charest a répondu en citant le chômage à 6,9 %, «le plus bas en 33 ans». M. Charest a aussi souligné que le «revenu disponible» croissait plus rapidement au Québec que dans le reste du Canada.

Quant au ministre Bachand, il a cherché à relativiser la crise manufacturière en affirmant que le Québec s'en tirait «assez bien» dans ce secteur puisque sa croissance, depuis quatre ans, est positive: «Les livraisons manufacturières au Québec, même cette année, sont encore en croissance», a-t-il dit.

Les trois partis se sont toutefois entendus hier vers 16 heures pour adopter à l'unanimité une motion proposée par François Legault, du Parti québécois, qui réclame que «l'Assemblée nationale demande au gouvernement fédéral de renoncer à son projet de commission des valeurs mobilières pancanadienne».

Rentrée de Marois

Les travaux parlementaires avaient repris vers 14h10 sur une note plutôt cordiale, puisque le nouveau leader péquiste, François Gendron -- l'ancienne leader, Diane Lemieux, quittera ce matin son siège de Bourget --, le chef de l'opposition et le premier ministre avaient successivement souhaité la bienvenue à la chef du PQ, Pauline Marois, première femme à siéger comme chef d'une formation politique dans l'histoire de l'Assemblée nationale.

M. Gendron s'est amusé à ironiser au sujet des éloges prononcés par MM. Dumont et Charest lorsque Mme Marois a quitté son siège de Taillon, en mars 2006. «Je veux bien reconnaître qu'elle venait de nous annoncer son départ de la politique, [...] mais j'espère [...] qu'il y avait un fond de vérité dans ces belles paroles prononcées», a dit M. Gendron, qui a aussi souhaité que MM. Dumont et Charest ne feront pas que rappeler le passé de Mme Marois, mais sauront parler d'avenir. M. Dumont a plus tard rétorqué qu'il parlerait souvent du passé de Mme Marois. M. Charest, lui, a eu ces mots : «Vous avez fait un passage dans plusieurs ministères du gouvernement du Québec. Vous avez laissé votre marque, la preuve, c'est qu'on travaille encore beaucoup sur certains dossiers...»

Dans son premier discours à l'Assemblée, «la nouvelle députée de Charlevoix», Mme Marois, a révélé les grandes orientations de son parti. Elle a demandé aux immigrants de respecter les valeurs communes comme la langue française, la liberté d'expression, l'égalité des hommes et des femmes, les droits des enfants, le caractère laïque des règles de fonctionnement de notre société.

Mme Marois a aussi indiqué que sa formation politique lutterait pour défendre les principes de l'universalité des soins, l'accessibilité des services. Abordant la tourmente de la réforme scolaire (dont elle a été une des initiatrices), Mme Marois a semblé rompre avec le discours des «compétences». Le Parti québécois, a-t-elle dit, veut que les enfants soient «bien formés, sachent mieux lire, écrire et compter, qu'ils connaissent l'histoire de leur pays, qu'ils maîtrisent les savoirs essentiels à leur épanouissement et à leur autonomie».


Vos réactions


Intelligence artificielle - par Jean Vézina
Le mercredi 17 octobre 2007 23:00

L'expression est bien choisie, mais... - par Richard Larouche
Le mercredi 17 octobre 2007 21:00

@Gaston Grenon - par Pierre-Yves Pau
Le mercredi 17 octobre 2007 20:00

@ André Michaud - par Gilles Bousquet
Le mercredi 17 octobre 2007 16:00

Et le pire dans tout ça ... - par Gaston Grenon
Le mercredi 17 octobre 2007 13:00

Et si on se respectait nous-mêmes en notre dit sacré ? - par Denis Beaulé
Le mercredi 17 octobre 2007 13:00

Doit-on s'accommoder du déraisonnable Jean Charest ? - par Gerry Pagé
Le mercredi 17 octobre 2007 11:00

Abus de pouvoir du président - par andré michaud
Le mercredi 17 octobre 2007 09:00

Show time - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le mercredi 17 octobre 2007 09:00

Ah nos chère Éléves !!!! - par Santamaria Carlos
Le mercredi 17 octobre 2007 08:00

Notre "premier Charest" champion de la morgue - par Gilles Bousquet
Le mercredi 17 octobre 2007 04:00

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