Acheter du temps
Mots clés : Harper, Stéphane Dion, discours du Trône, Élection, Gouvernement, Canada (Pays)
La survie du gouvernement Harper est désormais entre les mains du chef de l'opposition officielle, qui fera connaître aujourd'hui s'il laissera mettre en oeuvre le programme législatif contenu dans le discours du Trône présenté hier soir. Stéphane Dion est devant un dilemme cornélien. Défaire le gouvernement à ce moment-ci pourrait tout simplement conduire à sa perte le Parti libéral, qui n'est pas prêt à affronter des élections. Ne pas le défaire minerait sa réputation de parti attaché à des principes et à des valeurs. Entre deux maux, il lui faut choisir.
Coincé, Stéphane Dion l'est de toutes parts. Le NPD et le Bloc québécois, qui ont tous deux un grand appétit pour des élections, voteront contre le discours du Trône. Le gouvernement minoritaire de Stephen Harper tombera si le Parti libéral ajoute ses voix aux leurs. Ce qui ferait bien l'affaire du premier ministre, qui ne souhaite rien d'autre que d'aller en campagne électorale. Appuyer le programme législatif des conservateurs mettrait le Parti libéral dans une position intenable puisque celui-ci est censé défendre un programme de rechange, qui perdrait alors toute crédibilité.
Le chef libéral, pour se tirer d'affaire, devra avoir recours à une parade consistant à laisser s'absenter des Communes un nombre suffisant de députés, de sorte que l'opposition officielle voterait contre le discours du Trône sans faire tomber le gouvernement. Il pourrait faire valoir qu'il n'y a pas de véritable raison de se rendre à une telle extrémité, puisque le programme de gouvernement est inspiré des positions défendues par les conservateurs lors de la dernière campagne électorale, qu'il s'agisse de l'encadrement du pouvoir fédéral de dépenser, qui répond à la promesse d'ouverture faite au Québec, ou de l'approche adoptée en matière écologique. Il pourrait même prétendre que l'abandon clairement affirmé du protocole de Kyoto n'est pas une nouvelle, car le gouvernement fait tout depuis des mois pour ne pas l'appliquer. Le rôle de l'opposition, pourrait dire Stéphane Dion, n'est pas de défaire le gouvernement, mais de chercher à le contraindre à modifier ses politiques et ses projets de loi au moment où ils sont débattus devant la Chambre.
Ces arguments sont on ne peut plus spécieux. Les conservateurs peuvent les retourner aisément en soulignant que, par leur abstention, les libéraux cautionnent leurs politiques. Mais Stéphane Dion gagnerait ce dont il a le plus besoin, soit du temps. Du temps pour faire l'unité de ses troupes, pour se trouver un lieutenant au Québec, pour mettre en marche une machine électorale déficiente, pour trouver des candidats, pour mobiliser ses troupes. Du temps pour que le premier ministre, peut-être, commette enfin l'erreur qui lui serait fatale.
Les députés libéraux paraissaient enclins hier soir à trouver quelques vertus au discours du Trône. Plusieurs veulent «acheter» du temps. Ce sera toutefois leur chef qui aura le dernier mot. Il devra se demander si les quelques mois qu'il gagnera en laissant survivre le gouvernement lui suffiront à redresser la situation. Et se demander si l'aveu de faiblesse que constituerait l'abstention dans laquelle il se réfugierait ne nuirait pas davantage à l'image de son parti qu'une prise de position claire exprimée au nom des valeurs et des principes défendus par son parti. Si sa propre image comme homme de principe n'en serait pas aussi affectée. Poser la question est un peu y répondre.
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bdescoteaux@ledevoir.com
Vos réactions
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Le mercredi 17 octobre 2007 12:00
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Le mercredi 17 octobre 2007 04:00

