Québec 2007 - Le modèle québécois favorise-t-il l'entrepreneuriat ?

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Pierre Vallée
Édition du mercredi 17 octobre 2007

Mots clés : modèle québécois, Entrepreneuriat, Entreprise, Économie, Québec (province)

« Le soutien financier des entreprises par le gouvernement devrait être perçu comme une aide de dernier recours »

L'éducation doit être une priorité de l'État pour assurer une main-d'œuvre instruite et, donc, plus concurrentielle.

Depuis un certain temps, le fameux «modèle québécois» est remis en question. Certains s'interrogent sur sa pertinence. Est-il toujours l'outil de mise pour développer le Québec d'aujourd'hui? Tient-il compte des nouvelles donnes dans le monde des affaires?

Avant de trancher sur la validité, ou non, du «modèle québécois», il faudrait commencer par le définir. «Le modèle québécois s'appuie sur le principe de l'État-providence, explique Yvon Gasse, titulaire de la chaire en entrepreneuriat et innovation de l'université Laval. C'est un gouvernement qui met en place des initiatives et des programmes qui servent à fournir et à rendre accessibles à la population une foule de services, allant de l'assurance automobile au soutien financier des individus. C'est aussi un gouvernement qui adopte sur le plan économique une approche interventionniste.»

Selon Yvon Gasse, les raisons qui ont mené à l'adoption du modèle québécois étaient fondées et le résultat de cette approche demeure indéniable. «Lors de la Révolution tranquille, l'État québécois s'est fait entrepreneur et il l'a fait pour suppléer au manque d'entrepreneurs puisqu'il n'y avait pas à l'époque de réelle tradition d'entrepreneuriat. Prenons le cas d'Hydro-Québec qui, grâce à la construction des barrages et centrales, a permis l'émergence des entreprises québécoises de génie.»

Les bienfaits du modèle québécois sont évidents, selon lui et «s'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain», il faut reconnaître que ces bienfaits appartiennent en grande partie au passé et que le modèle québécois n'est plus représentatif de la réalité du Québec. «Aujourd'hui, nous avons passé ce cap. Il existe présentement au Québec de beaux modèles d'entrepreneurs et nous avons maintenant une classe d'affaires. De plus, au fil des ans, nous avons formé dans nos écoles d'administration de nombreuses personnes qui ont les compétences pour oeuvrer dans le secteur des affaires.»

Corriger le tir

L'État québécois, croit-il, doit rajuster le tir en adoptant une approche moins interventionniste qu'avant sur le plan économique. «L'État aura toujours un rôle à jouer, mais le rôle le plus important qu'il peut et doit jouer est celui de la surveillance. Il faut éviter les dérapages et l'on ne peut pas tout confier aux seules forces du marché. Il faut à un moment donné tracer les limites et mettre en place les règlements, et c'est à l'État de le faire.»

Il avance aussi que l'État québécois devrait repenser le soutien financier qu'il accorde aux entreprises québécoises. «Le soutien financier des entreprises par le gouvernement devrait être perçu comme une aide de dernier recours, mais ça ne devrait pas être un automatisme comme cela l'est devenu. En Ontario, par exemple, la participation du gouvernement dans le financement est autour de 20 %, tandis qu'au Québec, cela avoisine souvent

60 %. La présence du gouvernement serait justifiée lorsqu'il faut poser un acte de foi ou donner un second souffle à une entreprise. De plus, si le financement du gouvernement était plus restreint, les entrepreneurs seraient forcés de devenir plus dynamiques sur le marché du financement.»

En contrepartie, l'État devrait aussi revoir la taxation des entreprises. «La taxation est mal adaptée à la réalité des entreprises. Il y a trop de contraintes qui nuisent à la création d'entreprises et au développement des entreprises existantes. La taxe sur le capital nuit aux entreprises et les empêche d'investir, par exemple, dans les nouvelles technologies,

ce qui a pour effet de les rendre moins concurrentielles.» L'État devrait aussi, par la fiscalité

ou d'autres moyens, soutenir et favoriser la recherche et le développement.

Autre changement que prône Yvon Gasse: faire de l'éducation une priorité. «L'État doit investir davantage dans l'éducation. Laissons les entreprises faire des affaires, assurer elles-mêmes leur développement, investir dans leur avenir, mais faisons en sorte de leur fournir la main-d'oeuvre dont elles ont besoin. Si les affaires sont la responsabilité des entreprises, la formation est la responsabilité de l'État. Et plus nous investirons dans l'éducation, plus nous aurons une main-d'oeuvre instruite et, par conséquent, plus concurrentielle. C'est par la créativité et l'innovation que l'on arrivera à tirer notre épingle du jeu dans une économie plus en plus mondialisée.»

Nouveaux entrepreneurs

Le Québec crée-t-il suffisamment de nouveaux entrepreneurs? Les études les plus récentes indiquent un net recul dans la création de nouvelles entreprises au Québec ces dernières années. La chaire en entrepreneuriat et innovation s'est aussi penchée sur cette question et a réalisé un sondage auprès des étudiants qui révélait pourtant que 32,5 % d'entre eux songeaient à monter une affaire. Paradoxe? «Des sondages en France ont donné des résultats semblables. Il y a une grande différence entre l'idée et l'action.»

Mais il y a plus. On assiste, selon Yvon Gasse, à l'émergence d'une nouvelle génération d'entrepreneurs qui arrive avec de nouveaux modèles d'entreprises et, surtout, de nouvelles valeurs. «Il y a un changement important de valeurs, souvent, entrent en conflit avec les valeurs traditionnelles associées au milieu des affaires. Par exemple, un bon nombre de jeunes veulent créer leur entreprise, mais pas au prix de travailler 80 heures par semaine.» La conciliation travail-famille-loisir est bien présente chez la nouvelle génération.

De plus, la création d'une entreprise n'est plus perçue comme l'affaire d'une seule personne ni l'oeuvre d'une vie. «Les jeunes ne partent plus en affaires seuls mais plutôt en équipe, ce qui permet de distribuer les responsabilités. Aussi, les jeunes ne se voient pas passer leur vie entière dans la même entreprise. Le nouveau modèle proposé par les jeunes est de lancer une entreprise, de faire en sorte d'en maximiser la valeur, ensuite de la vendre et d'en repartir une autre.»

De nouvelles façons de brasser des affaires apparaissent aussi. «Prenons le cas de l'entreprise Copernik, qui a d'abord rendu son service gratuit pour ensuite en vendre des versions améliorées aux habitués.» Il y a aussi les entreprises de l'économie sociale. «On assiste ici à un entrepreneuriat qui n'est pas basé exclusivement sur la recherche de profits.»

Selon Yvon Gasse, le modèle québécois traditionnel a de plus en plus de difficulté à tenir compte de cette nouvelle donne entrepreneuriale. «Il nous faut un modèle où l'État intervient moins mais qui, par contre, favorise la culture de l'innovation et de l'entrepreneuriat.»

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Collaborateur du Devoir


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