Un scandale financier ternit la livraison du premier Airbus A380
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Photo: Agence Reuters
À l'exception du président exécutif, Louis Gallois, et du président du conseil d'administration, Rüdiger Grube, tous les principaux dirigeants du constructeur d'avion sont soupçonnés de s'être enrichis en spéculant sur les difficultés financières de leur entreprise. L'Autorité des marchés financiers (AMF), la police de la Bourse française, soupçonne en effet 1200 actionnaires d'EADS, et tout particulièrement 21 des principaux dirigeants, d'avoir commis un délit d'initiés. Entre novembre 2005 et mars 2006, ceux-ci ont revendu des milliers d'actions EADS, juste avant la chute du cours. Le 13 juin 2006, Airbus annonça d'énormes retards dans les livraisons de l'A380. Dès le lendemain, l'action du groupe plongeait de 27 %.
Il s'agit d'«un des plus grands scandales financiers de la Ve République en raison des sommes engagées et de la personnalité des acteurs», écrit l'éditorialiste du Nouvel Observateur Jacques Julliard. C'est un rapport de l'AMF, révélé le 3 octobre dernier par le quotidien Le Figaro (propriété du groupe Dassault), qui a mis le feu aux poudres. On y apprenait que 21 des principaux dirigeants d'EADS ont exercé leurs stock-options et que les actionnaires Lagardère et Daimler avaient vendu une partie de leurs actions alors qu'ils avaient peut-être été informés des retards graves dont souffrait la production de l'A380. L'AMF s'étonne de ces ventes «massives et concomitantes» qui laissent penser qu'un vent de panique soufflait depuis six mois parmi les principaux actionnaires sans que le public en soit informé.
Le rapport de l'AMF affirme notamment qu'en juin 2005, le directeur financier d'EADS avait indiqué aux administrateurs que l'augmentation des frais de recherche et de développement de l'A380 et l'A350 pourrait faire perdre de 3 à 5 euros au titre. Ce n'est que par la suite que les dirigeants ont commencé à céder leurs actions à bon prix. Les profits de ces opérations ont pu atteindre plusieurs centaines de millions d'euros.
Une affaire d'État
Les soupçons de délits d'initiés ne touchent d'ailleurs pas que les actionnaires français. Le parquet de Munich enquête aussi sur d'éventuelles manipulations boursières au sein du groupe franco-allemand. Une plainte contre des salariés d'EADS a été déposée en juillet par la BaFin, la police allemande des bourses. Comme en France, la procédure ouverte en 2006 se fonde sur des mouvements suspects d'actions à la Bourse de Francfort peu avant la publication d'un communiqué révélant des retards de livraisons de l'A380.
Pour l'instant, tous les actionnaires concernés ont plaidé l'innocence. Louis Gallois, patron d'EADS a réaffirmé son entière confiance dans la direction du groupe. Lagardère qui a empoché 600 millions d'euros lors de la vente de sa participation «n'a pas commis de délit d'initié» a déclaré au Journal du dimanche son président, Arnaud Lagardère, un ami personnel de Nicolas Sarkozy qui possède de nombreux intérêts dans la presse et les médias (dont Le Journal du Dimanche).
Mais le débat a pris une autre ampleur lorsque l'on a appris que la Caisse des dépôts et consignations (CDC) s'était portée acquéreur d'une partie des actions de Lagardère et que la société propriété de l'État avait ainsi perdu 200 millions d'euros. La semaine dernière, devant la commission des Finances du Sénat, l'ancien ministre de l'Économie Thierry Breton niait avoir joué un rôle d'entremetteur entre Lagardère et la Caisse des Dépôts. Il affirmait même n'avoir jamais eu connaissance à l'avance de cette cession de titres.
Pourtant, dès le lendemain, le quotidien Le Monde publiait un procès-verbal de la Commission de surveillance de la Caisse (CDC) affirmant que l'État avait «autorisé la Caisse des dépôts à procéder à cette acquisition». Les propos de l'ancien ministre ont aussi été contredits par l'ex-président de la CDC, Philippe Auberger, qui estime que «l'État devait être informé [de la transaction] compte tenu du caractère stratégique du secteur».
La machine à rumeurs
Ces contradictions ont aussitôt ouvert la porte aux conjectures les plus folles. Le magazine Le Nouvel Observateur va jusqu'à évoquer la possibilité d'un pacte entre l'ancien président Jacques Chirac et Arnaud Lagardère. Car, comme il arrive souvent dans la haute administration française, l'ancien secrétaire général adjoint de l'Élysée est aujourd'hui directeur de la Caisse des dépôts. D'aucuns imaginent aussi en arrière-scène un combat de géants entre les groupes Dassault (propriétaire du Figaro qui a révélé l'affaire) et Lagardère.
Pour l'instant, il semble de plus en plus évident que l'État français avait eu vent de la transaction. L'ancien premier ministre Dominique de Villepin a admis la semaine dernière que Lagardère avait bien envoyé une note à Matignon en février 2006 annonçant son projet de céder la moitié de sa participation dans EADS. Mais il soutient n'avoir jamais été informé des retards de l'A380. Selon lui, la Caisse des dépôts a agi «en toute autonomie».
Arnaud Lagardère affirme de son côté que la vente de des actions EADS de son groupe n'avait rien à voir avec les difficultés de l'entreprise. L'intention datait de six mois, dit-il. Selon lui, l'allemand Daimler ayant souhaité se retirer d'EADS, l'autre investisseur français devait en faire autant afin de préserver la parité.
Un rapport de l'Inspection des finances semble blanchir pour l'instant le ministère de l'Économie. On y apprend qu'une note datée du 20 janvier 2006 rédigée par l'Agence des participations de l'État (APE) conseillait au ministère de céder une partie de ses titres EADS, car le cours atteignait alors «ses plus hauts niveaux historiques». Les ventes d'actions pourraient donc avoir été simplement motivées par «la perspective d'un retournement de cycle anticipé à partir de 2008-2009». Reste à expliquer pourquoi l'État n'a pas suivi ce conseil et pourquoi la Caisse des dépôts a même jugé bon de se porter acquéreur. Plusieurs rappellent qu'à cette époque le gouvernement de Dominique de Villepin s'était fait le défenseur d'un certain «patriotisme économique».
Un délit rarement prouvé
Même si l'affaire ébranle l'élite politique et économique française, il n'est pas question pour l'instant de scénarios à l'américaine. Contrairement aux États-Unis où il peut entraîner de longues peines de prison, le délit d'initié est rarement prouvé en France. Les condamnations demeurent exceptionnelles, et les peines ne dépassent pas deux ans d'emprisonnement.
Pour l'instant, le gouvernement a réagi en annonçant qu'il taxerait dorénavant les stock-options. Rachida Dati, la ministre de la Justice, a étrangement choisi ce moment pour annoncer un allégement des peines relatives aux crimes économiques.
On ne s'étonnera pas que les Français comptent parmi les peuples occidentaux qui font le moins confiance à leurs élites. Dans un ouvrage récent intitulé La Société de défiance: comment le modèle social français s'autodétruit (Éditions de la rue d'Ulm) Yann Algan et Pierre Cahuc expliquent que, plus que les autres peuples, les Français, se méfient de leurs employeurs et de la justice. Plus de la moitié jugent même que, pour arriver au sommet, il est nécessaire d'être corrompu et d'accepter un pot-de-vin.
Correspondant du Devoir à Paris
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Vive la France! ou...De Gaulle où es-tu? - par M. 77 (provence132000@yahoo.fr)
Le mardi 16 octobre 2007 12:00
une de plus - par alban ouelette
Le mardi 16 octobre 2007 11:00

