Quel cynisme!
Mots clés : Parti conservateur, Stephen Harper, Élection, Canada (Pays)
La chronique de Norman Spector est publiée exceptionnellement aujourd'hui plutôt que jeudi.
Personne ne peut savoir avec certitude si les Canadiens se rendront aux urnes avant Noël, pas même le premier ministre Stephen Harper! Certes, la popularité des conservateurs a grandi dans les dernières semaines. Mais M. Harper pourrait tout aussi bien conclure que c'est en gouvernant que les Canadiens apprécieront le plus son gouvernement. D'un autre côté, il sait sans doute que son parti a perdu une part de ses appuis pendant la dernière session parlementaire, une tendance qui pourrait reprendre une fois que la menace d'une élection aura été balayée.Si M. Harper désire vraiment une élection hâtive, les libéraux ne pourront pas l'en empêcher. Le premier ministre pourrait même aller jusqu'à demander à ses députés, à l'exception d'une poignée, de s'absenter lors du vote sur le discours du Trône. Trop cynique? Sans doute. Mais pas plus que ne l'est l'intention des libéraux d'appuyer dans un nombre suffisant le discours du Trône afin d'éviter une élection et d'attendre le moment opportun de défaire le gouvernement.
À voir la réaction engendrée par un plan qui, pour la première fois dans l'histoire du Canada, propose de constituer une «opposition absente» sur la colline parlementaire, il semble qu'un tel cynisme ne tombe peut-être plus au-dessous des normes jugées maintenant acceptables à Ottawa. Cela n'empêche pas ce plan de match d'être parfaitement idiot. Le rôle de l'opposition officielle est de s'opposer au gouvernement et de présenter une solution de rechange aux Canadiens. Tandis que plusieurs libéraux citent comme un précédent le dernier discours inaugural du gouvernement Charest, je tiens à leur rappeler que le Parti québécois n'est plus l'opposition officielle à l'Assemblée nationale.
Ça fait des mois déjà que Stéphane Dion dit aux Canadiens que les changements climatiques sont une menace quasi existentielle. Dans ces conditions, comment peut-on concevoir qu'il appuiera cette semaine un gouvernement qui a abandonné le protocole de Kyoto? On peut déjà imaginer la publicité électorale qu'en feront les conservateurs, alors qu'ils s'amuseront à superposer des extraits du discours du Trône avec d'autres extraits dans lesquels M. Dion se présente comme un homme de principe et d'intégrité.
Si cela ne suffit pas à convaincre le chef libéral des désavantages de cette stratégie suggérée par certains de ses députés, il devrait réfléchir à la montée du NPD. J'imagine que Jack Layton révise déjà ses notes au sujet de M. Dion, lui qui, par le passé, avait pourtant jugé qu'il était trop intègre pour être élu chef du Parti libéral du Canada. D'autant qu'avec les dernières élections partielles au Québec, M. Layton ne tardera pas à se présenter comme la véritable opposition aux conservateurs, en particulier en Ontario et en Colombie-Britannique.
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Peut-être M. Dion n'a-t-il pas encore approuvé cette stratégie, ce qui pourrait expliquer son profil bas dans les jours suivant la conférence de presse récente de M. Harper. Cependant, si M. Dion ne désavoue pas bientôt cette stratégie, comment les conservateurs devront-ils réagir?
D'abord, le leader du gouvernement en Chambre devra informer les libéraux que la députation conservatrice complète ne sera pas présente lors du vote sur le discours du Trône. Si M. Dion prévoit donc vraiment poursuivre cette stratégie, il serait avisé de faire en sorte que tous ses députés, y compris ses porte-parole les plus célèbres (qui auraient pour tâche de défaire le gouvernement dans les semaines à venir), soient en Chambre pour appuyer le programme du gouvernement par voix enregistrée. En second lieu, le gouvernement ne devrait pas se peinturer dans un coin en annonçant dans son discours du Trône lesquels de ses projets de lois jugés tenus comme des mesures de confiance.
Finalement, le texte du discours du Trône devrait permettre de clairement distinguer les politiques conservatrices. Sur l'encadrement du pouvoir fédéral de dépenser, par exemple, le gouvernement pourrait opposer son fédéralisme d'ouverture à l'arrogance que montrent les libéraux à l'égard des provinces. Sur les changements climatiques, le gouvernement pourrait enfin expliquer qu'un accord efficace et conforme aux intérêts nationaux du Canada doit aussi tenir compte des émissions du leader mondial, la Chine, et de notre partenaire commercial principal, les États-Unis.
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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.
nspector@globeandmail.ca
Vos réactions
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