Mémoires - Chrétien n'a pas de regrets
Mots clés : Jean Chrétien, mémoires, Paul Martin, Canada (Pays)
L'ancien premier ministre écorche Paul Martin mais n'accepte aucun blâme
L'ancien premier ministre Jean Chrétien n'est pas homme à avoir des regrets ou des doutes. Même lorsqu'il s'agit de ses initiatives les plus controversées, comme la Loi sur la clarté ou le programme des commandites. Des reproches, par contre, il en a, en particulier pour son successeur Paul Martin qu'il ne ménage pas dans son dernier livre qui sort en librairie aujourd'hui. L'expérience du référendum de 1995 occupe une place de choix dans son livre, en particulier les suites qu'il lui a données.Par contre, il a toujours cru qu'une mince majorité n'aurait pu être interprétée comme un mandat pour faire la souveraineté, surtout à partir d'une question «tordue» comme celle adoptée par le gouvernement de Jacques Parizeau. «Les événements auraient été chaotiques; les émotions auraient été portées à leur comble; mais le fait demeure qu'une mince majorité pour le Oui n'aurait pas pu être interprétée comme la preuve irréfutable que la majorité des Québécois voulaient rompre leurs liens historiques avec le Canada, écrit-il. Il aurait fallu beaucoup, beaucoup de temps pour résoudre tous les problèmes, sans que les séparatistes soient sûrs de leur triomphe en fin de compte.»
De passage aux Coulisses du pouvoir, sur les ondes de Radio-Canada, le chef libéral Stéphane Dion a fait écho à son ancien patron hier. Il a répété qu'aucun pays ne peut accepter une scission sans qu'une majorité «claire» de la population en exprime le désir.
C'est d'ailleurs pour éviter que le Canada ne se retrouve devant la même situation qu'en 1995 que Jean Chrétien a attiré M. Dion en politique et fait adopter la Loi sur la clarté. Cette dernière exige que le Parlement évalue la clarté de la question et du résultat avant d'accorder un mandat de négociation au gouvernement fédéral. Jean Chrétien refuse de parler d'un seuil car, selon lui, «le gouvernement en poste doit être en mesure d'interpréter ce qui constitue une majorité selon les facteurs religieux, linguistiques, régionaux et sociaux qui entrent en jeu».
Jean Chrétien revient sur le programme des commandites, dont il ne s'excuse absolument pas. Au contraire, il le défend, comme il le fait avec Alfonso Gagliano. L'ancien premier ministre persiste à croire que ce programme était un élément «nécessaire» de sa stratégie de défense de l'unité du pays.
M. Chrétien «déplore le fait qu'une poignée d'individus sans scrupules aient enfreint la loi et ainsi trahi leurs collègues, leur gouvernement et leur pays pour se remplir les poches», mais il pense qu'il revenait à la police de leur mettre la main au collet après le dépôt du rapport de la vérificatrice générale. C'est, en tout cas, ce qu'il aurait fait et qui aurait évité bien des maux de tête à son parti.
À qui la faute?
À son avis, Paul Martin serait au pouvoir aujourd'hui s'il n'avait pas été si pressé d'en prendre les rênes et ne s'était pas précipité pour créer une commission d'enquête. Une décision que Jean Chrétien réprouve complètement, bien qu'il s'abstienne de faire des commentaires sur la commission Gomery elle-même ou son président avec qui il a eu maille à partir.
Il ne cache pas cependant son aversion pour les commissions d'enquête dont il a compris les travers en suivant celle qu'il avait mise sur pied pour enquêter sur la mort d'un jeune Somalien aux mains de soldats canadiens. «Il est dans la nature des enquêtes publiques de se muer en procès-spectacle, en parodie de justice, en cirque politique», dit-il.
M. Chrétien ne prend jamais la responsabilité de quelques rares politiques qui ont tourné au vinaigre ou qui se sont embourbés dans des controverses. Des journalistes qui montent des scandales en épingle à ses successeurs qui ont miné ses initiatives, la faute en revient généralement aux autres.
Il affirme, par exemple, qu'il avait réussi à maintenir les troupes canadiennes en Afghanistan dans des rôles leur évitant les missions les plus dangereuses. «Malheureusement, mon successeur ayant trop tardé à décider si le Canada devait ou non prolonger le mandat à la tête de la [force internationale], nos soldats ont été retirés de Kaboul et dépêchés de nouveau dans le sud pour combattre les talibans sur les champs de bataille meurtriers entourant Kandahar», affirme-t-il.
Lorsqu'il explique ses raisons pour avoir ratifié le protocole de Kyoto, il attribue à ses successeurs une bonne partie de l'incapacité du Canada d'atteindre ses objectifs. Il ne les nomme pas, mais ne fait pas de distinction non plus entre Paul Martin et Stephen Harper. «Malheureusement, pour des raisons politiques ou idéologiques, mes successeurs ont cédé aux craintes et aux menaces du lobby anti-Kyoto et causé de sérieux torts aux progrès réalisés au Canada ainsi qu'à notre réputation», écrit-il, sans relever que le Plan vert dont les libéraux se vantent encore aujourd'hui est celui que Stéphane Dion a élaboré alors qu'il était ministre de l'Environnement, dans le cabinet Martin.
Trahison
Paul Martin se fait maintes fois écorché. M. Chrétien ne se livre pas à une charge en règle contre son successeur mais les flèches assassines sont nombreuses, au point de laisser l'impression d'un homme menteur, aux idées douteuses et prompt à tenir un double discours. Il raconte que M. Martin refusait, à un certain moment, d'accorder le milliard d'aide que les agriculteurs réclamaient. Il ne leur offrait que 500 millions. Lui-même a décidé de trancher la poire en deux et de leur verser 750 millions. Paul Martin aurait alors dit aux agriculteurs que c'était le premier ministre qui ne voulait pas leur en donner plus.
Jean Chrétien a toujours affirmé qu'il n'avait jamais eu l'intention de solliciter un troisième mandat, même si parfois ça le tentait, mais que les manigances du camp Martin avaient fouetté sa femme et lui-même. Il évoque une rencontre de députés pro-Martin dans un hôtel à la veille du congrès de 2000 et dont M. Chrétien a appris la tenue au journal télévisé. «Sa trahison m'a fait mal. J'estimais qu'il devait, à tout le moins, me laisser la dignité de partir à mes conditions à moi.» Et quand il évoque la période la plus intense de leur guerre intestine, il ne mâche pas ses mots, parlant de tentative de tordage de bras par le clan Martin.
M. Chrétien, qui n'est pas enclin aux regrets ni à admettre des erreurs, avoue qu'il aurait dû écouter son instinct plutôt que ses conseillers, et évincer dès 2000 Paul Martin et son entourage.
Cet ouvrage de 460 pages est en quelque sorte la suite de sa première autobiographie, Dans la fosse aux lions, parue une première fois en 1985 et qui prenait fin avec sa première retraite de la politique active. Il décrit ses méthodes de travail, mais s'attarde surtout à expliquer les décisions prises mais sans offrir beaucoup de détails factuels et en escamotant souvent des éléments qui le feraient paraître sous un jour moins favorable.
Ainsi, lorsqu'il parle de l'élimination du déficit, il décrit longuement les compressions faites dans les dépenses du gouvernement fédéral et des réinvestissements qui ont suivi, mais il mentionne à peine les milliards de compressions dans les transferts aux provinces destinés à la santé, à l'éducation post-secondaire et à l'aide sociale. Des compressions dont les effets se sont longtemps fait sentir dans le système de santé et dont souffre encore l'aide sociale.
M. Chrétien revient par ailleurs sur sa politique étrangère, consacrant un long chapitre aux tractations ayant mené à la guerre américaine contre l'Irak et au refus du Canada d'y participer.
Jean Chrétien devait participer à une série d'événements publics pour promouvoir son livre, mais ils ont tous été annulés, le temps qu'il se remette du quadruple pontage coronarien qu'il a subi récemment.
Collaboratrice du Devoir
Vos réactions
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Le lundi 15 octobre 2007 23:00
2/3 ? Va pour les 2/3! - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le lundi 15 octobre 2007 20:00
Même au primaire: 2/3 des votes requis - par Marie Lauzier
Le lundi 15 octobre 2007 17:00
L'histoire démontrera... - par Jean Desjardins
Le lundi 15 octobre 2007 17:00
Des vrais salauds - par Loraine King
Le lundi 15 octobre 2007 16:00
Monsieur Chrétien un homme d'expérience - par Cyr Isabelle (ericisab@gmail.com)
Le lundi 15 octobre 2007 14:00
Monsieur Chrétien un homme d'expérience - par Cyr Isabelle (ericisab@gmail.com)
Le lundi 15 octobre 2007 14:00
Quel beau salaud! - par Pierre-S Lefebvre
Le lundi 15 octobre 2007 09:00
L'armée? Yes Sir! - par maurice arbour
Le lundi 15 octobre 2007 09:00
Commentaire pertinent - par andré michaud
Le lundi 15 octobre 2007 09:00
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Le lundi 15 octobre 2007 08:00
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Le lundi 15 octobre 2007 07:00
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Le dimanche 14 octobre 2007 22:00

