Sortir dans la rue pour sortir de la rue

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Lisa-Marie Gervais
Édition du lundi 15 octobre 2007

Mots clés : logements sociaux, itinérance, Nuit des sans-abri, Pauvreté, Québec (province)

La Nuit des sans -abri se tiendra dans 22 villes du Québec le 19 octobre

Comme beaucoup d'autres jeunes de la rue qui sont stigmatisés, ce jeune sans-abri de 17 ans gagne sa vie à laver des pare-brise de voiture. Hiver comme été, dans la métropole, on estime à 28 000 le nombre de personnes contraintes de vivre dans la rue.

Photo: Pedro Ruiz

Pour sensibiliser les dirigeants à la détresse des sans-abri et au cruel manque de logements sociaux, plusieurs Auberges du coeur et autres sympathisants des itinérants reprendront la rue... volontairement cette fois. Tenue simultanément dans 22 villes du Québec le 19 octobre prochain, la traditionnelle Nuit des sans-abri entend convaincre, pour la 18e fois, que vivre dans la rue n'est pas un choix.

Bien du chemin a été parcouru depuis la première Nuit. C'était en 1989, des jeunes de la rue, des intervenants des milieux communautaires et les comédiens Gaston Lepage et Louise Laparé s'étaient réunis pour passer la nuit dans un cul-de-sac d'une rue de Montréal. Dix-huit ans plus tard, chaque automne, la Nuit des sans-abri est soulignée par plus d'un millier de personnes dans tout le Québec.

Cette année, avec le slogan «Personne n'est à l'abri», les organisateurs ont voulu insister sur le fait que tout le monde court le risque d'un jour perdre son emploi, de vivre une rupture amoureuse, de subir la maladie et de se retrouver sans toit. Au coeur des préoccupations, la crise du logement... abordable. Les «maisons de chambres» sont remplacées par des condos, et la construction du logement social est au point mort, rappelle Nathalie Brisseau, du Regroupement pour les itinérants de Québec.

«Il n'est jamais garanti que vous allez pouvoir trouver un logis. Si vous avez les cheveux d'une certaine couleur ou êtes "mère monoparentale", vous pouvez être sûr que les propriétaires vont penser que vous allez avoir du mal à payer», fait remarquer André Archambault de L'Auberge communautaire du sud-ouest de Montréal, qui lutte constamment contre cette image de «campeurs mal fagotés» qu'ont les sans-logis. Il reconnaît néanmoins qu'au fil des années, la Nuit des sans-abri aura contribué à démystifier l'itinérance, une situation qui touche quelque 28 000 personnes dans la métropole.

Il déplore le phénomène de surjudiciarisation des itinérants et l'exclusion des sans-abri, notamment dans le parc-Émilie Gamelin. Selon lui, le bilan positif, il y a trois semaines, de l'opération menée par le maire de Ville-Marie, Benoit Labonté, afin que les citoyens de l'arrondissement se réapproprient le parc, était un peu déplacée. «Célébrer le fait que [les jeunes itinérants] soient partis? Mettons que ç'aurait pu être fait autrement», a-t-il noté.

Harper remporte le pompon minute

Après 18 ans, la Nuit des sans-abri a ses traditions. En plus de la corde à linge de l'espoir, le match d'improvisation avec la LNI, les prestations de cirque et le brasero, elle récidive avec ses prix Pompons décernés par des organismes oeuvrant pour la cause de l'itinérance. Le prix Pompon minute, remis à une personne pour l'encourager à faire davantage dans la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, va cette année à nul autre que Stephen Harper, non pas pour «l'ensemble de ses bonnes oeuvres», mais plutôt pour lui rappeler que «son gouvernement devrait investir dans le financement de nouveaux logements sociaux au Canada, outre les 800 millions qu'une loi adoptée par le gouvernement précédent l'a obligée à placer en fiducie pour que les provinces puissent l'utiliser à des fins de logement abordable». Monique Jérôme-Forget et les Centres jeunesse du Québec étaient également en nomination pour cette récompense qui sera très prochainement remise en mains propres au premier ministre du Canada.

Quant au Pompon d'or, qui souligne plutôt un bon coup, il sera décerné au Regroupement des Auberges du coeur, qui fête ses 20 ans cette année. Au menu de l'événement qui se déroulera boulevard Monk, des prestations musicales, notamment de la chanteuse Ima, du rappeur Kra-Z-Noise et des résidents de différentes maisons d'hébergement, un spectacle de Gumboots et des Slammeurs. À minuit, une soupe populaire sera servie pour sustenter les appétits jusqu'au

petit déjeuner, à six heures du matin.

Le tout agrémenté du clip d'une chanson arrache-coeur d'André Couillard, un auteur-compositeur-interprète très impliqué dans le réseau des Auberges du coeur. Bang! La dèche, enfonce le clou et porte bien le message qu'a tenu à rappeler le Regroupement pour les itinérants de Québec: «L'itinérance n'est pas un choix, l'ignorer en est un.»


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Un défi global - par Jacques Léger (ljleger@sympatico.ca)
Le lundi 15 octobre 2007 21:00

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