Question d'images - Le rendez-vous manqué
Mots clés : 400e de Québec, Festival et fête, France (pays), Québec (province)
Vu de mon petit écran, le spectacle est grandiose. Au Palais de Chaillot restauré, dans de royaux salons de la République, on annonce dans une pompe précieuse, mais empreinte (Québec oblige) de décontraction, la participation de la France aux événements de la célébration du 400e anniversaire de la ville de Québec. Pas de doute, un mot d'ordre a été passé: pas de baffes, pas de gaffes, rien que de l'amour!
En un sens, l'histoire lui a donné raison. La suite, nous la connaissons tous. Ces épisodes importants de la relation entre le Québec et la France résonnent pourtant drôlement à mes oreilles. Entre les piques, les attaques, les bourdes d'une multitude de politiciens français -- mais quand enseignera-t-on Québec 101 à l'ENA? -- , les clichés, les énormes préjugés, les condescendances affichées, les fausses représentations, les emportées lyriques, les rancoeurs, mais aussi entre le réel attachement que se portent ces deux peuples, leur parenté évidente, leurs traits physiques parfois, le partage d'une langue (écrite), la complicité de cousins qu'ils se témoignent, les échanges et associations diverses, quelques bons coups d'affaires, le goût des bonnes choses à manger et à boire, etc., j'ai toujours éprouvé le sentiment d'un gâchis fantastique, bref, d'un rendez-vous sempiternellement manqué.
J'ai eu dernièrement deux occasions de plus pour m'en convaincre. La première, c'est bien sûr cette annonce de la participation française aux célébrations du 400e de la ville de Québec. Un Kouchner, plus que navrant dans son rôle de ministre des Affaires étrangères sarkozyien, à-plat-ventriste, emberlificoté dans un discours lécheur prêcheur, très approximatif sur son sens de l'histoire, promettant cadeaux et réjouissances, aux peuples de la Nouvelle-France, du Québec et du Canada. Comme si en fondant la ville de Québec, l'on avait d'une pierre fait trois coups un beau jour de 1608. Et que penser de ce geste magnanime, celui de donner aux habitants de Québec un Centre de la Francophonie? Générosité paradoxale puisque le pire pays francophone de la planète (la France) pour qui la cause est aussi ringarde que caduque, se débarrasse ainsi de sa patate chaude en la refourguant au plus combattant et au plus ardent de ses défenseurs. À cheval donné, on ne regarde pas la bride. Restons polis donc, mais lucides, car il faudra de l'avoine en quantité pour nourrir ce cheval-là et bon nombre de cochers pour le mener sur une piste d'avenir.
La deuxième est sans doute plus symptomatique du regard que nous nous portons réciproquement. Elle prit la forme d'une conversation à la radio entre l'illustre pédopsychiatre français le Dr Marcel Rufo et son non moins célèbre confrère pédiatre québécois, le Dr Jean-François Chicoine. Une conversation ou un dialogue de sourds. Rien ne manquait. Comme si, encore et toujours, il fallait justifier ou se justifier, se légitimer en quelque sorte sur ses agissements propres. Avoir raison. Comparer, se comparer, encore et toujours. Ces deux cerveaux, bougres qu'ils sont, sont tombés dans tous les pièges clichés et divergents qu'ils pouvaient se tendre. Tout est donc passé à la moulinette, de l'éducation des petits aux ambitions parentales élitistes chez les uns, floues et laxistes chez les autres. En passant par les systèmes de valeurs et (sic) de la langue, et je cite Rufo, qu'on parle chez vous, celle du XVIIe siècle, tellement exotique! Quand j'entends pareilles âneries, j'ai envie de me cacher.
Les arpents de neige sont devenus des arpents de pièges. Les courants littéraires, intellectuels, culturels, sociaux dont la France rayonnait au Québec, même durant plus de 200 ans d'absence, ont fondu comme neige au soleil et n'influencent pas plus ici que les autres courants mondiaux. La France n'est plus un modèle pour le Québec (sauf en matière de vin et de fromage, et encore). Les plus accros des systèmes sociaux et éducatifs lui préfèrent la Suède. Les avocats ne citent pas le droit français en exemple, mais le droit britannique, on admire plus les Américains que les Français pour leur économie, etc.
Heureusement, il reste les chansons, les feuilles rouges de l'automne, les baleines de Tadoussac, les visites à la cabane à sucre, la majesté du fleuve... la visite du Vieux-Québec. La France et le Québec ont en réalité une relation de «cousino-touristique obligatoire». Ces élèves doués méritaient quand même mieux qu'un rendez-vous manqué.
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Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégies d'image.
Vos réactions
Question d'images - Le rendez-vous manqué - par Brodie Jacqueline (maxipromo@videotron.ca)
Le lundi 15 octobre 2007 20:00
Bravo! - par Louis Cousineau (lc.nl@sympatico.ca)
Le lundi 15 octobre 2007 13:00

