La rentrée parlementaire à Québec - Des chefs qui doivent faire leurs preuves
Mots clés : leadership, rentrée parlementaire, chefs, Parti politique, Gouvernement, Québec (province)
Pauline Marois, Mario Dumont et Jean Charest tenteront chacun à sa manière de démontrer leur raison d'être

Pauline Marois fait son entrée à l'Assemblée nationale, ce qui ne peut que renforcer le troisième groupe de l'opposition. Mais la chef péquiste devra prouver qu'elle peut retenir l'attention du public et tirer son épingle du jeu dans la joute médiatique devant Mario Dumont, considéré comme le roi du clip.
Retrouver le leadership
La députation péquiste rage de voir la facilité avec laquelle le chef de l'Action démocratique du Québec attire vers lui les projecteurs, jour après jour, sortie après sortie. La dernière conférence de presse de Mario Dumont en est un parfait exemple: il a réussi à soulever une petite polémique au sujet de l'interventionnisme d'État relativement aux prises de contrôle des joyaux économiques québécois, tels Alcan et BCE, par des groupes étrangers.
Certes, la position de l'ADQ est bancale: Mario Dumont déplore l'absence de la Caisse de dépôt et placement du Québec dans ces deux transactions, mais il ne veut pas qu'on revienne à l'ancienne mission de la Caisse, qui plaçait rendement financier et développement économique du Québec sur un pied d'égalité. Le chef adéquiste a aussi oublié que la Caisse faisait partie d'un groupe qui a cherché à acquérir BCE mais qui y a renoncé pour éviter la surenchère. Qui plus est, cette position n'est pas très cohérente pour un parti qui se définit du centre-droit, dont le numéro deux, Gilles Taillon, est l'ancien président du Conseil du patronat et qui dénonce sans vergogne la trop grande place qu'occupe l'État. Qu'à cela ne tienne: Mario Dumont a réussi à capter l'attention. Même Jacques Parizeau trouve ce débat passionnant et a promis d'ajouter son grain de sel dans les jours qui viennent.
Au PQ, on croit que les deux partis d'opposition, qui composent les deux tiers de l'Assemblée nationale, auraient intérêt à tisser des alliances afin d'infléchir le gouvernement. C'est d'ailleurs dans la manière de Pauline Marois, souligne-t-on. Mais on sent à l'ADQ une aversion -- épidermique, peut-on avancer -- envers le PQ, ce qui nuira à ce jeu des alliances entre les deux partis d'opposition. Déjà, le leader parlementaire de l'ADQ, Sébastien Proulx, a rejeté cette semaine la main tendue de Pauline Marois, qui voulait faire de la crise forestière le sujet de la rentrée parlementaire.
La lutte de l'opposition
En outre, plusieurs députés péquistes croient que la vraie bataille de l'automne opposera le PQ et l'ADQ. D'une part, dans les circonscriptions, ce sont la plupart du temps ces deux partis qui s'affrontent sur le terrain. D'autre part, on confie qu'on aimerait bien que les libéraux se remplument dans les comtés francophones, passant de 15 % à 20 % des appuis, par exemple. Ce serait là autant de votes enlevés à l'ADQ, autant d'électeurs que le PQ ne peut pas rallier de toute façon.
C'est aussi la volonté de Pauline Marois que le PQ reprenne l'initiative au regard des questions identitaires, un champ que l'ADQ réussit à occuper de façon imaginative. Quand ce n'est pas les accommodements raisonnables qu'il faut encadrer, c'est la place des symboles religieux dans les lieux publics qu'il faut préserver: le crucifix doit demeurer à l'Assemblée nationale en tant que rappel de l'histoire du Québec. Même l'économie est devenue pour l'ADQ un sujet qui soulève des enjeux identitaires, comme en fait foi la sortie de Mario Dumont à propos du contrôle étranger sur les grandes entreprises québécoises. L'ADQ n'entend pas se laisser doubler.
À titre d'opposition officielle, l'ADQ est dans une phase d'«institutionnalisation», indique-t-on. Mario Dumont a ordonné à ses députés de rencontrer, dans leurs champs de responsabilités respectifs, tous les acteurs de la société civile, question de faire adéquatement leur travail d'opposition. Ces députés, novices pour la plupart, ont encore bien des croûtes à manger.
L'économie
Dans le camp de Jean Charest, on en est encore à se réorganiser. Le nouveau directeur de cabinet du premier ministre, Daniel Gagnier, n'a toujours pas rencontré les directeurs de cabinet des ministres. On sent toutefois la touche du conseiller spécial John Parisella. On veut que Jean Charest cesse de s'éparpiller: certains se sont étonnés de voir le premier ministre s'impliquer directement dans le dossier des algues bleues alors que la présence de
la ministre du Développement durable et de l'Environnement, Line Beauchamp, aurait suffi amplement.
Jean Charest cherchera à imposer un discours à saveur économique. Le Parti libéral du Québec doit redevenir la référence en matière d'économie, indique-t-on. Avec le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Raymond Bachand, le premier ministre présentera en décembre une stratégie destinée au secteur manufacturier. Surtout, on veut que Jean Charest tire parti du fait que l'économie du Québec se porte bien, comme en témoigne un taux de chômage qui est à son plus bas depuis une trentaine d'années. Jean Charest tentera de faire son Robert Bourassa. Sans qu'on soit assuré du succès d'une telle métamorphose.
Tant bien que mal, Jean Charest cherchera à bien paraître dans le débat identitaire. Jusqu'ici, la commission Bouchard-Taylor, grâce à laquelle la majorité francophone a pu s'épancher sur les valeurs fondamentales de la société québécoise, ne semble que faire le jeu de l'ADQ. En promettant de modifier la Charte des droits et libertés du Québec afin d'assurer la primauté du droit à l'égalité entre les hommes et les femmes sur la liberté de religion, Jean Charest se pose en défenseur de cette valeur fondamentale, même si on peut douter de la nécessité de cet amendement sur le plan juridique.
La question de la médecine privée reviendra à la surface à la fin de la session, alors qu'on attend le rapport de la commission Castonguay. Avec une Pauline Marois qui flirte avec l'idée d'un système mixte à l'européenne, les trois partis n'ont jamais semblé aussi près l'un de l'autre à l'égard de cet enjeu.
Or il y a beaucoup d'inquiétude chez les libéraux. Et de la morosité. Le temps commence à sérieusement manquer au chef libéral. Jean Charest ne dispose que de cette session-ci pour renverser la vapeur puisqu'il doit affronter un vote de confiance lors du Congrès libéral les 7 et 8 mars prochains. Avant même qu'il ne puisse défendre un nouveau budget que déposerait la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget.
Dans un discours qu'il livrait il y a dix jours à l'École des hautes études commerciales (HEC), Jean Charest déclarait: «Ce qui caractérise mon gouvernement, et peut-être aussi ma conception de devoir d'État, c'est la volonté d'agir pour un développement à long terme.» Or Jean Charest a désespérément besoin de résultats tangibles à très court terme. Le premier ministre disait aussi: «Nous sommes la preuve que faire le nécessaire n'est pas toujours populaire!» C'était une blague, typique de l'humour self-deprecating de Jean Charest, cette forme d'autodénigrement très british. Cela pourrait être drôle si ne n'était que trop vrai.
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Indigne de piloter le dossier identitaire des Québécois. - par Gerry Pagé
Le mardi 16 octobre 2007 23:00

