Fin de la récréation
Mots clés : Monique Jérôme-Forget, UQAM, recteurs, Gouvernement, Université, Montréal, Québec (province)
Les recteurs sont sous le choc: Québec signe la fin des abus financiers dans la cour universitaire en déployant les grands moyens. Désormais, l'oeil du gouvernement scrutera leur moindre manoeuvre. L'intention est louable, mais cette mesure sombre dans l'excès.
«Outrée», la ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor avait alors signifié avec émotion, à l'Assemblée nationale, que cette «autonomie financière que s'approprient les universités aujourd'hui est beaucoup plus large que ce à quoi on avait pensé». «Il est évident qu'il s'est passé des choses inacceptables et il est évident qu'il va devoir y avoir des correctifs!», avait-elle tonné.
La ministre avait raison de manifester cette impatience devant les signes évidents d'une gestion défaillante. Elle avait également tout bon en promettant certains redressements, qui s'avèrent nécessaires. S'il est vrai que le projet de loi dévoilé hier par Le Devoir traduit cette volonté d'associer le ministère des Finances à la gestion de projets engageant les fonds publics, il ratisse toutefois beaucoup trop large, car il compromet carrément l'autonomie des universités.
La terre a tremblé sous le sol universitaire lorsque l'UQAM s'est péniblement effondrée. On commence maintenant à voir l'ampleur des failles que l'onde de choc a laissées. Avec ce projet de loi qui suppose l'autorisation de l'État pour «emprunter, transiger des produits dérivés et effectuer des placements» ainsi que «prendre un engagement financier» -- même s'il n'engage aucuns fonds publics! --, certains organismes publics et parapublics devront certes ajuster leur tir et modifier certaines habitudes. Mais le front des universités, lui, connaîtra une véritable révolution.
La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a risqué hier une bien malheureuse comparaison en plaçant côte à côte le réseau des universités et celui des hôpitaux. «Ce n'est pas parce qu'on est à un conseil d'administration qu'on n'a pas de comptes à rendre à son banquier», évoquait-elle, citant en exemple le secteur hospitalier.
Ce parallèle est plus que boiteux. Pour le bénéfice des patients, ne tend-on pas à uniformiser l'offre de services dans les hôpitaux? L'université, pour faire sa marque au Québec et dans le monde, tend plutôt à l'inverse: à coups d'audace, d'innovation et d'inventivité, elle doit se distinguer. Nombre de projets dont le milieu universitaire peut s'enorgueillir auraient risqué un retentissant refus si on les avait soumis à l'approbation de Québec.
Une autre chose dérange dans cette réponse démesurée à un problème en apparence isolé: et la gouvernance, qu'en fait-on? De passage au Devoir cette semaine, Heather Munroe-Blum, principale de McGill et toute nouvelle présidente de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), soulignait à juste titre que ce ne sont pas les lois qui régleront «les problèmes de manque de jugement»...
Sous l'angle de la gouvernance et de son inévitable corollaire, l'imputabilité, les universités ont déjà annoncé qu'elles étaient prêtes à ouvrir leur jeu. Le secteur public n'est d'ailleurs pas le seul à exiger une saine reddition de comptes: le moindre don issu du secteur privé est désormais soumis à un rigoureux examen. Là réside l'espoir d'affiner les mécanismes de protection.
La ministre des Finances a raison de sonner la fin de la récréation. Le coup qu'elle porte risque toutefois d'étourdir le milieu universitaire. Il étouffe la matière qui constitue leur richesse première: l'innovation.
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machouinard@ledevoir.com
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