Pas de fusils canadiens pour les Afghans
Mots clés : talibans, Afghans, fusils C7, Forces armées, Afghanistan (Pays), Canada (Pays)
Un conflit entre la Défense et les Affaires étrangères bloque la livraison de 2500 fusils d'assaut
Ottawa -- Les soldats afghans qui attendent avec impatience les nouveaux fusils C7 promis par le Canada pour les aider à combattre les talibans dans la province de Kandahar pourraient ne jamais obtenir les armes tant attendues. En effet, Le Devoir a appris que le gouvernement canadien «reconsidère» actuellement le dossier, même si tout avait été ficelé à la fin du mois de juillet dernier. Une mésentente entre le ministère de la Défense et le ministère des Affaires étrangères serait notamment à l'origine du blocage qui empêche l'Armée afghane de recevoir les 2500 fusils d'assaut C7.En mars dernier, lors d'une visite à Kandahar, Gordon O'Connor a rencontré des responsables de l'Armée nationale afghane et leur a promis que le Canada fournirait des fusils C7 aux soldats afghans mal équipés. Le C7, l'équivalent du M16 de l'armée américaine, est l'arme couramment utilisée par les soldats canadiens depuis plusieurs années. Ce fusil a l'avantage d'être précis, puissant et d'avoir une longue portée. En revanche, les soldats afghans sont contraints d'utiliser de vieux AK-47, aussi nommé kalachnikovs, qui datent parfois de l'occupation soviétique des années 80. Ces AK-47, souvent de construction pakistanaise, s'enrayent souvent et sont peu précis sur une longue distance.
Selon les informations obtenues par Le Devoir, Gordon O'Connor a donné son feu vert au transfert de 2500 fusils C7 durant la dernière semaine de juillet. Les armes, que les Forces canadiennes ont en surplus, étaient prêtes pour le départ vers l'Afghanistan. L'annonce officielle devait être faite le lundi 13 août, à l'occasion de la visite au Canada d'une délégation de l'Armée nationale afghane, notamment le sous-ministre de la Défense afghan Ahmad Yusuf Nuristani.
Toutefois, à la dernière minute, le ministère des Affaires étrangères a bloqué le transfert, soutenant qu'il n'était pas dans la tradition canadienne d'envoyer des armes à l'étranger. L'annonce n'a donc jamais eu lieu. «Si on veut que les soldats afghans soient efficaces et remplacent nos soldats un jour, il faut les équiper en conséquence», a soutenu au Devoir une source gouvernementale ulcérée par la décision des hauts fonctionnaires des Affaires étrangères.
Hier, un haut gradé des Forces canadiennes a affirmé au Devoir que «le projet est toujours ouvert» mais que le gouvernement «reconsidère» son approche. «Le don des C7 est actuellement en révision. Pour l'instant, je peux juste dire que, si on va de l'avant, une annonce sera faite», a soutenu ce haut gradé militaire qui ne peut être nommé, comme c'est l'habitude pour les hauts fonctionnaires du gouvernement. Aucune décision -- si décision il y a -- n'est attendue à court terme.
C'est qu'au ministère des Affaires étrangères, l'idée de transférer des armes à un autre pays a été très mal reçue. Et puisque ce ministère a le dernier mot sur tout ce qui touche l'Afghanistan, les hauts fonctionnaires ont bloqué l'envoi des armes. Il n'a pas été possible, depuis trois jours, d'obtenir une réaction officielle de la part du ministère des Affaires étrangères.
L'une des raisons du blocage concerne le fait que le Canada milite depuis des années contre la prolifération des armes légères. Les fusils, carabines et armes de poing sont responsables de plus de 1000 morts par jour dans le monde. La plupart des 600 millions d'armes légères en circulation sur la planète ont d'abord été vendues ou transférées légalement, avant d'être revendues sous le manteau dans des zones de guerre.
Retrouver la trace des armes
Même si le don de 2500 fusils C7 à l'armée afghane n'a rien d'illicite, le risque de voir les C7 aboutir un jour entre de mauvaises mains est élevé dans un pays corrompu comme l'Afghanistan. «Il y a toujours un risque. Il y a un marché noir des armes et nous en sommes conscients. En même temps, l'Armée afghane aurait des procédures à suivre pour entretenir, entreposer et suivre à la trace ces armes», a soutenu un haut gradé militaire.
Marc-André Boivin, directeur adjoint du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, soutient que l'objectif du ministère de la Défense est légitime. «La stratégie de sortie du Canada en Afghanistan, c'est de s'assurer que l'armée afghane va pouvoir prendre la relève et assumer la sécurité du pays. C'est normal de vouloir lui fournir les moyens pour le faire», dit-il. Par contre, le débat interne au sein du gouvernement montre bien que rien n'est simple, enchaîne-t-il. «Le ministère de la Défense pense à court terme et veut prendre tous les moyens pour que la sécurité revienne à Kandahar. Au ministère des Affaires étrangères, on regarde la politique du Canada en général dans le domaine des armes. C'est une vision à long terme parce que le sentiment d'urgence n'est pas le même, ce ne sont pas les gars des Affaires étrangères qui se font tirer dessus en Afghanistan», explique M. Boivin.
L'armée américaine a récemment été confrontée au même dilemme en Irak. Après avoir distribué 185 000 fusils AK-47 à la nouvelle armée irakienne, les États-Unis ont choisi d'équiper les forces de ce pays avec des fusils d'assaut M16. La première livraison de 20 000 fusils a eu lieu le printemps dernier. La crainte de retrouver ces puissants engins entre les mains des insurgés irakiens a forcé l'armée américaine à une extrême prudence. Chaque M16 a été associé aux empreintes digitales du soldat qui l'a reçu. Un scanner rétinien a aussi emmagasiné les informations biométriques des soldats irakiens.
N'empêche, ce coup de pouce a été très apprécié par les soldats irakiens. «On est enfin une vraie armée bien équipée pour faire face aux insurgés», a soutenu au Wall Street Journal le major-général irakien Abdullah Mohammed Kahmees al-Dafaee.
Il en va de même pour les soldats afghans entraînés par les Canadiens. Au milieu du mois d'août, sans savoir que le dossier était gelé à Ottawa, les hauts gradés afghans à Kandahar exprimaient haut et fort leur désir de recevoir au plus vite les C7. «Je suis impatient de voir arriver les armes», a notamment soutenu le lieutenant-colonel Sherinshaw Khobandi à la Presse canadienne. «Avec ces fusils, nous pourrons travailler efficacement avec les Forces canadiennes qui nous entraînent.»
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Le vendredi 12 octobre 2007 15:00
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Le vendredi 12 octobre 2007 08:00

