Daniel Bélanger au Métropolis - Le bonheur est sur le toit

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Sylvain Cormier
Édition du jeudi 11 octobre 2007

Mots clés : Métropolis, Daniel Bélanger, Musique, Montréal

Daniel Bélanger hier au Métropolis.

Photo: Pedro Ruiz

D'entrée de jeu, c'est sûr, on était déficitaires. À tout le moins ceux d'entre nous qui avaient vécu l'extraordinaire soir du lancement-spectacle de L'Échec du matériel, en avril dernier. Impossible de ne pas s'y revoir: on était au même Métropolis. Impossible de ne pas comparer, frisson pour frisson. Les extraordinaires nouvelles chansons, c'est ce soir-là que notre champion de la chanson les avait baptisées, jetées à l'eau, et nous en avions été tellement éclaboussés de joie qu'à la fin, nous avions ouvert mille parapluies. Hier soir, ça ne pouvait pas être encore le baptême. Trop tard. Ç'avait beau être l'officielle première médiatique, ce n'était jamais que la fois d'après.

Bélanger le savait. Pas fou, il a commencé en douce. Tout en piano et bruitages, l'instrumentale Amusements était presque tapie dans l'ombre. Et puis la scène s'est dévoilée alors que démarrait Télévision, mais sans choc, en retenue. On avait tout loisir de la découvrir, cette scène, transformée en toit d'immeuble, avec ses antennes de télé et ses puits de lumière. Le toit du monde moderne, comprenions-nous. Dessous, le matériel. Suivaient Manière de parler, Les Temps fous. Chacune plus intense que la précédente. La frappe d'Alain Quirion à la batterie s'alourdissait, Dan Thouin ajoutait un à un ses drôles de sons aux claviers pendant qu'Olivier Langevin tissait tranquillement son tapis magique de guitares. Bélanger, lui, semblait monter peu à peu le ton, et la choriste Janis Nicole Thompson le suivait, épousant tous les contours de ses fabuleuses mélodies. Gilles Brisebois, pas énervé à la basse, tenait le fort, mais de plus en plus fort.

La progression allait être lente, mais inexorable: de chanson en chanson, les rythmes pesaient plus pesamment, les guitares s'étendaient, les claviers augmentaient en densité, et la voix de Bélanger devenait à chaque titre un peu plus puissante et solennelle. Cette soirée n'allait pas être légère: échec du matériel, fin de l'homme, on n'était pas dans le primesautier, pas dans le badin. Bélanger a aligné ses ballades les plus tragiquement belles, Te quitter, Relié, Dis tout sans rien dire. C'était lourd et sourd, et planant à la fois. Guitares et claviers quittaient le toit pour le ciel, basse et batterie les rattachaient à la bâtisse comme des cerfs-volants.

Arrivé à Fous n'importe où, c'était immense. Un monde de sons. Le ciel tapissé, la salle remplie. L'orgue des Doors. Le groove dansant. Bélanger, pieds bien plantés sur le toit, laissait sa voix aller où elle voulait, c'est-à-dire partout. Mine de rien, c'était à nouveau le frisson d'avril. Le Métropolis était vaisseau, en route vers de nouvelles aventures. Tout était redevenu possible. Y compris la récréation, juste avant l'entracte: Le Parapluie. Tout le monde a chanté, Marc Déry est venu jouer du balai pendant que son ancien acolyte de Zébulon -- Quirion, tournicoton! -- tâtait du vibraphone. C'était fou, heureux, jazzy cool, le bonheur sur le toit.

La suite? Vous me raconterez: j'ai quitté après le décollage de la deuxième partie, fantastique Dans un Spoutnik. S'en venait une sacrée séance de défoulement, d'après la liste prévue: accolés, les machines à danser que sont Fermeture définitive et Sports et loisirs allaient transfigurer l'échec du matériel en victoire des corps. Ne soyez pas surpris de me revoir au Métropolis d'ici à samedi: la fin de ce spectacle ne sera pas la fin de l'homme.

***

Collaborateur du Devoir


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