Opinion

Lettres: L'âge gris

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France Marcotte, Montréal, le 8 octobre 2007

Édition du mercredi 10 octobre 2007

Mots clés : mort, Personne âgée, Québec (province)

Pas étonnant, quand on sait la crainte puérile qu'inspire à notre société adolescente la seule idée de la mort, que les consultations publiques sur les personnes âgées attirent si peu l'attention de ceux, bien portants, qui n'y participent pas: le seul fait de se pencher sur la question est une atteinte à la souveraineté de nos plaisirs. Et, comme le dit si bien Yann Arthus-Bertrand en terminant chacune de ses émissions du samedi soir sur les grandeurs et les misères de la planète, l'être humain fait partie intégrante de la nature, il n'est ni au-dessus ni à côté, il en fait partie.

Si nous avions appliqué ce précepte qui semble si sage et si évident, nos villes n'auraient certainement pas le même aspect et nous ne laisserions pas mourir les plus vieux comme des choses encombrantes, nous privant ainsi d'une chronique vivante du temps perdu et d'une source inestimable de compassion et de savoir. Car chaque personne âgée qui meurt dans l'indifférence appauvrit une civilisation, rétrécit sa mémoire. Mais les vieux sont aussi le miroir de notre propre finitude, le rappel de la fugacité de nos vies égocentriques, et cela suffit à les rendre insupportables. Tant que nous ne considérerons pas la mort avec plus de maturité, nos vieillards seront en danger. Ils sont si dérangeants que nous continuerons à les tuer, jusqu'à ce que ce soit notre tour...


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