L'entrevue - Un oiseau rare au Québec
Mots clés : Jack Layton, Thomas Mulcair, Nouveau parti démocratique, Député, Parti politique, Canada (Pays), Québec (province)
Thomas Mulcair concocte un plan pour offrir une alternative fédéraliste aux électeurs

Photo: Jacques Nadeau
Deux heures plus tôt, devant 70 étudiants réunis dans l'agora du cégep Ahuntsic, au nord de Montréal, Thomas Mulcair suscitait la même curiosité. Les questions allaient dans tous les sens. Particulièrement à l'aise devant un public, le député répondait aux interrogations avec la franchise qui le caractérise. «J'ai hâte de voir si on est capable de continuer sur notre lancée et ainsi offrir une alternative fédéraliste aux électeurs», a-t-il répondu à un étudiant qui lui demandait son opinion sur le paysage politique au Québec. «Je pense qu'on peut renverser la tendance et gagner des comtés, même dans les régions du Québec.»
Naïf? «Déterminé», rétorque-t-il en entrevue. C'est que Thomas Mulcair n'est pas uniquement armé d'un optimisme débordant. Il a un plan. Et une volonté de conquérant. Il estime que la carte politique du Québec n'a jamais été aussi floue, ce qui avantage l'émergence d'un parti comme le NPD. «Plus Stephen Harper met en relief ses positions de droite, plus les gens cherchent un contrepoids. Les gens n'aiment pas Stéphane Dion, alors le NPD peut devenir l'alternative fédéraliste au Québec», dit-il en soulignant le fait que dans bien des coins de la province, les libéraux fédéraux ne représentent plus une force.
Une tournée du Québec
Thomas Mulcair a déjà entrepris la première étape de son plan: faire connaître les idées du NPD. Que ce soit devant les étudiants du cégep Ahuntsic ou d'autres groupes, le député multiplie les conférences et les rencontres. Le chef, Jack Layton, sera aussi plus présent dans la province cet automne. Une tournée du Québec est prévue pour le milieu du mois de novembre et le leader du NPD ira partout en compagnie de son nouveau député. «La tournée est sur la planche à dessin, mais je peux vous dire que les journées vont être longues et chargées», dit-il.
Le député, qui vient tout juste d'obtenir le poste de chef adjoint et de critique en matière de finances, entend également adapter les positions du NPD aux sensibilités québécoises. Par exemple, le matériel (dépliants, pancartes, etc.) utilisé par le parti au Québec ne sera plus confectionné à Ottawa et ensuite traduit en français. Tout sera fait dans la province. «Quand le NPD parlait de la création d'un système de garderie ou d'une assurance médicaments, il ne précisait pas que le Québec a déjà ces systèmes en place. Il faut s'adapter à son public», dit Thomas Mulcair.
Les positions du parti sur les grands enjeux seront aussi plus collées aux revendications des Québécois. «C'est mon rôle d'amener la sensibilité québécoise au NPD et Jack Layton veut que le Québec soit mieux compris au sein du parti», poursuit-il. Le député veut notamment s'attaquer à ce qu'il décrit comme «le mythe du NPD centralisateur». «Mon objectif est de briser les perceptions et celle-là date d'une certaine époque», dit-il.
Thomas Mulcair donne l'exemple de l'encadrement du pouvoir fédéral de dépenser, un enjeu où le NPD, qui affectionne les grands programmes sociaux pancanadiens, devrait normalement être frileux. Or la position du NPD surprend. «On est très clair, on dit que le fédéral devrait rester dans ses champs de compétence. Ce n'est pas pour rien que j'ai été nommé porte-parole en matière de finances; on me demande de défendre la position du Québec dans ce dossier. Je suis en faveur d'encadrer le pouvoir fédéral de dépenser et Jack [Layton] est d'accord avec moi.»
Par contre, le NPD n'a pas l'intention de laisser tranquilles les provinces qui sont tentées, comme le Québec, de toucher au système de santé universel et gratuit. Pourtant, la santé est un domaine de compétence provinciale. «On va se battre bec et ongles contre la privatisation du système de santé, n'en déplaise à Claude Castonguay et à Jean Charest. Depuis le début, on accepte que le fédéral joue un rôle en matière de santé pour obtenir des résultats. On va se battre parce que les citoyens de tout le pays doivent pouvoir se faire soigner gratuitement, n'importe où», affirme Thomas Mulcair.
Ravir six à 12 circonscriptions
Au-delà des positions du parti, Thomas Mulcair a un plan de travail très précis. L'ancien ministre de l'Environnement du Québec veut d'abord mettre sur pied une machine politique, lui qui avoue avoir eu besoin de bénévoles de l'Ontario, de Laval et des environs de Montréal pour l'emporter dans Outremont. «Ces gens-là ne seront pas avec moi lors d'une élection générale», dit-il.
Former les militants et organiser efficacement les circonscriptions est une priorité. Le 29 septembre dernier, près de 150 bénévoles du NPD de partout au Québec se sont d'ailleurs réunis au Centre Saint-Pierre, à Montréal, pour partager «les recettes secrètes de la victoire dans Outremont», lance-t-il. «On est en train de développer des stratégies fort intéressantes qui ont été payantes dans Outremont.»
Pour ne pas éparpiller ses forces, le NPD entend cibler son action lors du prochain scrutin. «On va mettre la priorité sur 10 à 15 comtés et je pense qu'on peut en gagner entre six et 12. C'est mon objectif réaliste», dit-il en citant un récent sondage CROP-La Presse qui accordait 17 % des intentions de vote au NPD dans la province, en hausse de 10 % sur les dernières élections générales. «À partir de 20 %, tu as des courses à quatre. Mathématiquement, tu remportes des comtés quand tu arrives dans la fourchette des 20 à 25 %.»
La plupart des circonscriptions visées sont dans la région de Montréal, où le vote de gauche est plus fertile. Tout autour d'Outremont, les endroits où le NPD a obtenu 10 % des voix, notamment Westmount-Ville-Marie, Laurier-Sainte-Marie, Jeanne-Le Ber, Papineau et Rosemont-La-Petite-Patrie, sont dans la mire de Thomas Mulcair. «Quand tu as 10 % des voix, tu as une base pour construire. Tu peux te trouver une cinquantaine de bénévoles pour faire ton pointage et faire sortir le vote», dit-il.
Le recrutement des candidats sera aussi une priorité. «Je veux de bons candidats, des gens bien en vue dans leur milieu qui peuvent montrer que le NPD est une alternative crédible. Je veux une demi-douzaine de gros candidats. C'est certain que la date des élections va faire une différence; si c'est dans deux semaines, ça va être plus difficile. Mais je travaille activement là-dessus et je peux vous dire que j'ai la tâche plus facile depuis ma victoire. Avant, il fallait vraiment avoir beaucoup d'espoir pour se présenter pour le NPD!», lance Thomas Mulcair en riant.
Une virginité politique
Malgré son passé de bouillant député imprévisible, son passage à la tête du ministère de l'Environnement du Québec lui a refait une virginité politique qui a suscité l'envie de plusieurs partis fédéraux. Le Parti conservateur avait de bonnes chances de le recruter, avoue-t-il, jusqu'à ce qu'un organisateur haut placé du PC le ramène sur terre à propos des positions du parti en environnement. «J'ai été approché par des conservateurs de la région de Québec qui m'ont dit que l'environnement était leur point faible, mais que je pourrais les aider. Mais un organisateur m'a appelé lorsqu'il a vu que j'étais en faveur du protocole de Kyoto et m'a dit: "Tu sais, ce sera à toi de t'adapter à nos politiques et non pas l'inverse." J'ai immédiatement compris ce que j'avais à faire.», raconte-t-il.
Des amis au sein du Parti libéral du Canada ont aussi tenté leur chance, même si Thomas Mulcair et Stéphane Dion n'ont pas souvent été sur la même longueur d'onde dans le passé. «Ils m'ont appelé le 20 juin, une journée avant que j'annonce que je passais au NPD! Maintenant que je vois les problèmes internes des libéraux, je me demande si leur chef était au courant de cette approche.»
Vos réactions
Mulcair et l'utopie - par claire dufour
Le mardi 09 octobre 2007 10:00
Vive la chronique sportive - par Francois Antaya
Le mardi 09 octobre 2007 10:00
Multiplier les partis fédéralistes - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le mardi 09 octobre 2007 09:00
Mulcair n'a rien compris - par Jean-Guy Beaulieu
Le mardi 09 octobre 2007 08:00
Un bon bon bon bon politicien - par Jean-Guy Aubé (jeanguyaube@videotron.ca)
Le lundi 08 octobre 2007 23:00

