Battus à «coups de poing, de pied et de bâton»

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Le Monde , AFP
Édition du mardi 09 octobre 2007

Mots clés : monastère, emprisonnement, moine birman, Religion, Violence, Myanmar (Birmanie) (pays)

Un moine birman raconte la manière dont la junte militaire traite les bonzes emprisonnés

Parqué pendant six jours dans un hangar surchauffé avec 1000 autres moines, un jeune bonze birman de 18 ans décrit, à l'Agence France-Presse, les conditions inhumaines de son arrestation et de son emprisonnement par la junte, survenus ces dernières semaines. «Nous avons été battus, plusieurs fois, à coups de poing et de pied ou avec des bâtons. Puis nous avons été répartis en groupes de dix et interrogés un par un. Ils voulaient savoir si nous avions participé aux manifestations et qui était le meneur dans notre monastère», confie le moine, sous couvert d'anonymat.

Un matin, les soldats sont arrivés à son monastère, expliquant aux bonzes qu'ils allaient les emmener prendre une collation offerte par l'armée. Parfois les militaires ne s'embarrassent pas de tels prétextes. «L'armée s'est conduite comme si elle attaquait un camp terroriste», raconte un civil, sur Democratic Voice of Burma, un site d'opposition basé en Norvège, qui a assisté à une scène similaire dans un autre monastère de la capitale. D'après ce témoin, tout le monde a été arrêté, même les civils qui s'étaient réfugiés dans le lieu de culte, y compris «les femmes avec leurs bambins».

Une fois rassemblés, les moines sont enfermés dans des bâtiments surchauffés, sans fenêtre ni toilettes. Ils sont obligés de se dévêtir, puis battus à plusieurs reprises. «Nous avons été forcés de nous agenouiller, la tête vers le sol, comme des prisonniers, poursuit le jeune bonze interrogé par l'AFP. Nous sommes restés deux jours comme cela, avant qu'on nous déshabille.»

À la fin des interrogatoires, les moines sont enfermés par groupes de 60, obligés de s'agenouiller et de faire leurs besoins à même le sol. Autour de lui, le jeune religieux reconnaît des membres d'autres monastères, sévèrement battus par les soldats auxquels ils ont tenté de résister. «Certains étaient grièvement blessés, les paupières fermées à la suite de coups répétés. D'autres étaient blessés à la tête et aux bras. Certains avaient même des fractures ouvertes», a assuré le moine.

L'état de santé des personnes incarcérées inquiète particulièrement l'association d'aide aux prisonniers politiques. «De nombreux détenus, qui ont subi des blessures durant les manifestations, n'ont pas reçu de soins médicaux», déplore l'association. «Les moines n'ont pas suffisamment de nourriture et d'eau, et sont maintenus dans des salles combles, où la transmission de maladies menace», prévient l'organisme.

Selon le jeune moine, des soldats bouddhistes ont avoué avoir eu honte du traitement infligé aux religieux. «Des soldats bouddhistes sont venus s'excuser et implorer notre pardon. Ils nous ont dit que s'ils nous traitaient de la sorte, c'est parce qu'ils en avaient reçu l'ordre de leurs officiers.» «Des moines ont alors prédit aux soldats qu'ils iraient en enfer, et certains militaires ont commencé à pleurer, car ils savaient que c'était vrai», commente-t-il.

Les bonzes ont ensuite été répartis en plusieurs groupes: dans un premier, ceux soupçonnés d'avoir participé aux manifestations, dans un autre, ceux accusés d'avoir mené les manifestations et enfin, dans un dernier, ceux soupçonnés de les avoir soutenues. Le jeune moine a finalement été libéré en compagnie d'autres bonzes de son monastère, après avoir assuré aux militaires qu'il n'avait jamais manifesté.

Ce témoignage paraît au moment où l'ONU s'apprête à étudier un projet de déclaration condamnant la «violente répression» des manifestations. Hier, la junte militaire birmane a nommé un responsable chargé d'entretenir des «relations» avec l'opposante Aung San Suu Kyi, a annoncé la télévision d'État.

Le chef de la junte, le généralissime Than Shwe, a chargé Aung Kyi, ministre adjoint du Travail, «de poursuivre les relations avec Daw Aung San Suu Kyi dans l'avenir», a indiqué la télévision.

L'envoyé spécial des Nations unies en Birmanie, Ibrahim Gambari, qui s'est rendu dans le pays la semaine dernière, avait recommandé que la junte désigne un responsable pour maintenir des contacts avec l'opposante, a poursuivi la télévision.

Prix Nobel de la paix, Mme Suu Kyi, dont le parti avait largement remporté en 1990 des élections pluralistes mais qui n'a jamais été autorisée à gouverner, est en résidence surveillée à Rangoon.


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