Enseigner en 2007 - Les hauts et les bas d'une enseignante à l'école primaire

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Stéphanie Marin
Édition du samedi 06 et du dimanche 07 octobre 2007

Mots clés : élèves, milieu scolaire, Éducation, Enseignement, Québec (province)

«Ils découvrent de nouvelles choses presque tous les jours»

Enseignante au primaire depuis huit ans, Karine Duval doit faire preuve de créativité au quotidien pour parer au manque de ressources en milieu scolaire.

Photo: Annik MH De Carufel

En 2007, l'école est en pleine mouvance, en réflexion, et connaît de constants changements. Les enseignants en sont les témoins privilégiés. Au-delà du remaniement des programmes scolaires, des bulletins et des méthodes d'enseignement, demeure le rôle essentiel -- mais parfois difficile -- de l'instituteur. Quels sont les défis et les joies de l'enseignement en 2007? Rencontre avec une enseignante du cycle primaire, lucide mais... toujours motivée!

Karine Duval a à son actif huit années d'enseignement à l'école primaire, et autant d'écoles... Elle a enseigné dans plusieurs écoles primaires anglophones, une francophone, une école privée arménienne et même à l'éducation aux adultes. Sans compter plus d'une année de suppléance avec son lot de nouvelles salles de classe et de nouveaux visages. Il y a de quoi être essoufflée, voire épuisée. Et pourtant.

Cette année, les élèves de Karine ont neuf ans. Ils apportent leurs sacs à dos et leurs boîtes à lunch dans des classes de 4e année du cycle primaire de l'école Saint-Paul à Laval. Dans le passé, elle a eu la charge de classes de la 1re à la 6e année! Les niveaux, elle les a tous faits, de Repentigny à Châteauguay en passant par Rawdon!

Ses élèves sont anglophones et elle leur apprend le français langue seconde. Il s'agit là de sa spécialité, celle qui orne son diplôme d'enseignante. Mais aussi, au fil des années, elle leur a enseigné les sciences humaines, les arts plastiques, l'art dramatique, la musique... Pour lesquels elle n'a reçu aucune formation particulière, comme c'est le lot de beaucoup d'enseignants.

Cette grande versatilité dont doivent faire preuve les jeunes enseignants frappe l'imagination. «Tu dois apprendre beaucoup de choses toi-même, dont plusieurs matières scolaires pour lesquelles tu n'as pas reçu de formation spécifique. Tu te débrouilles et tu apprends à te retourner sur un dix sous. Rapidement.», explique-t-elle.

Bonheur au quotidien

Quant aux joies de l'enseignement, elles sont nombreuses, selon Karine, et elles la motivent à continuer année après année. Karine raconte les surprises des élèves qui surviennent tous les jours, et donc l'absence de routine. Elle chérit le contact privilégié qu'elle a avec les enfants. Elle aime les voir apprendre et les entendre raconter leurs expériences. Les yeux pétillants.

Ce qui lui fait le plus aimer son travail, c'est de voir qu'un enfant a appris ou a évolué. Cette évolution ne se produit pas forcément au niveau des apprentissages scolaires: parfois elle se situe sur le plan du développement social. Karine a eu pour élève un enfant autiste. Très intelligent, l'enfant ne parlait pas aux autres et n'allait pas jouer avec eux. Pourtant, à la fin de l'année scolaire, il connaissait les noms de tous ses camarades de classe, possédait les numéros de téléphone de la plupart d'entre eux et allait maintenant jouer à la récréation. Cet exemple illustre bien la source de motivation de la jeune femme: le fait d'avoir eu un impact sur la vie d'un enfant et de l'avoir aidé.

Karine décrit aussi les yeux de cette petite fille d'origine africaine qui mangeait du sucre à la crème pour la première fois, lors d'un repas communautaire organisé par Karine avec ses élèves provenant de diverses communautés culturelles. «Ils découvrent de nouvelles choses presque tous les jours; pour moi, c'est une grande joie de voir cela», relate-t-elle.

De rares ressources

Le plus grand défi de l'enseignement en 2007? «Le manque de ressources!», s'exclame Karine sans une seconde d'hésitation. «On a besoin de plus d'orthopédagogues, c'est le besoin le plus criant. On ferme les classes pour les élèves avec des difficultés d'apprentissage, pour les intégrer dans les classes régulières. Nous, les professeurs, on n'a rien contre cela, mais on a besoin d'aide et de soutien pour les enfants. Pour moi, un enfant autiste, ce n'est pas un enfant de plus dans ma classe, c'est trois de plus!», souligne-t-elle.

Parmi les autres problèmes, elle cite les écoles qui tombent en ruine, les équipements qui brisent à répétition et l'argent insuffisant pour les projets que les instituteurs aimeraient réaliser avec leurs élèves.

«Pourtant, les projets spéciaux, ce sont ceux dont les élèves se souviennent le plus longtemps. Cela fait partie de leurs beaux souvenirs de l'école et c'est souvent cela qui les motive et leur donne le goût de l'école», déplore Karine. Parmi ceux-ci, Karine explique avoir mis sur pied une chorale de gospel avec ses élèves. Un disque a été enregistré et chaque élève a rapporté chez lui un exemplaire de la prestation du groupe!

Tous ces projets spéciaux sont évidemment en surplus de la tâche de travail déjà confiée aux instituteurs. Ils décident donc eux-mêmes s'ils souhaitent s'investir ou non dans de tels projets.

«Quand tu commences à enseigner, tu as plein d'idéaux, mais tu frappes un mur rapidement. Tu t'aperçois que tu ne peux pas tout faire, tu ne peux pas tout changer avec les enfants.» Karine essaie dorénavant de se fixer des objectifs plus réalistes, mais elle s'en fixe tout de même. Il y a des objectifs pour chacun de ses élèves et aussi celui, plus global, d'avoir changé un enfant par année, de l'avoir marqué ou de lui avoir fait aimer l'école. «Au bout de 30 ans de carrière, ça va faire 30 élèves, une classe entière!», s'esclaffe-t-elle.

Autre difficulté, elle décrit aussi les longues heures de travail. «Ce n'est pas un horaire de "9 à 5". On travaille la fin de semaine et aussi les journées pédagogiques, qui sont des congés juste pour les enfants!», souligne-t-elle.

Les cas d'épuisement professionnel ne sont pas rares. Elle a vu certains de ses collègues abandonner. Selon elle, les difficultés vécues par les enseignants viennent en bonne partie de la frustration et de la fatigue dues aux classes qui intègrent beaucoup d'enfants aux prises avec des difficultés d'apprentissage... sans orthopédagogues.

Des parents exigeants

Les relations avec les parents ne sont pas toujours faciles, estime Karine. Certains ont de grandes attentes et mettent beaucoup de pression; ils voient les instituteurs comme des gardiens d'enfants ou encore comme des psychologues. «Ils veulent du "sur mesure" pour leur enfant. Mais j'en ai au moins 25 autres dans la classe! Certains parents nous disent quoi faire, comment enseigner. Moi, je ne dis pas à un médecin comment faire son travail!», décrie la jeune femme. Les relations avec les élèves ne sont pas non plus sans heurt. Comme cette fois où un enfant l'a frappée...

Faisant fi de ces problèmes, Karine continue de s'engager énormément auprès de ses élèves. Lorsqu'ils l'invitent, elle assiste même à leurs compétitions sportives tenues les fins de semaine. Est-elle une exception? Bien sûr, elle admet avoir vu des instituteurs faire le strict minimum, mais elle affirme en connaître beaucoup qui mettent sur pied maints projets spéciaux, réinventent de nouveaux plans de cours chaque année et qui sont très présents pour leurs élèves.

Malgré les difficultés, Karine tire sa conclusion: «Il y a plus de positif que de négatif dans le travail d'enseignant. Sinon, je ne serais pas ici!»

Collaboratrice du Devoir


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toutes "orthopédagogues" ? - par francis batt (fbatt@univ-paris8.fr)
Le lundi 08 octobre 2007 10:00

L'exceptionnelle Karine Duval - par André Provost (mapl7@hotmail.com)
Le samedi 06 octobre 2007 14:00

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