Syndicalisme - Les enseignants sont confrontés aux problèmes de société
Mots clés : école, Syndicalisme, Enseignement, Syndicalisme, Québec (province)
«Prévoir des solutions pour réduire la précarité»

La violence entre en ligne de compte: «C'est un autre phénomène qui a un effet important sur notre capacité d'enseigner. Il y a aussi les demandes sans limites qui sont adressées à l'école, ce qui provoque une répercussion sur les enseignants. Je m'explique: on réclame de nous d'instruire, d'éduquer, de socialiser et de développer les enfants, d'en faire des citoyens à part entière; en plus, on ajoute à cela des politiques ou des orientations ministérielles qu'il nous faut appliquer, que ce soit sur le plan des saines habitudes alimentaires à donner aux élèves, sur celui du code vestimentaire, du développement des valeurs de respect ou de l'encadrement.»
Elle relève une dichotomie entre deux mondes: «Il existe une certaine ambiguïté entre ce qu'on demande à l'école et ce qui se vit socialement. Dans un endroit, on veut développer le sens de l'effort, la ténacité et la persévérance. Par contre, socialement, on met en valeur la consommation rapide de biens matériels et culturels; on est beaucoup plus dans un climat d'instantanéité pour obtenir la chose tout crue, tandis qu'à l'école on travaille sur des valeurs et des projets basés sur le sens de l'effort, ce qui peut entrer en contradiction avec ce qui est véhiculé socialement; cela cause des difficultés supplémentaires.»
À l'intérieur des murs...
À l'intérieur même des écoles, la réforme, qui «est implantée de façon cahoteuse», pose problème: «Au départ, à partir de celle-ci, on devait revoir les programmes, notamment en se recentrant sur les matières de base; avec les années, on a connu une certaine dérive et on a opté plutôt pour une réforme pédagogique, de telle sorte qu'on l'appelait même "le renouveau pédagogique".»
Elle indique la difficulté majeure: «Elle consiste à ériger en dogmes certains fondements, entre autres à affirmer que l'élève chemine à son propre rythme, ce qui nous a amenés dans nos écoles à dire: l'élève peut réussir s'il suit son propre rythme, donc, bon an mal an, il peut passer d'une année à l'autre sans avoir atteint certains objectifs du programme; c'est la promotion automatique sans redoublement. Il y a également la pensée magique qui veut qu'on intègre dans des classes régulières des élèves présentant des difficultés; on a juste à adapter notre enseignement et à tenir compte de ces difficultés pour que tout le monde réussisse.»
Élèves et enseignants
L'International de l'éducation met l'accent, à l'occasion de la Journée mondiale des enseignants, sur de meilleures conditions de travail pour ces derniers, qui sont de nature à faciliter les conditions d'apprentissage des enfants. Johanne Fortier endosse cette vision et se penche sur des points à améliorer: «Il y a un lien direct entre les deux. D'abord, il devrait y avoir une norme qui fixe le nombre maximum d'élèves par classe; c'est comme une évidence qu'il y a une très grosse différence entre avoir 20, 25 ou 30 enfants dans une classe.»
Elle se penche sur un autre aspect des conditions de travail: «On devrait de plus être en mesure de fixer d'autres normes pour établir des services aux jeunes qui présentent des difficultés; dans notre convention collective, on prévoit l'embauche d'un minimum d'enseignants orthopédagogues, ce qui nous donne un minimum de personnel dans le milieu pour soutenir ces enfants-là de façon plus précise. Voilà deux mesures que l'on retrouve dans les conventions; celles-ci sont souvent décriées par des commissions scolaires ou par d'autres intervenants, mais elles présentent quand même souvent un renfort contre la détérioration des conditions d'apprentissage.»
La présidente s'arrête sur d'autres aspects de la question: «On doit prévoir des solutions pour réduire la précarité des enseignants et pour leur assurer plus de stabilité, ce qui se traduirait par une meilleure qualité des apprentissages. De même, on devrait assurer une plus grande reconnaissance aux enseignants en leur versant un salaire respectueux de leur formation de base ou adéquat en fonction de celle-ci pour atteindre le même but.»
Collaborateur du Devoir
Vos réactions
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