«Ce qui se cache derrière le langage du programme»...

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Martine Letarte
Édition du samedi 06 et du dimanche 07 octobre 2007

Mots clés : pédagogie, enfant, programme scolaire, Enseignement, Éducation, Québec (province)

Il faut amener l'enfant à apprendre lui-même à travers des découvertes, mais il doit pouvoir compter sur une base de connaissances. Et attention à l'enfant en difficulté qui a besoin d'un enseignement plus structuré pour pouvoir apprendre, sans toutefois que cela vienne ennuyer son voisin qui réussit très bien en étant le principal agent actif de son apprentissage... Les défis du domaine de la pédagogie sont nombreux, complexes, et les chemins à emprunter sont loin d'être clairement tracés. Malgré toutes ces incertitudes, il faut bien enseigner des notions de pédagogie aux futurs professeurs. Où en sommes-nous?

L'implantation de la réforme dans les écoles primaires, en 2000, a donné lieu à un réajustement des programmes universitaires de formation des maîtres. «C'est certain que lorsqu'on forme un enseignant, on le forme pour qu'il soit le plus performant possible avec ses futurs outils de travail. Évidemment, il est question du programme avec ses compétences et son socioconstructivisme. Les universités ont donc dû s'adapter», indique Clermont Gauthier, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en étude de la formation à l'enseignement de l'Université Laval.

Évidemment, il est maintenant question du développement des compétences et de leur évaluation dans les cours de didactique et de pédagogie. «Celui qui forme les maîtres doit regarder ce qui se cache derrière le langage du programme et s'assurer que c'est bien clair. Les futurs professeurs doivent connaître la signification réelle du développement de chacune des compétences, les stratégies à développer pour y arriver, les types d'activités à proposer pour regarder si la compétence a bel et bien été développée, etc.», explique Serge J. Larivée, professeur au département de psychopédagogie et d'andragogie de l'Université de Montréal.

Le Québec maintient le cap

Maintenant bien implantée dans la province, la réforme de l'éducation a subi plusieurs revers ces dernières années, notamment lorsque le canton de Genève, en Suisse, qui a servi de modèle au Québec, en a abandonné plusieurs pans. Toutefois, il semble que le Québec maintienne le cap.

«Le socioconstructivisme demeure dominant au Québec auprès des spécialistes de la didactique et de la pédagogie. Moi, je demeure assez critique à cet égard. De nombreuses études prouvent que la méthode socioconstructiviste ne donne pas de bons résultats chez les élèves qui éprouvent des difficultés d'apprentissage. Ces personnes ont besoin d'un enseignement plus structuré. Les élèves doués apprennent bien par des découvertes, mais qui dit qu'ils n'apprendraient pas autant, sinon plus, avec un enseignement plus structuré?», demande M. Gauthier.

Toutefois, celui qui a participé aux États généraux sur l'éducation en 1996 croit qu'un retour à un enseignement plus structuré ne signifie pas un retour à un enseignement magistral.

«Par exemple, une stratégie qui semble très bien fonctionner consiste à revenir sur des éléments vus plus tôt dans l'année qui permettront aux élèves d'apprendre plus facilement la nouvelle matière. C'est simple, mais ça ne faisait pas nécessairement partie de l'enseignement traditionnel. Dans le fond, les jeunes ont besoin d'une bonne base de connaissances avant de se lancer dans l'apprentissage par découvertes, et on ne s'assure pas assez de ça actuellement avec la réforme», déplore-t-il.

Au-delà

du socioconstructivisme

Pour sa part, Serge J. Larivée n'est pas aussi critique envers la réforme, puisque, selon lui, le socioconstructivisme est loin d'occuper tout le terrain. «Oui, il y a du travail par projets, mais il n'y a pas seulement ça! On doit absolument avoir une base de connaissances pour développer des compétences. Le professeur doit enseigner des choses plus magistrales, mais ce que dit la réforme, c'est que cela ne devrait pas être la majeure partie de son enseignement.»

Pour ce qui est des enfants en difficulté, M. Larivée croit que les professeurs doivent s'adapter à leurs besoins, tout en pouvant compter sur un soutien adapté.

«Les professeurs doivent amener les enfants à construire leurs compétences. C'est un rôle très important, et ils doivent être à l'écoute des différents élèves pour être plus présents aux côtés de ceux qui en ont le plus besoin. C'est certain que ce n'est pas simple, mais tranquillement on s'en va vers ça. On voit également des spécialistes adapter leurs interventions. Par exemple, au lieu de prendre à part des élèves en difficulté, des orthopédagogues se rendent en classe pour travailler avec ces jeunes sur des stratégies pour suivre le groupe», remarque-t-il.

L'importance de l'expérience

Enfin, après toutes ces années d'ajustements, est-ce que les professeurs nouvellement diplômés sont bien outillés pour affronter une classe? «Des études ont été faites auprès des employeurs de jeunes professeurs et il semble que le taux de satisfaction soit assez bon. Toutefois, plusieurs critiquaient leur capacité à gérer une classe, mais une formation universitaire ne peut pas tout donner. Il y a des choses qui s'apprennent sur le terrain, avec l'expérience », affirme M. Gauthier.

Serge J. Larivée est du même avis. «Le grand défi est d'offrir une formation générale de quatre ans qui permet à un diplômé de se débrouiller autant dans une banlieue riche que dans un quartier pauvre et multiculturel de Montréal. Le nouveau professeur aura tout de même une adaptation à faire. D'où l'importance de la formation continue et des mesures de soutien aux nouveaux professeurs dans les écoles.»

Le professeur croit qu'il y a beaucoup de lacunes actuellement dans ce domaine. «On donne aux nouveaux professeurs des tâches fractionnées dans différentes écoles avec les classes les plus difficiles, explique-t-il. Ainsi, dès le départ, on les met en situation d'échec et on les déstabilise, au lieu de les intégrer tranquillement en leur apportant du soutien. Cela entraîne de l'épuisement professionnel, un taux de stress extrêmement élevé et, inévitablement, un pourcentage important de jeunes professeurs qui décrochent. C'est le grand problème présentement, même si on doit encore améliorer quelques aspects de la formation, notamment en ce qui a trait à l'évaluation.»

Collaboratrice du Devoir


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