Québec ouvre la voie à Rabaska

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Isabelle Porter
Édition du vendredi 05 octobre 2007

Mots clés : Charest, CPTAQ, Rabaska, Gouvernement, Énergie, Québec (province)

Les besoins énergétiques priment sur la protection du territoire agricole, selon Québec

Québec -- Pressé de donner le feu vert à la construction du terminal méthanier de Rabaska, le gouvernement Charest a retiré le dossier des mains de la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) pour l'empêcher de retarder le projet.

«Il y a des projets qui, par leur nature, ne peuvent pas disposer du même temps que d'autres», a déclaré hier après-midi le ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, pour justifier la décision du gouvernement. «Vient un moment où il faut donner des signaux au promoteur.»

La commission chargée d'évaluer les modifications de zonage en territoire agricole risquait de rendre un avis défavorable au projet de terminal méthanier. Le 19 septembre, elle s'était prononcée contre Rabaska dans un avis préliminaire. Les commissaires estimaient que le demandeur -- la Ville de Lévis -- n'avait pas fait la preuve que le site agricole convoité -- une zone de 190,2 hectares -- était le seul endroit où le terminal pouvait être construit. La commission devait maintenant étudier une nouvelle proposition de la Ville de Lévis, un processus que le ministre Béchard juge trop long.

Malgré l'évidence des signes donnés, M. Béchard n'a pas voulu dire qu'il appuyait le projet de terminal méthanier défendu par Gaz Métro, Gaz de France et Enbridge, se contentant de décrire le retrait de la CPTAQ comme une «étape cruciale». Son gouvernement prévoit officialiser sa décision à propos de Rabaska au cours des dix prochains jours.

En faisant fi de la Loi sur la protection du patrimoine agricole, le gouvernement Charest crée un précédent notable. L'ancien ministre Jean Garon, père de cette loi, déclarait récemment que le gouvernement libéral ferait retourner le Québec au «Far West» s'il osait la contourner.

Pour justifier le retrait de la CPTAQ, le ministre Béchard a fait valoir que la commission examinait des questions déjà soulevées dans le cadre des travaux du BAPE et qu'elle était devenue l'instrument «des gens qui s'opposent et qui veulent retarder le projet». Il a en outre dit trouver du «réconfort» dans le fait que le promoteur avait conclu une entente avec la section locale de l'Union des producteurs agricoles (UPA) pour compenser les agriculteurs touchés par l'arrivée du terminal.

Or l'UPA est clairement opposée à une telle entorse à la loi et a déjà plaidé que Rabaska ne justifiait pas qu'on la contourne. «Nous avons une commission qui fait sa job, et c'est une instance du gouvernement», déclarait plus tôt cette semaine à La Terre de chez nous la première vice-présidente de l'organisation, Martine Mercier. «On devrait faire attention à l'emplacement choisi pour Rabaska. Le territoire agricole n'est pas une poubelle.»

Le Québec dans la course au gaz naturel

Autre motif crucial aux yeux du ministre des Ressources naturelles: la nécessité de ne pas perdre la course au gaz naturel. «Il y a certains ports méthaniers qui sont en construction entre autres au Nouveau-Brunswick, il y en a en Colombie-Britannique, et les sources d'approvisionnement, pour l'avenir, en termes de gaz naturel, sont majoritairement en Russie, en Algérie, mais il n'y en a pas des dizaines», a-t-il déclaré. «Et ceux qui ont ce gaz-là sont présentement dans une période où ils négocient, où ils signent, où il y a beaucoup de demande et où, entre autres, le marché asiatique demande beaucoup, beaucoup au niveau énergétique. [...] On va faire quoi si, dans trois ou six mois, on a un "oui" au projet mais qu'on n'a pas de gaz pour le faire?»

Le ministre Béchard a ajouté qu'au-delà des projets en tant que tels, le gaz naturel est une priorité pour son gouvernement. «On a présentement, au Québec, une stratégie énergétique qui est bien reçue partout et dont les objectifs majeurs sont de diversifier nos sources d'approvisionnement et de faire en sorte que le gaz naturel occupe une place importante dans notre stratégie énergétique mais qui vise aussi à faire en sorte que nous développions une certaine indépendance énergétique face, entre autres, au gaz qui vient de l'Ouest canadien.»

M. Béchard a assuré ne pas réagir en fonction de prétendues pressions de la part du promoteur. «Il n'y a pas eu de menace de perdre le projet, mais comme gouvernement, à un moment donné, il faut démontrer notre sérieux dans les choses [...] et il ne faut pas non plus que les processus servent de nouveaux recours à des gens qui vont être contre, et ça aussi, ç'a pesé dans la balance.»

Le promoteur n'a pas voulu réagir hier, réservant ses commentaires pour ce matin. Quant à elle, la Chambre de commerce de Québec n'a pas tardé à manifester sa joie à peine quelques minutes après l'annonce de M. Béchard, se réjouissant «que le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Claude Béchard, permette au projet Rabaska d'enfin connaître son sort d'ici une quinzaine de jours».

Dans le camp des anti-Rabaska, on planifie déjà une nouvelle sortie contre le projet, le 14 novembre. «Quelle que soit la décision, nous organisons une visite du site visé par Rabaska pour que les gens de Québec découvrent l'extrême beauté du site qui va être sacrifié», a déclaré Gaston Cadrin, du GIRAM, à Lévis.

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Collaboratrice du Devoir


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