Tirs de barrage en Égypte contre un film israélien

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AFP
Édition du vendredi 05 octobre 2007

Mots clés : Festival international du Caire, Cannes, La Visite de la fanfare, Festival et fête, Cinéma, Israël (pays), Égypte (pays)

Le cinéaste israélien Eran Kolirin au Festival international du film de Copenhague, le 29 septembre dernier, alors que son film La Visite de la fanfare a gagné le prix spécial du jury.

Photo: Agence France-Presse

Le Caire -- Le milieu égyptien du cinéma, opposé à la «normalisation» avec Israël, s'est mobilisé pour barrer la route de festivals arabes, du Caire à Abou Dhabi, au film israélien La Visite de la fanfare, salué à Cannes comme à Munich.

C'est un refus sans appel qui a été opposé par les organisateurs du Festival international du Caire au film du cinéaste israélien Eran Kolirin, qui raconte la saga d'un orchestre égyptien en Israël.

«Hors de question qu'un film israélien soit présenté ici», a dit à l'AFP Soheir Abdel Kader, vice-présidente du festival du Caire, le plus ancien du monde arabe.

C'est par l'entremise des représentants en Allemagne du festival qu'une demande de présentation de La Visite de la fanfare à la 31e mouture du festival, du 27 novembre au 7 décembre, avait été faite.

«Ils ne feront plus partie de nos contacts, nous n'avons même pas répondu à leur courriel: ils auraient dû savoir que nous sommes opposés à la présentation d'un film israélien», a précisé Soheir Abdel Kader.

Un front «anti-normalisation» s'est imposé sans faille dans les milieux culturels refusant tout contact avec des artistes et intellectuels israéliens, à rebours de l'accord de paix signé en 1979 entre l'Égypte et Israël.

Trois membres du comité de sélection ont toutefois visionné, mais «à titre personnel», une copie de ce film, qui a déjà été présenté et salué par le public et la critique aux derniers festivals de Cannes et de Munich.

Cette comédie montre les tribulations d'une fanfare de la police d'Alexandrie invitée dans une cité perdue du désert du Néguev, avec rencontres improbables et chaleureuses entre musiciens égyptiens et citoyens israéliens.

Plaidoyer «ardent et humain» en faveur de la paix, selon son jeune réalisateur, le film a été largement primé en Israël et vient d'être sélectionné par l'Académie européenne du film.

«Nous sommes désolés d'apprendre qu'il n'a pas été accepté, et ce, pour des raisons politiques sans considération pour ses qualités artistiques», a affirmé à l'AFP Benny Sharoni, conseiller à l'ambassade d'Israël au Caire.

Si ce film à la distribution judéo-arabe est très malvenu en Égypte, il aurait fait l'objet d'une invitation du festival du film d'Abou Dhabi, qui se tient du 7 au 12 octobre, avant celui du Caire.

Bien que la liste officielle des 12 films de fiction sélectionnés n'en fasse pas mention, il avait bien été retenu, selon le quotidien israélien Yediot Aharonot, déclenchant la fureur des syndicats d'artistes égyptiens.

«L'escouade israélienne s'est préparée à attaquer les festivals arabes», s'insurge le magazine égyptien Rose al-Youssef, pour qui La Visite de la fanfare aurait fait partie d'un complot bien orchestré.

Certains cercles pensent que le ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni, pourrait intervenir en faveur du film israélien car il est candidat au poste de patron de l'UNESCO, prétend ce journal, précisant que le ministère a démenti.

Lors d'une réunion d'urgence mardi, les trois associations professionnelles du spectacle sont convenues de lancer une menace de boycottage du festival de cet émirat si le film La Visite de la fanfare était présenté. «C'est clair, nous ne participerons à aucun festival arabe si un film israélien est présenté», a déclaré à l'AFP Achraf Zaki, secrétaire général du syndicat égyptien des acteurs.

Intransigeant sur le sujet, il avait déjà lancé en août les foudres du syndicat contre Amr Waked, un jeune comédien-vedette, le menaçant d'interdiction de tournage parce qu'il jouait aux côtés d'un acteur israélien.

Amr Waked doit interpréter le gendre de Saddam Hussein dans Entre deux fleuves, un téléfilm de la BBC et HBO, en cours de tournage en Tunisie, sur la vie de l'ex-dictateur irakien, incarné par l'acteur israélien Yigal Naor.


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