Des sédiments «problématiques» dans le lait

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Fabien Deglise
Édition du jeudi 04 octobre 2007

Mots clés : MAPAQ, corps étrangers, lait, Alimentation, santé, Québec (province)

Les citernes de 20 % des camions inspectés contenaient des corps étrangers

Un verre de lait, c'est bien, dit la publicité. Mais sans particules en suspension dans les camions-citernes qui recueillent ce liquide, ce serait encore mieux. En effet, selon des données confidentielles compilées par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ), près de 20 % du lait transporté dans ces véhicules au Québec a révélé, l'an dernier, des teneurs en sédiments jugées «sérieusement problématiques», indique un rapport dont Le Devoir a pris connaissance.

Ces substances étrangères au lait, qui témoignent généralement de mauvaises pratiques lors de la traite des bovins, selon la littérature scientifique sur ce sujet, ne feraient toutefois pas peser de risques sur la santé publique, ont indiqué en choeur hier les représentants de l'industrie laitière tout en affirmant s'activer afin de corriger cette situation dans les plus brefs délais.

De façon générale, cette étude a porté sur l'analyse du contenu de plus de 200 camions-citernes destinés à la cueillette et au transport du lait au Québec. Les contrôles, faits de manière aléatoire et sans préavis à l'automne 2005 et au printemps 2006, reposaient sur la filtration de l'ensemble du contenu des citernes afin d'en mesurer les quantités de sédiments, «un indicateur de la qualité du lait», a souligné Michel Houle, conseiller en inspection du MAPAQ.

Précisons que cette enquête a été orchestrée par la Fédération des producteurs de lait du Québec, Agropur et le Conseil de l'industrie laitière du Québec (CILQ). Le MAPAQ, qui dit avoir seulement «interprété les données» et «écrit le rapport», refuse toutefois de le rendre disponible, expliquant que le document relève du «domaine privé».

Ces données indiquent donc qu'un camion sur cinq passé au crible à cette époque avait dans sa cargaison des taux de sédiments beaucoup trop élevés. Dans le meilleur des cas, ces particules en suspension ou en dissolution dans le lait sont induites par la présence de gras coagulé à la suite de problèmes techniques lors de la traite ainsi que, dans le pire des cas, par des «corps étrangers qui peuvent potentiellement accroître la charge bactérienne du lait», a résumé Guy Auclair, directeur de l'inspection au MAPAQ.

Des filtres percés ou mal installés à la ferme, des mesures d'hygiène inadéquates lors de la traite, une mauvaise manipulation de la trayeuse ou encore un bassin de collecte dont le couvercle n'est pas fermé sont généralement les grands responsables des hauts taux de sédiments dans le lait, qui vont des cheveux aux brindilles de foin en passant par les poils et, dans les cas extrêmes, les excréments d'animaux.

Même si la salubrité des citernes n'est pas directement liée à la présence de sédiments, il faut par ailleurs noter que le MAPAQ a mis fin depuis plusieurs années à l'inspection systématique des camions-citernes transportant le lait au Québec, jugeant que le risque pour la santé humaine était peu élevé. De nouvelles règles d'inspection des espaces en vase clos (c'est le cas d'une citerne) récemment imposées par la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) alourdissent également les procédures d'inspection qui, forcément, sont moins nombreuses depuis quelques années.

Discours rassurant

Tout en confirmant les résultats de cette étude, le Conseil de l'industrie laitière du Québec s'est voulu rassurant hier. «Ces données n'indiquent pas qu'il y a un problème dans le lait actuellement mis en marché», a martelé à plusieurs reprises Charles Langlois, vice-président de cet organisme. «Les sédiments révèlent des problèmes à la ferme. Mais le consommateur ne les retrouve pas dans son verre.»

La Fédération des producteurs de lait du Québec a également tenu à frapper sur le même clou en précisant que «ce document de l'industrie» ne pouvait pas «remettre en question le caractère absolument sécuritaire» du produit vendu, a indiqué François Dumontier, porte-parole de ce puissant syndicat des éleveurs de bovins laitiers de la province. «Le lait cru est filtré à plusieurs reprises, a-t-il ajouté. Par ailleurs, la pasteurisation et l'homogénéisation du lait assurent également le respect des règles de salubrité les plus strictes.» Ces processus s'attaquent en effet aux pathogènes possiblement nocifs pour la santé humaine.

Les fermiers au pas

N'empêche, l'industrie laitière compte sur les données de cette enquête pour «aider les producteurs à améliorer la qualité du lait» à la source, a indiqué M. Langlois. Ce produit agricole jouit au Québec d'un mécanisme de mise en marché collectif qui fait en sorte que le lait de plusieurs fermes se retrouve dans le même camion-citerne. Or, avec ses sédiments, un producteur moins rigoureux peut contaminer toute une cargaison.

Dans cette optique, les signataires de la Convention de mise en marché du lait travaillent actuellement à un «protocole d'entente», a poursuivi le représentant du CILQ, en vue de l'instauration d'un programme destiné à «éliminer la présence de sédiments dans le lait». Ce programme, qui devait entrer en vigueur le 1er janvier 2004, n'a toujours pas vu le jour.

Malgré le portrait livré par cette enquête, «premier portrait portant sur les sédiments dans le lait cru», a indiqué le MAPAQ, le ministère a indiqué hier ne pas avoir l'intention de revoir ses rythmes d'inspection ni de renforcer la surveillance des camions servant au transport du lait. «Nous allons laisser l'industrie se prendre en main, a dit M. Auclair. La présence de sédiments dans le lait indique qu'il y a place à de l'amélioration, chose qu'elle a très bien fait par le passé.»


Vos réactions


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Réponse à M. Berger - par rémi-bernard st-pierre
Le jeudi 04 octobre 2007 12:00

Quelle belle complicité ! - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
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