Dès le lendemain du départ de Gambari - Les arrestations reprennent en Birmanie

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AFP , Reuters
Édition du jeudi 04 octobre 2007

Mots clés : ONU, junte militaire, Manifestation et émeute, Organisme international, Myanmar (Birmanie) (pays)

Ce moine birman a participé hier à la manifestation devant l'ambassade de son pays au Sri Lanka.

Photo: Agence Reuters

Rangoon -- Quelques heures après le départ de l'émissaire de l'ONU, la junte militaire au pouvoir en Birmanie a procédé hier à de nouvelles arrestations parmi les opposants.

Selon des témoins, au moins huit camions remplis de prisonniers ont quitté le centre de Rangoon, l'ancienne capitale du pays, où défilaient la semaine dernière les cortèges de moines dénonçant le régime et la crise économique.

Dans une maison proche de la pagode Shwedagon, qui marquait le point de départ des manifestations, une jeune fille de 13 ans, restée seule, a rapporté que ses parents avaient été emmenés. «Ils nous ont dit de ne pas nous enfuir et qu'il pouvaient bien revenir», a-t-elle ajouté.

Dans la nuit, les habitants de plusieurs rues ont été contraints de descendre dans la rue et un grand nombre d'entre eux ont été emmenés.

La junte militaire a demandé hier à la population de ne pas s'opposer aux interpellations en cours de personnes ayant participé aux manifestations la semaine dernière.

Hier encore, des militaires circulant dans des véhicules équipés de haut-parleurs ont prévenu les habitants de Rangoon que les ex-protestataires étaient connus et qu'ils seraient bientôt arrêtés.

«Vous devez rester chez vous. Ne sortez pas. Nous avons les photos des personnes que nous recherchons. Nous allons les arrêter», ont dit les soldats dans la plus grande ville de Birmanie.

Tension

«Je ne peux plus dormir la nuit chez moi. Je me cache ailleurs et je change d'endroit», a expliqué un des ex-manifestants, menacé d'être interpellé comme l'ont été des centaines, voire des milliers d'autres, à la faveur du couvre-feu en vigueur.

La junte a interpellé hier une employée locale des Nations unies. La femme de 38 ans, son mari et deux membres de leur famille ont été emmenés par les forces de sécurité, a précisé le représentant de l'ONU en Birmanie, Charles Petrie.

La répression s'est donc poursuivie malgré le voyage de l'émissaire des Nations unies, Ibrahim Gambari, qui devait tenter de persuader le chef suprême de la junte, le général Than Shwe, de renoncer à la force et d'entreprendre des négociations avec l'opposition.

Singapour, qui préside actuellement l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (ASEAN), dont fait partie la Birmanie, s'est dit «encouragé par l'autorisation d'accès et la coopération offerts par le gouvernement birman à M. Gambari».

Rien n'indique cependant comment les rencontres diplomatiques pourraient changer l'attitude de la junte, qui prête peu d'attention aux pressions internationales et laisse rarement entrer les représentants de l'ONU.

Pessimisme

«Je ne pense pas qu'il en sortira grand-chose. Je crois que les dirigeants sont tellement rigides que cela n'aidera en rien», estime David Steinberg, expert de la Birmanie à l'Université de Georgetown. «Ils vont dire qu'ils sont sur la voie de la démocratie et demander ce que nous voulons de plus», a-t-il ajouté, faisant référence aux «sept étapes vers la démocratie» de la junte.

La première de ces sept étapes a été achevée en septembre. Une convention nationale étalée sur 14 ans a finalement produit des lignes directrices visant à une nouvelle constitution. Selon ses détracteurs, ce document confortera le pouvoir militaire et écartera définitivement du pouvoir l'opposante Aung San Suu Kyi.

La junte affirme que les manifestations, dont les moines ont fini par devenir les meneurs, ont été réprimées «en ayant recours le moins possible à la force» et que les principales villes du pays avaient retrouvé leur état normal.

Quatre-vingts moines et 149 femmes, vraisemblablement des religieuses bouddhistes, capturés la semaine dernière, ont été libérés, ainsi que cinq journalistes locaux, dont l'un travaille pour le quotidien japonais Asahi Shimbun.

Au chapitre des sanctions, l'Union européenne a conclu un accord de principe visant à durcir les mesures prises contre la Birmanie. La liste des personnalités birmanes interdites de visa d'entrée en Union européenne devrait s'allonger et de nouvelles entreprises d'État seront également visées.


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