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Au-delà de la gratuité scolaire
Pour éviter ce scénario et rallier à notre cause l'ensemble des étudiant-e-s et de la population, nous ne devons pas nous leurrer : la lutte contre l'endettement étudiant et pour l'accessibilité à un savoir de qualité ne passe pas seulement par l'instauration de la gratuité scolaire : elle passe d'abord et avant tout par un régime de bourses adéquatement financé. En effet, les frais de scolarité, et autres frais afférents, malgré leur croissance exponentielle, ne représentent pas, à l'heure actuelle, le principal obstacle à l'accessibilité aux études. Bien que non négligeables, ceux-ci ne constituent pas encore, en eux-mêmes, la principale source d'endettement des étudiants les plus pauvres, soit les bénéficiaires du système d'aide financière qui ne sont pas soutenus financièrement par leurs parents, qui doivent assumer un loyer ou qui ont des enfants à charge. Pour ces étudiants désavantagés économiquement, qui peinent à rejoindre les deux bouts, ce sont plutôt les coûts cumulés du loyer, de l'épicerie, des titres de transport, de la garderie et des soins de santé non couverts par l'assurance-maladie qui posent problème : en fait, dans la plupart des cas, la part du budget consacré à la consommation de ces biens et services dépasse largement celle qui est dédiée à payer les frais de scolarité.
Ainsi, au-delà de la gratuite scolaire (dont l'instauration, il est vrai, pourrait quand même permettre aux étudiants vulnérables de souffler un peu), c'est surtout le régime déficient d'aide financière aux études qu'il convient de revoir et de bonifier massivement, et de toute urgence. En effet, comme le Comité Consultatif sur l'Accessibilité Financière aux Études (CCAFE) le faisait récemment fait remarquer à la ministre Courchesne, entre 1994 et 1999, et depuis 2003, l'aide financière aux études n'a pas été indexée au coût de la vie. Pis encore, on ignore toujours ce qui attend les bourses des bénéficiaires de l'aide financière lorsqu'en 2008-2009, la Fondation des Bourses du Millénaire mettra fin aux versements, qui, en vertu de l'entente conclue entre les fédérations étudiantes et le gouvernement en 2005, pallient provisoirement au sous-financement provincial en matière d'éducation. Dans ce contexte, il ne fait donc aucun doute que pour demeurer crédible, notre mouvement devrait d'abord et avant tout s'employer à réclamer des bourses plus accessibles et plus importantes pour soutenir solidairement et à long terme les plus vulnérables d'entre nous.
Par ailleurs, pour régler à la source les problèmes d'accessibilité aux études postsecondaires, nos associations devraient aussi évaluer l'opportunité de réclamer à leur tour davantage d'investissements dans le réseau primaire et secondaire d'écoles publiques afin d'augmenter le soutien aux élèves en difficulté, d'améliorer l'aide aux devoirs et de contrer le décrochage scolaire dans les milieux moins favorisés. En outre, pour alléger la pression sur le budget des étudiant-e-s au statut économique précaire et réduire leur dépendance et leur vulnérabilité face aux décisions arbitraires des marchés et de l'État, nous devrions sérieusement envisager l'établissement de coopératives autogérées d'habitation ou d'alimentation à prix modiques près des campus et soutenir systématiquement les initiatives populaires en faveur de la construction de nouveaux logements sociaux.
Évidemment, le fait de concentrer les ressources et le potentiel mobilisateur de nos associations étudiantes pour obtenir une amélioration des programmes de bourses et une réduction a la source de l'endettement ne doit pas nous empêcher de réclamer parallèlement la gratuité scolaire à tous les niveaux, ou d'inscrire nos revendications dans une lutte globale en faveur de rapports sociaux plus respectueux de la dignité humaine et des écosystèmes. Il est même hautement souhaitable que nous le fassions. Car quel intérêt présentent des études postsecondaires, même pleinement accessibles, si, au bout du compte, celles-ci ne permettent que la reproduction et la cristallisation des hiérarchies, des rapports d'exploitation, des situations de violence, des pratiques, des valeurs et des discours dominants ?
Toutefois, face à la confrontation qui se dessine, il faut aussi établir nos priorités, rester autocritiques et vigilant-e-s. Les enjeux sont trop importants pour qu'un idéal aussi noble que celui de la gratuité scolaire nous fasse perdre de vue les conditions de vie réelles et les besoins les plus pressants des plus démuni-e-s d'entre nous, ceux et celles qui ont tout a gagner d'une grève étudiante large, prolongée, combative et audacieuse a l'automne ou à l'hiver 2007.
