Québec renonce à excaver les sols contaminés des lagunes de Mercier

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Louis-Gilles Francoeur
Édition du mardi 02 octobre 2007

Mots clés : pollution, lagunes de Mercier, sols contaminés, Eau, Gouvernement, Québec (province)

Québec a décidé de renoncer à l'excavation en profondeur des sols contaminés des anciennes lagunes de Mercier, soit la solution ordonnée par Québec au début des années 90 et recommandée en 1994 par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

En effet, la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, a plutôt demandé récemment à la société Clean Harbors d'installer à ses frais un système de pompage des eaux souterraines de l'immense nappe phréatique contaminée pour éviter qu'elle ne s'étale davantage.

L'enfouissement dans les lagunes de Mercier des hydrocarbures provenant des raffineries de Montréal dans les années 70 en a fait le deuxième cas de contamination souterraine en importance au Canada après les étangs de goudron d'Halifax. Le problème perdure depuis 40 ans avec plusieurs impacts dans la région.

De son côté, Québec a annoncé hier qu'il «passait à l'action» dans cette affaire. Selon le ministre responsable de la Réforme parlementaire et de la Montérégie, Jean-Marc Fournier, cela se traduira par une reprise des procédures judiciaires dans ce dossier, ouvert au début des années 90 par l'ordonnance de décontamination délivrée par l'ancien ministre libéral de l'Environnement, Pierre Paradis.

Les procédures étaient au point mort depuis des années, révélait Le Devoir en mars dernier, en raison des négociations menées avec Clean Harbors, mais sans grand succès, disait-on. Ce délai aurait permis à Québec de mettre au point une solution beaucoup moins coûteuse que le nettoyage intégral du site par excavation, une attaque qui aurait ciblé le coeur de la contamination, comme l'avait ordonné le ministre Paradis.

Le nouveau plan québécois consiste à pomper les eaux souterraines avec de nouveaux «pièges hydrauliques» pour stopper l'étalement en direction de Sainte-Martine de la nappe souterraine contaminée. Québec pompe déjà depuis 20 ans une partie de ces eaux contaminées pour en extraire les toxiques toujours émis par les déchets des raffineries, dont une partie illégalement à l'époque par les propriétaire de l'incinérateur installé sur place pour nettoyer justement les lagunes.

Québec entend même investir une autre tranche de 1,5 million pour améliorer l'efficacité de sa propre usine de traitement de ces eaux souterraines.

«Le contrôle de la contamination du site constitue un prérequis à la mise en oeuvre d'éventuelles technologies de décontamination. L'objectif demeure la réhabilitation du site», précisait le communiqué diffusé hier par le bureau de la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp. Mais c'est par des traitements expérimentaux, chimiques et biologiques, qu'étudieront des universitaires, que l'on espère venir à bout de cette contamination majeure, et non plus en excavant les hydrocarbures encore récupérables et un pompage pour neutraliser la dispersion des eaux contaminées en profondeur.

«Les pourparlers avec la compagnie ne permettaient pas d'entrevoir de déblocage dans ce dossier dans un avenir prévisible, a déclaré pour sa part la ministre Beauchamp. J'ai donc décidé de demander à nos procureurs de reprendre les procédures afin d'accélérer le règlement définitif de ce dossier, qui traîne en longueur depuis de trop nombreuses années.»

Techniquement, la ministre Beauchamp a réclamé par un «avis» envoyé récemment à Clean Harbors, en vertu de l'article 115,1 de la Loi sur la qualité de l'environnement, de mettre en place «un nouveau système de confinement des sources de contamination des eaux souterraines dans le secteur des lagunes de Mercier».

Cette nouvelle exigence pourrait effacer celle de nettoyer complètement le site, formulée au début des années 90, ce qu'on qualifiait hier de «cadeau de 60 à 90 millions à Clean Harbors», du côté du groupe Décontamination Mercier hier.

À la suite d'une évaluation des solutions disponibles, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) recommandait à Québec de procéder au nettoyage complet du site. La facture de cette opération à l'époque dépassait les 80 millions, ce qui porterait le coût de cette solution à beaucoup plus aujourd'hui. La nouvelle solution, selon les sources du Devoir en mars dernier, coûterait autour de 20 millions.

Le ministère justifie sa nouvelle stratégie par de nouvelles analyses qui auraient démontré qu'une grande partie des contaminants se sont infiltrés dans le roc fracturé, situé à 30 mètres sous la surface. Comme il serait impossible d'excaver ce roc et très coûteux d'excaver et de traiter tous les sols contaminés jusqu'à atteindre le roc, Québec estime pouvoir à tout le moins freiner la progression des contaminants toxiques vers Sainte-Martine par l'installation de nouveaux «pièges hydrauliques». Ces pièges devraient inverser l'écoulement des toxiques vers l'amont du site. Ces eaux contaminées devront être traitées pendant des décennies grâce à un fonds dont Clean Harbors serait à terme responsable, du moins tant que sa filiale de Mercier existera.

Le gouvernement Charest n'avait pas convoqué les médias nationaux à la conférence de presse hier, préférant voir dans le principal dossier de contamination au Québec, qui dure depuis 40 ans, un dossier local. Même un groupe local, comme Décontamination Mercier, n'a pu y déléguer qu'une seule personne et ne pouvait donc, hier soir, produire des commentaires précis.

Mais, à titre officieux et préliminaire, un membre important de ce groupe environnemental qualifiait de «proprement scandaleux le recul du gouvernement dans ce dossier, parce qu'il est en train d'éteindre avec cette nouvelle solution les droits de la collectivité à exiger un nettoyage complet du site, comme l'avait réclamé un autre ministre libéral à l'époque».

Décontamination Mercier ajoutait que les solutions préconisées ne réglaient aucunement le problème d'approvisionnement en eau potable de Sainte-Martine et qu'elles «laissaient la région aux prises avec un problème majeur du fait que le coeur de la contamination est laissé en place».

Du côté gouvernemental, on ajoutait qu'un professeur de l'INRS-Armand-Frappier, Michel Fournier, a reçu le mandat «d'élaborer un plan de développement visant la mise en place d'un réseau de recherche interuniversitaire et multidisciplinaire» pour examiner les «problématiques environnementales» des anciennes lagunes de Mercier. Avec une subvention de 45 000 $.

Et le ministère «resserrera considérablement» son filet autour de l'incinérateur de déchets toxiques organiques, installé sur place, en portant notamment à quatre séances d'échantillonnage par année la surveillance de la qualité de l'air autour du site. Plus de 7000 composés chimiques peuvent s'y retrouver dans l'air. Le ministère entend aussi surveiller les conifères de la région pour vérifier si des particules toxiques s'y incrustent, afin de savoir s'il y a des risques pour la santé et l'environnement.


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