Le fatras de la pilule
Mots clés : documentaire, Paul Arcand, médicaments, Culture, Cinéma, Québec (province)
P aul Arcand, qui nous avait déjà donné le documentaire Les Voleurs d'enfance, n'est pas un homme de cinéma, mais un journaliste-enquêteur. Soit! Quand même Les Voleurs d'enfance, démagogique au possible, contestable dans sa forme, avait soulevé de vrais drames humains et révélé à plusieurs Québécois les problèmes de l'enfance maltraitée comme les carences de la DPJ. En plus, il resserrait mieux son thème que cette fois, avec le magma du Québec sur ordonnance. Mais pouvait-il faire pire? Les questions posées dans ce film sont pourtant cruciales: pourquoi le Québec est-il surmédicalisé? Pourquoi est-il si facile d'obtenir des antidépresseurs pour vous et du Ritalin pour vos enfants? Etc.
Tranchons là: Québec sur ordonnance est un des films les plus mal réalisés qu'il m'ait été donné de voir. Une vraie catastrophe. Confus au possible, avec des surimpressions, des effets d'un kétaine inouï. Bonjour les montagnes et les fontaines de pilules multicolores!
Les soldats marchant au pas de l'oie! Et le bébé vagissant béatement dans son berceau comme figure de la pureté non pervertie par les médicaments cornus et fourchus. L'Éden avant la chute!
Dans la marmite
Prenez une marmite. Mélangez les erreurs médicales, les médicaments vendus sur Internet, les enfants Ritalin, les accointances des médecins et des vendeurs de pilules, les ordonnances signées par-dessus la jambe, les patients surmédicalisés dos à dos avec les cas lourds, les effets secondaires mal documentés, le marché noir de la pilule, le laxisme de plusieurs pharmaciens, les conseillers des ministres de la santé recrutés par l'industrie pharmaceutique. Et j'en passe. Ça fait beaucoup. Beaucoup trop pour creuser un sujet en profondeur.
Quand des interprètes s'en mêlent pour mimer les rapports troubles entre les médecins et les représentants pharmaceutiques, ça devient encore plus amateur. En témoigne cette belle jeune femme venant aguicher le médecin pour lui vanter les médicaments de sa compagnie. C'est un peu court...
Un indicateur du lobby pharmaceutique, à la voix modifiée, est campé de dos par une silhouette de jeune voyou présenté dans le décor sordide d'un fond de cour plein de graffitis. Sa silhouette inquiétante dans tout son être et son environnement ne correspond même pas au profil du criminel économique type visé ici. L'image carbure aux symboles si évidents dans l'équation industrie pharmaceutique-criminalité qu'elle égare l'effet de dénonciation escompté.
Toutes ces informations, tous ces témoignages, ces jeux de rôles sont présentés en vrac sans montage apparent, dans la plus pure cacophonie visuelle. Et fallait-il vraiment que Paul Arcand retienne les services du Doc Mailloux comme expert-conseil? Rien qui permette de rehausser la crédibilité d'ensemble...
Restent quelques questions essentielles posées. Sur un marché des médicaments parti en peur, sur la moindre tristesse traitée comme une dépression, sur un Québec gelé comme une barre avec la bénédiction de l'État. Mais il manque un jardinier pour émonder et un réalisateur pour diriger la baraque. Belle occasion manquée, vraiment!
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Québec sous ordonnance
Réalisation et scénario: Paul Arcand.
Images: Jean-Pierre Saint-Louis, Laurent Beauchemin, François Vincelette.
Musique: Serge Fiori. Montage: Paul Jutras.
Vos réactions
Un film que tous devraient voir - par Louise Chenel (louise.chenel@droitshumains.ca)
Le lundi 08 octobre 2007 13:00
encore... - par Réal Ouellet (real@realo.ca)
Le mardi 02 octobre 2007 14:00
Bravo Mme Tremblay - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le mardi 02 octobre 2007 11:00
Une réflexion avortée et mal structurée - par Elizabeth Leroux
Le mardi 02 octobre 2007 09:00

