Qu'est-ce qui cloche avec Dion?
Mots clés : Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, Parti politique, Canada (Pays)
«En politique, ce n'est pas tout d'avoir raison. Il faut aussi gagner.»
Ottawa -- Qu'est-ce qui cloche avec Stéphane Dion au Parti libéral du Canada? La question est sur les lèvres de tous les militants libéraux québécois ces jours-ci, des militants qui déplorent l'insensibilité de leur formation envers le Québec et l'incapacité (ou le refus?) de leur chef d'y remédier.Robert Fragasso, président de l'aile québécoise du PLC et un des rares ayant accepté de parler ouvertement, raconte une anecdote qui résume à elle seule, selon lui, la situation. «J'étais dans Outremont le jour de l'élection partielle. Il y avait des jeunes filles qui portaient des t-shirts sur lesquels était écrit "Dion mania". Elles venaient de l'Ouest du pays et de l'Ontario. Je regrette, mais y'en a pas de "Dion manie" au Québec. On n'est pas à l'époque de Trudeau dans les années 70. Si le chef est isolé de ce qui se passe, il y a un problème.»
Robert Fragasso croit qu'il faut faire une place plus grande à ceux qui ont milité pour la reconnaissance de la nation québécoise, envers et contre la volonté de l'«establishment» du PLC. «Ça prenait une témérité absolument incroyable! Ça prenait beaucoup de courage. [...] Ce sont des gens qui devraient être entendus et considérés par la tête [du parti].»
Mais voilà, ils partent les uns après les autres. Le dernier en lice est Fabrice Rivault (et non «Riveault» comme nous l'écrivions hier), dont la candidature dans Laurier-Saint-Marie a été refusée. Un militant a toutefois précisé que M. Rivault n'était pas apprécié et avait d'ailleurs été congédié de son poste à la permanence du parti pour cause «d'insubordination». D'autres y voient une purge des éléments nationalistes du PLC sous la gouverne d'un M. Dion qui n'en est pas friand.
Un des militants ayant quitté le navire par découragement, mais qui appuie encore M. Dion, résume la chose ainsi. «M. Dion refuse de se débarrasser de son armature de la clarté.» Il aime rappeler à quel point un seul mot sur le sujet de Stephen Harper lui a valu 10 sièges au Québec. «En politique, ce n'est pas tout d'avoir raison. Il faut aussi gagner», résume ce stratège.
Cette demande d'accroître l'influence des Québécois se frappe à un mur, s'il faut en croire la réponse ironique du directeur général du parti, James Carroll, qui se demandait s'il allait devoir embaucher aussi plus de Chinois. Sa démission a été réclamée, mais M. Dion s'est porté à sa défense hier. «Un commentaire peut avoir été mal interprété, mais j'ai confiance en Jamie Carroll. Je sais que le caractère distinct du Québec, la langue française et la réalité multiculturelle du Canada lui tiennent à coeur.»
Entourage de série B... ou E
Le problème de M. Dion, ont expliqué plusieurs stratèges, est qu'il n'était le premier choix de personne. «Stéphane Dion a gagné la chefferie à cause d'un jeu d'échec et de conséquences, indique l'un d'eux. Il se retrouve avec des gens qui ne sont pas des top gun.»
«On n'a jamais vu un chef comme Dion qui n'a pas de clan naturel au sein du parti. Ce n'est ni un Trudeau, ni un Turner, ni un Martin, ni un Chrétien, ni un Pearson, ni un Saint-Laurent.» Le paradoxe, c'est que c'est en partie pour cette raison qu'il a remporté la course à la direction, incarnant le compromis recherché par un parti las des guerres intestines... Une autre renchérit: «Dion était le dernier de la course. Il a travaillé avec l'équipe E. Il y avait des gens disponibles [après sa victoire], mais on n'est pas allé les chercher.»
Là réside un autre des problèmes de Stéphane Dion, croient plusieurs militants: son entêtement et son refus d'écouter son entourage. «Il n'est pas enclin à aller chercher de l'aide, dit une personne militant depuis longtemps dans le parti. Pour lui, ses amis sont ses amis et ses ennemis sont ses ennemis. Ça, il l'a pris de Chrétien. C'est pour cela qu'il ne nommera jamais Denis Coderre lieutenant du Québec.»
Retarder l'élection
Au Parti libéral, il s'en trouve plusieurs pour croire que Stéphane Dion et ses troupes seront forcés de voter contre le discours du Trône présenté en octobre par le gouvernement de Stephen Harper, même si cela conduit à une élection. Au moins un organisateur, maintenant retourné au secteur privé, avoue que certains sont mus par le désir de se débarrasser ainsi plus vite de M. Dion. «C'est de la folie! Mais cela illustre à quel point la grogne est incroyable. Dion devra être attentif à cela.» Selon cet organisateur, M. Dion devrait décider (sans le dire ouvertement, s'entend) de ne pas aller en élection avant l'automne 2009, date prévue pour les élections à échéancier fixe. «Ça prendra tout ce temps-là. Dans son intérêt personnel et l'intérêt du parti.»
Mais un député croit au contraire qu'il sera forcé d'aller aux urnes cet automne. «Sinon, c'est quoi l'alternative? Attendre le budget, quand le gouvernement va avoir plein de cash et promettra plein de baisses d'impôts et, je sais pas moi, plus d'argent pour les jeunes? Ils vont nous écoeurer en campagne qu'on a voté contre cela? Non, on est mieux d'y aller tout de suite et faire face à la musique.» Ottawa a annoncé cette semaine un surplus budgétaire de 13,8 milliards de dollars, soit 50 % de plus qu'anticipé.
Resserrer les rangs
Hier, Michael Ignatieff, chef adjoint du PLC et aspirant défait à la direction, a lancé un appel à l'unité des troupes. «Nous avons l'obligation en tant que parti d'être unis, c'est dans notre intérêt et celui du pays que nous aimons», a-t-il lancé à une foule en Ontario. Si certains supposent parfois que M. Ignatieff et son entourage orchestrent le mouvement de protestation contre M. Dion, plusieurs militants, dont des partisans de M. Dion, assurent qu'il n'en est rien. «Ce n'est pas concerté. Les gens ont l'impression que le parti ne va nulle part, alors ils se fâchent et, en dernier recours, font des sorties dans les médias.»
La sortie, mercredi, de la député lavalloise Raymonde Folco, serait de cet ordre. «C'est clair que M. Dion ne passe pas, nous le savons, en particulier chez les Québécois, avait-elle déclaré. Écoutez, un homme ou une femme de son âge ne peut pas changer du jour au lendemain. Je pense qu'il va falloir amener d'autres forces dans le parti pour l'épauler et peut-être voyager à travers le Canada avec lui.»
Cette sortie en pousse certains à réclamer un geste décisif de M. Dion. «Il ne doit pas laisser aller son leadership. Une fois que Mme Folco a dit cela, est-ce qu'elle réintègre le caucus? Je me rappelle une députée [Carolyn Parrish] qui avait critiqué George W. Bush et elle avait été expulsée du caucus par Paul Martin. Et elle n'avait pas critiqué notre chef, elle avait critiqué M. Bush, qui n'était même pas notre ami!»
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Avec La Presse canadienne
Vos réactions
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Le samedi 29 septembre 2007 17:00
Le sot en politique - par Labrecque Denis (labrekd@hotmail.com)
Le samedi 29 septembre 2007 16:00
L'héritage des Trudeau et Chrétien - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le samedi 29 septembre 2007 16:00
Ding, donc, la cloche d'Ottawa - par Gilles Bousquet
Le samedi 29 septembre 2007 13:00
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