Un plan Bush pour remplacer Kyoto

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Louis-Gilles Francoeur
Édition du samedi 29 et du dimanche 30 septembre 2007

Mots clés : GES, Kyoto, George W. Bush, Climat, États-Unis (pays)

Le président des États-Unis, George W. Bush, a proposé hier à la communauté internationale un processus distinct de celui de Kyoto pour enrayer le réchauffement du climat par des mesures volontaires et des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre à «long terme».

Parlant devant les représentants d'une quinzaine de pays réunis à Washington depuis deux jours à sa demande, le président américain a proposé une «nouvelle approche», aux antipodes de Kyoto et qui réunirait dans une même stratégie les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre (GES), ce qui inclut dans son esprit «à la fois les pays développés et les pays en développement».

Tous y ont vu une allusion claire à la Chine, à l'Inde et aux grands pays émergents, qui sont engagés dans le processus de Kyoto et qui s'apprêtent à négocier les modalités de leur participation mais des stratégies différentes du système de réductions obligatoires accepté par les pays développés en raison de leurs responsabilités historiques dans le réchauffement du climat. Le fait que les pays émergents comme la Chine et l'Inde n'ont pas convenu d'objectifs de réductions obligatoires dans la première phase des réductions de Kyoto a toujours été utilisé comme argument par les États-Unis pour se soustraire à leurs engagements de 1997.

Par ailleurs, le président Bush n'a pas hésité à baliser son «processus» parallèle en offrant d'organiser l'été prochain aux États-Unis un sommet de chefs d'État pour définir des objectifs de réduction à long terme «et les autres éléments de cette approche».

George Bush a répété qu'il placerait sa stratégie sous l'empire de la convention sur les changements climatiques signée à Rio en 1992, ce qui situe son processus sous l'autorité des Nations unies, responsables du traité. Mais un nouveau «processus» de négociations sous l'empire de la convention-cadre balayerait les acquis de Kyoto, ont souligné plusieurs observateurs européens et écologistes, parce que ce protocole définit déjà les échéanciers et les moyens d'atteindre les objectifs de la convention-cadre.

D'autre part, la nouvelle approche du président Bush repose uniquement sur une approche volontaire. «Chaque pays, dit-il, mettrait au point ses propres stratégies afin d'atteindre ses objectifs à long terme». Le président américain n'a pas écarté, par ailleurs, que les mécanismes du marché soient utilisés pour créer des incitations pour les industriels à passer à l'action.

Redéfinissant à sa façon le principe de la «responsabilité commune mais différenciée» inscrit dans le protocole de Kyoto mais jamais accepté par les États-Unis, le président Bush a plutôt parlé de «stratégies différenciées mais d'un objectif commun».

Cependant, les centrales thermiques au charbon de partout dans le monde, particulièrement nombreuses dans son pays, en Chine et en Inde, sont la principale cause du réchauffement du climat, a soutenu George Bush. Si une partie importante de l'électricité pourrait provenir de l'éolien et du solaire, c'est fondamentalement par la technologie du charbon propre, de la séquestration du carbone et par le nucléaire que la planète pourra respirer un peu mieux et se tenir au frais.

Pour y arriver prochainement, il propose de créer un Fonds international des technologies propres afin d'aider les pays en développement à mettre en place des projets moins néfastes pour la planète. Et le président Bush avance aussi l'idée d'un libre-échange international pour l'utilisation des technologies propres.

Réactions

La plupart des observateurs et les porte-parole onusiens et européens ont souligné le changement de ton de l'administration fédérale américaine dans le dossier du climat: l'administration Bush ne doute plus des changements climatiques, ni de la responsabilité des humains dans le méga-phénomène environnemental. Elle postule même que la solidarité internationale sera un ingrédient déterminant et qu'il faut travailler sous le chapiteau de l'ONU, quitte à réclamer à mots couverts un démantèlement des outils légaux mis au point depuis une décennie pour faire avancer le dossier par le biais du protocole de Kyoto.

En conférence de presse hier, les porte-parole de l'Union européenne ont souligné leur engagement à réduire de 20 % leurs émissions de GES d'ici 2020 et même à hausser ce pourcentage à 30 % si des grands pays industriels s'engagent eux aussi dans un processus de réduction, une main directement tendue aux États-Unis. Ils ont aussi souligné qu'aucun gain important dans la lutte aux changements climatiques ne sera réalisé sans des engagements fermes puisqu'ils sont essentiels à la mise en place d'un marché et d'un prix du carbone.

La France a toutefois décidé de jouer au tire-au-flanc dans cette affaire en confirmant hier soir par son nouvel ambassadeur au climat, Brice Lalonde, qu'elle poursuivra le «processus de Washington» en invitant chez elle, au printemps prochain, les 15 plus importants émetteurs à poursuivre le débat amorcé par le président Bush. La commande, disait-on hier soir dans l'entourage de la délégation française, a été passée par le cabinet du président Sarkozy lui-même, qui ne cesse de multiplier les rapprochements avec George Bush.

Mais même aux États-Unis, les réserves ont été immédiates quant au «nouveau» plan Bush. Selon Eileen Claussen, présidente du conservateur Pew Center, on a assisté depuis deux jours à Washington à une «tentative de ramener les autres gouvernements à la vision d'une convention internationale basée sur des mesures volontaires». «Heureusement, a conclu la présidente de cet influent organisme, que les autres pays ont rejeté massivement l'idée que le défi du climat peut être relevé seulement par des mesures volontaires et qu'ils ont mis l'accent sur la nécessité de nouvelles réductions contraignantes pour la communauté internationale».

Quant au Canada, qui s'aligne systématiquement derrière les propositions de la Maison-Blanche, il a été durement critiqué par le porte-parole du Bloc québécois en environnement, Bernard Bigras (Rosemont-Petite-Patrie): «Le gouvernement Harper tente de faire déraper les négociations internationales sur le protocole de Kyoto à trois mois de l'importante conférence des Parties qui se tiendra à Bali en décembre. Ensemble, le Canada et les États-Unis orchestrent présentement une opération de démolition de Kyoto». Bernard Bigras prédit que la question pourrait devenir un important enjeu électoral car le Bloc fait de l'appui au protocole de Kyoto «une exigence non négociable de son appui au discours du Trône».

Pour Steven Guilbeault, porte-parole d'Équiterre, «tout le monde savait que Washington voulait surtout distraire l'opinion américaine pour faire croire que la Maison-Blanche est active dans le dossier du climat, de plus en plus présent dans l'actualité aux États-Unis».

La Chine et l'Inde, ainsi que les principaux pays asiatiques, poursuit Steven Guilbeault, ont continué de dire fermement qu'ils veulent travailler sous l'autorité et avec l'ONU, ce qui postule le maintien du processus de Kyoto.

Quant au gouvernement Harper, prédit le porte-parole d'Équiterre, il pourrait bien se retrouve tout seul avec sa stratégie d'isolement et de réductions volontaires basée sur l'intensité. Le premier ministre australien, John Howard, a toutes les chances d'être battu par les libéraux dans son pays au cours des prochains mois et ces derniers ont promis de ratifier Kyoto comme premier geste une fois au pouvoir. Aux États-Unis, ajoute Steven Guilbeault, les membres du Congrès ont multiplié cette semaine les rencontres avec les dignitaires des pays invités par le président et tous, même du côté républicain, disent que la position des États-Unis a toutes les chances d'être fondamentalement différente d'ici un an, une fois les présidentielles terminées.


Vos réactions


Je suis sceptique et puis... - par Fernand Trudel
Le lundi 01 octobre 2007 11:00

Un changement de paradigme serait à faire...! - par Maurice Monette (monmau@globetrotter.net)
Le dimanche 30 septembre 2007 15:00

Encore Fernand ! - par Luc Pépin
Le samedi 29 septembre 2007 19:00

Enfin les gros pollueurs s'impliquent - par Fernand Trudel
Le samedi 29 septembre 2007 16:00

De la poudre aux yeux - par Pierre Bigras
Le samedi 29 septembre 2007 08:00

De la poudre aux yeux - par Pierre Bigras
Le samedi 29 septembre 2007 08:00

Vive l'inaction, bien plus payant! - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le samedi 29 septembre 2007 06:00

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