Outaouis - Nature, culture, farniente

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Diane Précourt
Édition du samedi 29 et du dimanche 30 septembre 2007

Mots clés : Nordik Spa, Hilton Lac-Leamy, Outaouais, Tourisme, Québec (province), Canada (Pays)

Le complexe du Lac-Leamy, à Gatineau.

L'Outaouais, de l'algonquin Outaouaks, en a bien long à dire. Et à montrer. Sur un territoire presque trop vaste pour une seule région, ce coin du Québec accidenté par la terminaison du Bouclier canadien respire à la fois aux poumons de la nature, au rythme de la culture et au diapason d'une certaine branchitude de bon ton. Le cours d'eau qui l'arrose et le sépare du voisin ontarien? On l'appellera rivière des Outaouais d'un côté, et Ottawa River de l'autre... C'est la vie en ce pays de dualités locales. Un pays où le don de l'accueil semble inscrit dans les gènes des gens mais qui se verra sans gêne négligé des visiteurs. Ou carrément oublié. À tort.

Gatineau -- Un tempo citadin cintré de villages ou une cadence rurale connectée sur l'urbanité, les langues française et anglaise se chevauchant allégrement, des espaces muséaux qui le disputent aux espaces verts, une gastronomie de grands chefs et de terroir parmi le joyeux fourre-tout habituel du fast-food: les contrastes se font loi en Outaouais.

Mais pas de concession sur la qualité de vie. Suffit d'y égrener quelques jours pour que ça saute aux yeux. Et on se coule dans cette dualité comme de vrais touristes en mal de tout voir, tout avoir, tout savoir.

Prenons juste le Hilton Lac-Leamy (www.hiltonlacleamy.com). Affichant une enseigne tout ce qu'il y a de plus symboliquement états-unien, cet hôtel cinq étoiles sera ici propriété de... Loto-Québec. Les chèques de paie de ses employés seront donc marqués au sceau des fonctionnaires du gouvernement Charest et, ô surprise pour ce genre de complexe à bannière, la table du restaurant Arôme se révélera excellente.

La cerise sur le gâteau: le lobby, tout comme les unités d'hébergement, se fend d'oeuvres d'art de la collection loto-québécoise, si bien qu'on pourrait se retrouver à faire sa toilette devant Pellan accroché dans la salle de bains de sa chambre... Et quand vous en aurez soupé de la charmante terrasse sur le lac en été, le casino, à un jet de pierre, offrira volontiers son lustre, son clinquant, son jeu, ses bonnes et mauvaises surprises (www.casino-du-lac-leamy.com).

Mais s'il faut noyer une déception de casino ou si on veut simplement relaxer, le Nordik Spa de Chelsea est tout indiqué, à une quinzaine de minutes de Gatineau (www.lenordik.com). Ce jeune centre, assez vaste pour ne pas souffrir de cohue mais assez intime pour garantir la détente, propose des bains chauds et froids, des massages et des soins du corps.

On y trouve aussi un restaurant avec service de bar, ce qui est à souligner car la chose est souvent restrictive dans ce type d'établissement: mais qui a dit que bon vin faisait mauvais ménage avec bains et massages? Au contraire, les plaisirs de la table ne riment-ils pas avec la relaxation du corps et de l'esprit? Du reste, il ne faudrait pas prendre les clients des centres de spa pour des abrutis incapables de contrôle éthylique!

Un bain muséal

Pour plonger dans un autre genre de bain, culturel celui-là, le Musée canadien des civilisations offre un voyage dans 1000 ans d'histoire canadienne, avec une thématique architecturale à découvrir. Jusqu'à certaines tuiles, dans une des salles, qui portent une signification particulière: polies, elles évoquent les reflets sur les vagues de la mer. Tandis que le plafond prend une forme de pirogue, les murs composent des rames. Tout cela pour rappeler la présence des peuples autochtones. C'est là aussi que vous verrez la gigantesque sculpture aïda illustrant les billets de 20 $ et la plus grande collection intérieure de mâts totémiques. L'exposition Trésors de la Chine, des chefs-d'oeuvre qui n'avaient jamais quitté le pays de Jintao, est présentée jusqu'au 28 octobre. Et jusqu'au 6 janvier 2008, voyez une exposition on ne peut plus d'actualité: Afghanistan - Chroniques d'une guerre, qui «va au-delà des manchettes pour mieux décrire la participation canadienne à la mission de sécurité internationale en ce pays» (www.civilisations.ca).

Et tant qu'à faire dans les musées, il n'y a qu'à traverser un des ponts, l'Alexandra, pour se rendre au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa (www.musee.beaux-arts.ca), où les expositions temporaires sont souvent spectaculaires. À l'extérieur, on verra l'impressionnante Maman, une sculpture d'araignée de Louise Bourgeois, achetée en 2004.

Suivant un heureux alliage culture-nature, le Domaine Mackenzie-King, au coeur du vaste parc de la Gatineau aux 52 lacs, vaudrait le déplacement rien que pour y découvrir le personnage fascinant que fut William Lyon Mackenzie King, «ce naturaliste avant l'heure et un des premiers spécialistes en relations de travail en Amérique du Nord», dira Denis Messier. On pourrait y aller juste pour entendre ce gestionnaire-historien raconter l'histoire et le parcours de Mackenzie King, celui qui légua son immense domaine au peuple canadien.

Parsemé de jardins et d'installations sculpturales, le site est à l'image de cet homme qui pratiquait le spiritisme à une époque où les accommodements raisonnables n'étaient pas particulièrement à l'ordre du jour, ce qui lui valut d'être parfois considéré comme un être farfelu et loufoque. Pendant 53 ans, Mackenzie King a tenu un journal quotidien dont le contenu, -----------------publié tout récemment, permet de mesurer la complexité de la personnalité de ce dixième premier ministre du Canada. Le salon de thé Moorside, avec terrasse, a été aménagé dans son chalet d'été.

Sur votre chemin vers cette autre escapade nature incontournable qu'est le parc national de Plaisance, dans le village éponyme, arrêtez-vous à la boutique Les Fougères pour ses produits du terroir (www.fougeres.com), puis à la Boucanerie Chelsea, où Jean de La Durantaye vous parlera avec passion de ses boucaneries. Et si, par temps très chaud, la route vous rebute pour la conservation de vos emplettes, lui et sa conjointe Ginette -- qui popote des produits maison -- vous prépareront une boîte-glacière afin de rapporter, bien au frais, vos victuailles à la maison. On peut aussi commander des produits à distance et les recevoir par bus, adéquatement emballés pour le transport (www.boucaneriechelsea.com).

Le parc de Plaisance offre donc une série d'activités pour les adeptes de plein air, à commencer par ce tour de bateau qui vous mènera sur un côté du domaine autrement inaccessible (www.sepaq.com/plaisance). Quant à la randonnée pédestre, elle permet d'y découvrir une végétation généreuse. Selon le directeur Jean-Luc Lussier, ce qui caractérise la rivière des Outaouais, ce sont les marais, puis sa faune et sa flore aquatiques.

Un terrain de camping est aménagé au coeur du parc, avec des emplacements généreux. Le nouveau centre d'interprétation y est interactif et convivial. C'est là, par exemple, qu'on apprendra de façon imagée d'où vient l'expression «semer la zizanie». Mais non, on ne vous le dira pas ici, vous pensez bien: il va falloir aller le découvrir sur place! Ah oui, faites gaffe: à certains moments de l'été, vous pourriez croiser des «passages de tortues».

Une escapade en Outaouais serait inachevée sans un saut au Château Montebello (www.fairmont.com/montebello). Mais pas quand les Bush-Calderon-Harper y descendent pour camper 24 heures après avoir mis la région sens dessus dessous et tardé à payer la note des no-show, ces coquins qui réservent sans se montrer le bout du nez... Lors de notre passage, deux semaines avant le Sommet du partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité nord-américaines, même les ouvriers qui s'attelaient à installer de hautes clôtures bordant le domaine refusaient de parler de leur tâche. Aux relations publiques, on disait là aussi tout ignorer du système de sécurité qui serait mis en place. Tu parles. Comme si tout ce beau monde avait subi un petit lavage de cerveau! Pourquoi Montebello? Parce que la géographie du site serait justement propice à l'installation d'une ceinture de sécurité.

Bon, le château, de construction 1930 toute en bois avec un atrium central haut de trois étages où trône une massive cheminée hexagonale, en impose. Les chambres, rénovées au goût du jour mais toujours imprégnées de ce cachet vieillot qui les caractérise, semblent encore raconter des histoires aux abords de la rivière des Outaouais.

Il s'agit là d'une destination en soi: en plus du restaurant Aux Chantignoles, l'établissement propose une foule d'activités sur son propre domaine: sentiers pédestres, piscines intérieure et extérieure, spa, équitation, vélo, escapades golf, ponton, leçons de Land Rover, motoneige, raquette, pêche sur glace... Pas étonnant que tous les membres de la famille y trouvent leur compte, et elles sont nombreuses, les familles, pendant la saison estivale. Sans compter que la table y est excellente; essayez le caribou et on en reparlera.

Le menu au sommet du mois d'août, où les trois dirigeants et leur suite n'auront finalement pris que trois repas, se déclinait comme suit: Napoléon de canard fumé, céleri rave et suprême de caille confite, réduction de vin de glace; crème mousseuse de girolles aux pétoncles poêlés, huile de persil; carré de caribou (tiens, la même chose que nous!) du Nunavut rôti, bonbon de canneberges, sauce grand veneur; pyramide au café et pralines, sauce crème anglaise et coulis de petits fruits rouges; mignardises; café, thé. Les vins: Viognier, Château des Charmes St. David's Bench; Merlot. Jackson-Triggs, Proprietor's Reserve; Neige, La Face cachée de la Pomme.

Une semaine? Rien qu'en Outaouais?, m'étais-je inquiétée, comme mon entourage d'ailleurs, quand la directrice adjointe aux communications de Tourisme Outaouais, José Lafleur, avait proposé une escapade en son coin de pays. Mais elle avait raison: nous avons manqué de temps. Cette région en a vraiment long à dire. Et basta sur l'écho des palabres du parlement canadien, tout à côté -- qui se visite, d'ailleurs. Toutes les saisons et toutes les raisons sont bonnes pour y séjourner, quoiqu'on imagine aisément le panorama idyllique que doit y offrir l'automne. Souvent, on ne fait que passer en Outaouais. Mais arrêtez-vous, pour voir.

***

Quelques adresses

- Le restaurant L'Orée du bois, aménagé dans une vieille maison de ferme à Chelsea, à 15 minutes du centre-ville et à la porte du parc de la Gatineau: une bonne table dans une ambiance chaleureuse et décontractée, avec des vins d'importation privée. Essayez donc xxx. www.oreeduboisrestaurant.com.

- La Maison Earles 1880, à Wakefield, propose un menu simple et de très bonne tenue. De son agréable terrasse qui donne sur la rivière Gatineau, on regarde passer le train à vapeur centenaire. Dans ce petit village aux boutiques sympas, les visiteurs se bousculent à la gare pour observer l'attraction de l'endroit: l'aiguillage de la locomotive qui pivote de main d'hommes sur ses rails pour rebrousser chemin vers Gatineau. Une autre époque. www.lamaisonearle.com.

- De là, le moulin Wakefield se trouve à un jet de pierre. L'auberge-spa, plantée au ras des chutes McLaren qui alimentaient cet ancien moulin à grain datant de 1838, propose, en plus d'une très bonne table au restaurant Penstock et d'une terrasse haut perchée, des chambres avec vue -- et son -- sur les chutes. Situé en pleine campagne, cet établissement de 27 chambres est entouré de sentiers pédestres, ces pistes de randonnée qui semblent être un must pour l'accueil hôtelier dans la région. La pédicure «panoramique»? C'est le pied! Pour une détente avec vue sur la nature environnante. www.wakefieldmill.com.

- Renseignements généraux sur la région: Tourisme Outaouais


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