Birmanie - La junte impose le couvre-feu
Mots clés : moines bouddhistes, Birmanie, Manifestation et émeute, Myanmar (Birmanie) (pays)
La communauté internationale durcit aussi le ton

Photo: Agence France-Presse
Le couvre-feu sera en vigueur de 21h à 5h locales et fait de Rangoon et de ses environs une zone d'accès restreint, un terme habituellement réservé à des zones militaires ou de combat. Mandalay, la deuxième ville du pays, fait l'objet d'une mesure similaire.
Hier, malgré des mises en garde répétées du régime, quelque 100 000 personnes menées par des bonzes ont encore manifesté dans Rangoon.
Après la dispersion du défilé, onze camions transportant chacun une vingtaine de soldats et de policiers anti-émeutes ont été déployés près de la mairie de Rangoon, où la manifestation était passée quelques heures plus tôt.
Les forces de sécurité sont restées à l'intérieur des véhicules, tandis que 500 badauds observaient la scène avec inquiétude.
Pour la huitième journée consécutive, les manifestants ont à nouveau bravé la junte confrontée au plus important mouvement de protestation de masse depuis près de 20 ans et qui a menacé de «prendre des mesures» contre les bonzes.
Sanctions
Le président George W. Bush, s'exprimant devant l'Assemblée générale des Nations unies, a annoncé de nouvelles sanctions américaines contre la junte, notamment un durcissement des sanctions financières visant des dirigeants du régime et ceux qui les soutiennent financièrement. Il a également appelé l'ONU à se joindre aux pressions sur le régime birman pour aider le mouvement de protestation.
Il s'agit de l'intervention la plus concrète venue de l'étranger depuis le début la contestation contre la junte, l'une des bêtes noires de M. Bush en Asie.
«Les Américains sont scandalisés par la situation en Birmanie, où une junte militaire impose depuis 19 ans le règne de la peur», a dit M. Bush. Il a fustigé la détention de plus d'un millier de prisonniers politiques, dont le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, la négation des libertés fondamentales, la persécution des minorités, le travail forcé, le trafic d'êtres humains et la banalité du viol dans le pays.
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a pour sa part renouvelé son appel aux autorités birmanes à «faire preuve de retenue» par rapport aux manifestations et à «engager un dialogue avec toutes les parties prenantes au processus de réconciliation nationale».
La France a de son côté «mis en garde les autorités de Rangoon à l'égard de toute tentative de réprimer par la force l'expression des justes revendications politiques et sociales du peuple birman», selon le porte-parole adjoint du quai d'Orsay. «Ces manifestations spontanées pacifiques montrent clairement que le peuple birman ne supporte plus d'être privé depuis près de 20 ans de ses droits les plus élémentaires», a ajouté Frédéric Desagneaux.
À Bruxelles, Amadeu Altafaj Tardio, porte-parole de l'Union européenne, a indiqué que les 27 États membres étaient «très inquiets» de la situation en Birmanie et qu'ils surveillaient la situation de près. Mais il a précisé que l'UE n'envisageait pas pour l'instant de nouvelles sanctions économiques contre la junte.
«Jusqu'à présent, la violence n'a pas été employée pour étouffer les manifestations pacifiques, mais nous sommes très préoccupés par la présence militaire dans les rues, a-t-il ajouté. Nous exhortons le gouvernement birman à faire preuve du maximum de retenue.»
100 000 manifestants
Une foule évaluée par des témoins à 100 000 personnes, dont 30 000 moines, a défilé hier en milieu d'après-midi dans le quartier de la pagode Sule et de la mairie à Rangoon.
Brandissant des banderoles religieuses multicolores et des images de Bouddha, les bonzes, en robe couleur safran ou rouge, ont récité des prières pour la paix, tandis que des milliers de civils formaient une chaîne humaine autour d'eux. Certains bonzes tenaient de petites pancartes où l'on pouvait lire: «nourriture, vêtements et abris suffisants, réconciliation nationale, liberté pour tous les prisonniers politiques».
La Birmanie, l'un des pays les plus pauvres au monde, a été gouvernée par des juntes successives depuis 1962. Un vaste mouvement en faveur de la démocratie avait été réprimé dans le sang par la junte en 1988, faisant quelque 3000 morts selon certaines estimations.
Depuis, la principale dirigeante de l'opposition et prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, 62 ans, a été privée de liberté pendant la majeure partie du temps.
Les moines sont désormais le fer de lance d'un mouvement de protestation déclenché le 19 août par des opposants après une augmentation massive des prix.
Des groupes importants d'étudiants se sont joints aux bonzes. Ils portaient des drapeaux rouges frappés de paons jaunes, symboles de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Mme Suu Kyi.
Hier, les organes de presse officiels ont enjoint les bonzes de ne pas se mêler de politique.
Dans la matinée, des responsables gouvernementaux circulant à bord de camions avaient appelé la population à ne plus manifester. «Nous prendrons des mesures conformément aux lois en vigueur», avaient averti ces responsables.
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D'après l'Agence France-Presse et Associated Press

