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Laïque, le Québec ? Catholaïque, oui ; islaïque, non
Lorsqu'une Québécoise de vieille souche française convertie à l'islam nous dit: «Pour moi, ma priorité, c'est ma religion» et que juste avant elle venait de dire: «Ce qui me fait peur avec la laïcité, c'est qu'on nous oblige à enlever le voile», ne voit-on pas qu'en légiférant pour une primauté de l'égalité hommes/femmes sur la liberté de religion on risquerait de préjudicier «la femme» même, ultimement, telle cette femme, là, qui en appelle au «droit à la liberté» d'être, d'être ce qu'elle (se) veut, elle, tout à fait librement, où et quand elle le veut, attendu que, comme elle l'appréhende, «on» pourrait bien en venir à interdire le port du voile en maints endroits ou pour maintes (personnes en) fonctions ?
C'est là qu'on peut voir l'énorme avantage de la liberté sur l'interdit. Comme on le voit avec le déroulement de la commission Bouchard-Taylord sous le signe de la liberté, qui permet à raison l'expression d'à peu près tout, même si assez souvent c'est loin d'être politico-correct. Car c'est par L'EXPRESSION, d'abord, puis par le choc des idées, la délibération, qu'on peut progresser vers qqch avec qqn. Il en est de même avec le voile, inoffensif au possible en terre québécoise, 'sous' lequel des femmes le portant peuvent S'EXPRIMER, justement, celui-ci constituant l'un de leurs modes d'expression, l'une de leurs 'paroles'. On progressera infiniment davantage ou éminemment plus durablement en dialoguant avec ces femmes qu'en en 'censurant' indûment, sans autre forme de 'procès', un(e) mode d'expression tel le voile.
Il en irait de même d'autres pratiques, telles celles de la prière inaugurale en certains conseils municipaux, de la consommation de vin ou du lavement des pieds... À cet égard, n'appert-il pas qu'on aurait tout avantage à «rentrer» au coeur même, i.e. à l'origine, aux fondements mêmes des religions mêmes, pour montrer, à l'aide de celles-ci, qu'il pourrait n'être pas si impératif ou inversement si prohibé que cela de faire ou ne pas faire ceci ou cela? Ainsi, par exemple, il est bien connu que Christ «mangeait et buvait» ; connu aussi qu'il figure comme une figure (venant de Dieu) extrêmement bien 'cotée' dans le Coran. Si bien qu'à partir de cela, on peut confronter ou confondre fécondement certains contradicteurs concernant le vin, par exemple. Tout comme, de même, on peut convenir que Christ aussi lavait les pieds et prescrivait de (se) (faire) laver les pieds. Cependant, ne voit-on pas qu'il semble ne s'agir là que d'une prescription contingente, due au fait qu'en raison de l'époque et du lieu, on AVAIT BESOIN de se les (faire) laver - les pieds -, parce que (réellement) sales. Phénomène qui aurait été le même pour les musulmans du VIIe siècle. Alors qu'aujourd'hui, au Québec, on peut fort bien n'avoir pas les pieds sales, n'avoir pas besoin de les laver... Sans compter que la consigne en question s'avère loin d'être aussi impérieuse et centrale que l'est celle de la prière même en soi, laquelle peut aussi être différée (il y a des 'accommodements' possibles...).
Tout ça pour dire simplement que cette idée de l'heure de projeter d'interdire ceci ou cela, au lieu de parler avec le 'monde' concerné pour «prendre arrangement», n'est pas celle du siècle. Car il est deux façons, surtout, de s'entendre et progresser: apprendre (de) l'Autre et entrer en
relation dialogique avec lui pour convenir de modes d'être ensemble (ou côte à côte) ou du moins non conflictuels ou encore le moins conflictuels possible. Or, «apprendre l'Autre» lorsque pour celui-ci sa religion est «prioritaire», c'est aussi, donc, apprendre qqch de sa religion! Et non dire en s'en lavant les mains: «la religion est strictement et exclusivement privée [ce n'est pas de mes affaires]». Et voilà pourquoi, enfin, il s'avère utopique ou artificiel de prétexter que religion et (espace) public, c'est deux, et deux séparés par d'étanches cloisons. Cela est faux. C'est là une vue de l'esprit, Du moins en notre monde, tel qu'il s'est construit, s'est voulu et, surtout, semble se vouloir encore. Comme l'illustrerait entre autre ce 'goût' ou besoin catholaïque subsistant et sévissant toujours en «l'âme» du «Q/québécois».
